Ce texte de Yaldah Tovah (bonne fille, en hébreu) est la première partie de la traduction réalisée par libertas. La version anglaise de ce texte intitulé The healthy submissive se trouve sur le site de submissivewomenspeak.net. Tous les hyperliens dans ce document sont de Valmont, et les images glanées ça et là. Si vous en connaissez la source, il me fera plaisir de les attribuer.

“La discipline donne une liberté totale; cela vous permet de dépasser vos limites, de franchir les frontières et d’atteindre les plus hauts objectifs. La voie de la discipline ne va pas seulement sauver la vie d’une personne, mais lui donner aussi un sens. Comment? En lui faisant connaître des joies profondes et des désirs ardents, en créant un silence dans lequel le chuchotement du cœur peut être perçu. Vraiment, la discipline est la route de la libération.”

Gurumayi Chidvilasananda

Dans ce texte, je vais parler essentiellement de la soumise hétérosexuelle, parce que je ne suis pas assez au fait des soumises et des Dominants non hétérosexuels pour savoir si cette analyse leur est vraiment applicable. Cette focalisation n’insinue pas que les soumises lesbiennes et leurs défis ne méritent pas une recherche, mais simplement que je ne suis pas équipée en ce moment pour la faire.

Le plus souvent, les femmes qui depuis peu reconnaissent leurs besoins de soumission, passent à travers une période difficile de doute personnel entourant la question troublante : suis-je malade ? J’ai vu des femmes lire les manuels de diagnostic psychiatrique et se demander “ai-je un problème de troubles de la personnalité limite, suis-je borderline ?

soumise aux pieds et poings liés face à son MaîtreJ’écris ici non seulement à propos des aspects sexuels : “Suis-je malade, puisque je suis excitée par des images d’être prise, utilisée, forcée, emportée par une puissance masculine plus forte que la mienne ?”.

J’écris aussi à propos des aspects non sexuels de la soumission : “suis-je malade puisque j’aspire à dépendre de, à suivre la direction d’un homme plus fort que moi ?”

Je vais tenter d’aborder les deux aspects dans cet essai.

Qu’est-ce qui précisément alimente cette sorte de questions : “suis-je malade ?” Pourquoi donc une femme, découvrant sa nature, pense-t-elle souffrir d’un désordre mental ? Ou, à tout le moins, que quelque chose cloche chez elle ?

Une soumise découvre ou, plus exactement, réalise et reconnaît qu’elle fonctionne à son meilleur en relation avec un autre. Et plus cette relation est profonde, maintenue et maîtrisée, plus elle se sent bien et mieux elle s’accomplit dans les domaines importants de sa vie d’adulte : travail, amitiés et responsabilité parentale. Comprendre qu’elle est à son meilleur dans une telle relation lui fait se demander pourquoi elle ne peut pas y arriver par elle-même ? Pourquoi donc a-t-elle besoin de cette relation afin d’accomplir ce qu’elle est très capable de faire ?

En pensant à cela, j’en viens à questionner les déterminants culturels de ce qui est considéré comme la crème. Ici, dans notre société occidentale, nous accordons la plus grande valeur à l’indépendance, au “fais-toi toi-même”, au pionnier solitaire, à celui qui montre la voie, aux moins nécessiteux et aux plus autosuffisants.

Nous valorisons la compétition au contraire de la coopération, les performances par-dessus performances dans les relations. Nous surpayons les hommes (et les quelques femmes) qui dirigent de grandes entreprises. Nous payons les techniciens en garderie, les infirmiers, les secrétaires, les travailleurs sociaux, finalement tous ceux qui prodiguent des soins, moins que les producteurs.

Il y a la quelque chose d’erroné dans la croyance qu’une telle indépendance est tout ce qu’il y a de mieux. C’est particulièrement faux pour celles d’entre nous qui sommes le plus orientées vers la relation, les soumises.

Une bonne part de la tâche de la soumise récemment conscientisée est de faire le tri dans les voix intérieures de sa culture : ces voix qui lui disent qu’elle demande trop, qu’elle est trop dépendante, trop tournée vers les autres. Dès qu’elle peut articuler ce que ces voix lui disent, elle peut commencer à questionner non pas elle-même mais la validité de ces valeurs intérieures, en utilisant son propre critère afin d’évaluer sa vie, plutôt que nos standards culturels.

Une bonne part de la tâche de la soumise récemment conscientisée est de faire le tri dans les voix intérieures de sa culture : ces voix qui lui disent qu’elle demande trop, qu’elle est trop dépendante, trop tournée vers les autres. Dès qu’elle peut articuler ce que ces voix lui disent, elle peut commencer à questionner non pas elle-même mais la validité de ces valeurs intérieures, en utilisant son propre critère afin d’évaluer sa vie, plutôt que nos standards culturels.

Nous pouvons voir comment le point de vue est crucial dans la compréhension d’un phénomène. Par exemple, dans une étude du développement moral chez l’enfant, le Docteur Robert Coles a cherché comment les enfants jugent de ce qui est bien ou mal. Pour ce faire, il a présenté divers scénarios, décrivant un dilemme moral ou éthique, à des enfants d’âge scolaire puis en a analysé les résultats. La description de l’étude mentionnée plus bas n’est ici que pour illustrer la nature des partis pris culturels et leur impact sur les individus.

Un des scénarios du Docteur Coles était le suivant : “Un homme a une femme très très malade, tellement qu’elle est sur le point de mourir si elle ne prend pas un médicament particulier, très dispendieux. L’homme n’a pas les moyens de payer ce médicament, alors, en désespoir de cause, il le vole dans une pharmacie.”

