Ce texte de Yaldah Tovah (bonne fille, en hébreu) est la seconde partie de la traduction réalisée par libertas. La version anglaise de ce texte intitulé The healthy submissive se trouve sur le site de submissivewomenspeak.net. Tous les hyperliens dans ce document sont de Valmont, et les images glanées ça et là. Si vous en connaissez la source, il me fera plaisir de les attribuer.

Voir la première partie du texte La soumise saine.

Pourquoi une femme est-elle soumise ?

“Comme pour toutes les hypothèses à propos du développement humain, la réponse a deux volets : une combinaison d’inné et d’acquis, de biologie et d’environnement.

femme accroupie les yeux bandésIl y a toute une documentation qui rend compte d’observations du tempérament.

Cette documentation parle des différences de comportement chez le nourrisson comme d’une expression du tempérament : l’expression de la régularité, de la relation et de la réactivité. En ce qui concerne la régularité, certains bébés sont réguliers et prévisibles : ils dorment de façon régulière, s’éveillent à des intervalles prévisibles pour la tétée et ont des périodes prévisibles d’éveil au cours desquelles ils commencent la première socialisation.

D’autres bébés sont irréguliers : une journée ils peuvent dormir 8 heures d’affilée puis rester éveillés toute la nuit, le jour suivant, ils dormiront à des intervalles d’une heure pendant une période de 24 heures.

En ce qui concerne la relation, certains bébés auront horreur de la nouveauté et de la stimulation intense et vont se replier ou devenir irritables dans ces cas là; d’autres bébés sont enclins à essayer et explorer la nouveauté et la stimulation intense.

Certains bébés ont un seuil élevé de sensation, nécessitant des stimuli relativement intenses avant de ne plus pouvoir le supporter, d’autres ont un seuil plus bas et répondent vite à une stimulation moyenne. Certains bébés, par exemple, souffrent beaucoup d’une couche mouillée; d’autres n’enregistrent l’inconfort que lorsque survient l’irritation due aux couches.

La somme totale de ces réponses innées, biologiquement fondées, forment le tempérament. Il est facile de constater ce que les gens entendent par un bébé “facile” : celui qui dort, mange et élimine de façon régulière et prévisible; celui qui a une réponse modérée à la stimulation, qui ne se replie pas ou ne réagit pas excessivement; celui qui est aisément amené aux contacts sociaux et qui fournit un renforcement de socialisation très agréable à ceux qui en ont soin, celui qui est très perceptible et facilement consolé, celui qui accepte les changements sans détresse excessive.

Dans ce bagage biologique qui fait le tempérament, je pense qu’un des traits est commun à toutes les soumises. Et c’est celui de la relation, de la socialisation. Je suggérerais que le bébé qui, côté tempérament, est enclin à capter et à répondre de manière sélective et sensible aux signes de son entourage, a en lui les germes d’une nature soumise. C’est le bébé qui cherchera le visage humain dans son entourage; c’est celui qui sera porté à vite répondre à la voix humaine; c’est celui qui va, de préférence et de façon sélective, être enclin à réaliser l’interaction humaine.

Ce bébé, quand il grandit, est facile à contrôler, à former, spécialement s’il est de ceux dits “faciles”. Il est très sensible à la critique et à la punition, à la désapprobation et à la louange. Il ne sera pas nécessaire d’élever la voix pour le reprendre, un sourcil froncé suffira.

De plus, cet enfant sera très sensible à la nuance : il saura lorsque les autres seront fâchés, blessés, tristes, perplexes même s’ils n’en parlent pas. Il aura un “sixième sens” en ce qui concerne les gens. Comme tous les enfants, il a besoin des adultes dans sa vie pour valider ses perceptions, lorsque c’est nécessaire.

Supposons que ses parents soient troublés par un problème financier; comme de bons parents responsables, ils cherchent à le protéger de leur détresse. L’enfant va ressentir cette tension muette, sensible comme elle est à la subtilité du langage corporel, aux intonations de la voix, aux expressions faciales. Il pourrait demander à ses parents ce qui ne va pas et se faire répondre : “rien, rien du tout, chéri… va jouer.”

Cela laissera l’enfant confus : il sait, peu importe comment, que quelque chose ne va pas. Mais ses perceptions n’ont pas été validées. On lui a dit que tout allait bien mais ses parents, qui ne vont pas bien, sont allés un peu vite avec lui. Relevant cela, l’enfant en dégage qu’il a dû faire quelque chose d’incorrect pour être ainsi renvoyé. Une partie de ce raisonnement est due à la mégalomanie de l’enfance, une autre est due à la synthèse logique et raisonnable de ce qu’il sent et de ce qui lui a été dit.

Cette sorte d’interaction, répétée au cours des années, dans les meilleures familles les plus aimantes, conduit à une personnalité adulte dans laquelle existe beaucoup d’anxiété liée à la relation. La soumise apprend à scruter son environnement social et à y déceler les signes de peines, elle cherche à régler les problèmes et aussi, bien souvent, elle croit elle-même être la cause du problème. Si quelqu’un d’important est fatigué, la soumise l’a exténué. Si quelqu’un d’important est fâché, la soumise a dû le mettre en colère. Si quelqu’un d’important est désappointé, la soumise a dû échouer.

Ce trait de caractère, cette sensibilité interpersonnelle, prend son expression la plus noble lorsqu’une soumise capte fidèlement les nuances mais y répond avec un minimum de références à elle-même, reconnaissant que les états émotifs d’autrui peuvent bien ne pas être dûs à elle.

C’est ainsi que cela fonctionne pour la soumise saine qui, une fois adulte, trouve souvent un profond accomplissement à œuvrer dans des domaines comme le travail social, les soins infirmiers, la médecine, la consultation et l’enseignement.

Il y a certaines difficultés auxquelles un enfant de nature soumise fait face.

À cause de sa conscience vive des nuances interpersonnelles, cet enfant est hautement sensible à la critique et la louange lui procure un grand plaisir. Lorsqu’il est critiqué, il ressent probablement une honte profonde. Puisque la honte la fait se sentir mal alors que la louange est plaisante, il en vient à vouloir plaire à tout prix.

Cela tend au développement de ce que les psychologues appellent “un locus extérieur de contrôle”. Cela veut dire que l’enfant base son estimation de soi (suis-je bon ou mauvais ?) sur des facteurs extérieurs à lui-même. La soumise se définit elle-même en se basant sur ce que les autres disent d’elle.

Les parents ont une énorme responsabilité avec un enfant si influençable. Les talents naissants peuvent être d’un mot, soit nourris, soit avortés. L’enfant peut se montrer à la hauteur ou pas du tout, selon ce qu’on attend de lui. Attendre de lui plus que ce qu’il ne peut donner (sur le plan académique, athlétique ou social) et il développe un sentiment très vif d’infériorité. Le louanger hors de proportions (c’est le meilleur qu’il y ait jamais eu) et il développe une vision de lui-même gonflée d’orgueil. Valider, de façon exacte et sensible, ses habiletés réelles et ses talents, il se fixera des objectifs qui lui conviennent et les atteindra en y prenant plaisir.

Lorsque l’environnement est réaliste, sensible et équilibré, l’enfant grandit et assume sa capacité spéciale d’être proche des autres, d’être sensible. Il a une vision de lui-même qui est raisonnable et proche de ses véritables capacités et difficultés, ni excessivement diminuée ni trop enflée.

Mais si le développement devait être tordu, comme il arrive souvent avec ces enfants, cet enfant développe ses traits de personnalité de façon dénaturée et cela lui cause maintes difficultés. Dans les familles dysfonctionnelles, cet enfant souffre plus que les autres qui ont des forces cachées ou des tempéraments moins réactifs. Il est souvent celle qui est choisi en cas d’abus physique, sexuel ou émotif. Sa toute première nature en fait le candidat idéal à l’emploi : pour passer la colère des parents, leurs frustrations, leurs pulsions sexuelles ou leur gratification narcissique.

Quand un enfant soumis est abusé de cette façon, il est incapable d’utiliser ses talents relationnels de façon constructive. Il se doit plutôt de développer de rigides défenses qui, une fois adulte, forcent sa capacité de souplesse, ou il doit se plier aux orages émotifs des autres toute sa vie, ou devenir ce qu’on appelle communément une personne “dépendante affective”.

Les femmes qui émergent de l’enfance avec ces traits de caractère peuvent être plus ou moins consciemment soumises mais elles sont NÉAMMOINS faciles à modeler et à contrôler par les autres. Celles qui ne cherchent pas consciemment un partenaire dominant vont naturellement graviter autour d’hommes qui les influencent, les contrôlent de façon bienveillante. Ceux qui les acceptent, les aiment, les entretiennent et apprécient leur sensibilité. Celles qui consciemment cherchent un partenaire dominant sont celles qui sont peut-être trop sensibles pour se satisfaire de la bienveillance.

Elles espèrent plutôt quelqu’un qui comprenne PRÉCISÉMENT à quel point elles peuvent être modelées et influencées. Celui qui soit capable d’utiliser son pouvoir pour ce faire et ceci, délibérément et consciemment, pour son bien et le bien de la relation.

Dans cette sorte de relation, la soumise est libre d’être enfin elle-même. Elle y trouve assez de sécurité pour vivre sa merveilleuse sensibilité aux autres, pour jouer comme une enfant, pour servir et être chérie, pour être en colère et perdre la honte. C’est une force sans mesure dans la connaissance de soi et l’acceptation. C’est la liberté de s’alléger de la honte et de laisser tomber les “il faut”.

Se savoir soumise, accepter que ce ne soit pas la terrible chose que la société nous dit, ni la seule vraie façon d’être pour les AUTRES, c’est être libre. C’est ainsi.

Il y a deux sortes de forces : la force de diriger et la force de suivre; la force de contrôler et la force de céder.

Il y a deux sortes de pouvoir : le pouvoir de mettre l’âme de l’autre à nu et le pouvoir d’en supporter la nudité. Ne prenez pas la capacité de suivre pour de la faiblesse, ce n’en est pas. Ne prenez pas la capacité de céder pour de la faiblesse, alors qu’il y a là bien de la résistance. Ne prenez pas le besoin de relations de la soumise pour une apparente incapacité d’être seule.

Les soumises ne sont pas des faibles. Ce sont des personnes sensibles qui ont énormément de résistance face à leurs défis particuliers. La soumission est une force à la recherche de son propre contexte.”