Les enfants furent interrogés à propos de ce scénario. Coles a établi que les garçons ont tendance à conclure que l’homme devait être puni, car la loi c’est la loi, et personne ne peut enfreindre cette loi. Coles voyait cela comme un haut niveau de raisonnement moral, reflétant l’expression “une nation de lois, et non d’individus.” C’est-à-dire que nul n’est au-dessus des lois et que l’autorité de la loi n’est pas déterminée de façon situationnelle. Les garçons appliquaient un principe universel abstrait à un cas particulier. Coles déduisait que cette capacité de dépasser l’individuel était une forme de développement moral “plus évoluée”.

Les filles étaient très troublées par le scénario, et la plupart d’entre elles cherchaient des moyens de résoudre le problème de cet homme dans le contexte de la relation : elles se demandaient si l’homme n’aurait pas pu demander le médicament au pharmacien, en lui offrant de travailler pour lui, afin de le payer, ou de lui demander un crédit. Elles se demandaient si l’homme avait des amis qui l’auraient aidé à payer le médicament, et elles croyaient qu’il ne devrait pas être puni pour son acte désespéré. Leur sens du droit était situationnel, et défini dans un contexte de relation. Elles n’en venaient pas à articuler un principe universel abstrait mais cherchaient à résoudre le problème à l’intérieur du contexte présenté.

Coles en déduisait un moindre sens logique, un plus bas niveau de développement moral, parce que les filles n’arrivaient pas à se distancer émotivement du drame humain central présent dans le scénario.

Après la publication du travail de Coles, une femme du nom de Carol Gilligan a révisé les recherches que Coles avait faites, en a donné un autre son de cloche dans l’ouvrage “In a Different Voice“.

Plutôt que de voir les réponses des garçons comme l’évidence d’un développement plus évolué et celles des filles comme celle d’un développement moindre, elle les a redéfinies comme étant différentes. Elle a fait remarquer que les réponses des filles, plus fermement enracinées dans le contexte humain et relationnel, étaient dévaluées par une société dans laquelle le typiquement masculin a une plus grande valeur culturelle que le typiquement féminin. Elle demandait : “pourquoi est-ce considéré comme une forme de développement moral plus évolué de valoriser le principe universel bien au-dessus du contexte humain ?” et, partant, elle mettait en évidence le sexisme inhérent à cette analyse.

Comme nous pouvons voir, ce type d’analyse est extrêmement utile dans la compréhension des conflits typiques de la soumise. Nous avons tendance à poser les mauvaises questions : “suis-je mauvaise, malade, faible ?” alors que nous devrions nous demander “est-ce qu’il manque quelque chose dans les critères que j’utilise pour m’évaluer ?”

Si quelqu’un voit la puissance relationnelle comme une force, comme un bien, alors il est bien clair que la soumise a ce talent de la relation. De rechercher le partenaire qui peut répondre à ses besoins relationnels est une bonne chose, une chose saine.

Si nous commençons notre analyse sans les conceptions culturelles sur ce qui est le “plus valable”, nous pouvons commencer à comprendre qu’il est possible pour une femme d’être soumise et d’être en pleine possession de ses facultés. Et nous pouvons essayer d’imaginer ce qu’est le fonctionnement d’une soumise saine, par exemple comment elle a développé sa personnalité adulte.

Prenons un peu de recul et demandons-nous à quoi peut bien ressembler une saine soumise adulte, psychologiquement parlant :

  1. La soumise saine est capable d’entreprendre et de réussir des relations intenses, intimes et émotivement ouvertes. C’est manifeste par le nombre d’amitiés saines, prolongées et vivantes qu’elle entretient depuis des années.
  2. La soumise saine est généreuse. Elle a souvent besoin de se rationner parce que ses élans, la plupart du temps, la mènent à vouloir trop bien faire pour les autres.
  3. La soumise saine est capable de joie intense, spécialement dans le contexte d’une relation soutenue.
  4. La soumise saine trouve les moyens de se détendre dans une relation appropriée. Et elle s’y sent à l’aise.
  5. La soumise saine sait finement adapter sa sensibilité interpersonnelle. Elle sait réagir aux changements subtils d’humeurs chez les autres.
  6. La soumise saine a une facilité et une souplesse personnelles qui lui permettent de s’adapter aux changements de situations.
  7. La soumise saine est taquine.
  8. La soumise saine n’est pas plus complexée que la moyenne des gens, à propos de la qualité et de la beauté de son corps.
  9. La soumise saine est fière de ses réalisations.
  10. La soumise saine s’accepte comme elle est tout en sachant que, quoique la culture valorise l’indépendance et l’autosuffisance, elle a de grands besoins de dépendance et qu’il n’y a rien là de fondamentalement incorrect.
  11. La soumise saine recherche des relations qui la font s’épanouir.
  12. La soumise saine, en s’acceptant comme elle est, est tolérante envers les autres. Mais jamais elle ne permet aux autres de lui dire ce que devrait être sa vérité.
  13. La soumise saine a une conception d’elle-même raisonnable, consciente de ses forces et de ses faiblesses.
  14. La soumise saine aspire ardemment à être l’objet d’une compréhension profonde et pénétrante.

Quand sa nature est comprise et qu’elle est tenue dans un cadre ferme et aimant, son dévouement est presque sans limites. La soumise saine a une énorme capacité de dévouement, duquel émane son goût de servir.

Lire la seconde partie du texte La soumise saine de Yaldah Tovah.