Ce texte de Polly Peachum est une traduction réalisée par libertas. La version anglaise du texte Submissive Needs Vs. Submissive Wants se trouve sur le site de submissivewomenspeak.net.
Quelqu’un disait que lorsqu’elle essaie de parler à son dominant et de lui dire ce dont elle a besoin, il semble l’écouter au premier abord et tout va bien mais, après un certain temps, il oublie et cesse de le lui donner.
Je crois que cela pourrait aider si elle essayait de fournir quelques exemples de ce qu’elle lui demande, et aussi de dire pourquoi elle croit en avoir besoin (contrairement à seulement les désirer).
En ce qui me concerne, distinguer entre mes besoins et mes désirs est important puisqu’il en découle le sentiment d’être sous le contrôle de mon dominant. Si je veux une chose et que Jon me la refuse, je pourrais croire qu’il est un dom dégoûtant (ou même pas un dominant du tout) si j’en crois ma certitude d’être une soumise ayant de forts besoins. Actuellement tout ce qu’il fait, quand il refuse d’accéder à mes désirs, est d’exercer son droit de dominant de faire exactement tout ce qui lui plaît.
Toutefois, si quelque chose dont j’ai réellement besoin de sa part ne m’était pas donné, ce pourrait être différent : j’aurais à déduire qu’il n’est pas un bon dominant ou peut-être pas le dominant dont j’ai besoin ou peut-être pas un dominant du tout.
Voici quelques exemples de choses que je nomme “désirs“. Dans le passé, j’ai souvent confondu certains de ceux-ci avec des “besoins“.
- Je désire jouer souvent, plus souvent qu’il ne choisit de le faire.
- Je désire qu’il fasse de nouveaux trucs pour moi ou plus élaborés qu’il n’a déjà fait.
- Je désire qu’il pratique ces activités dont il est incapable, étant donné son état physique.
- Je désire qu’il s’adonne - et avec la même intensité - à ce qu’il accomplissait durant notre première semaine ensemble, quand j’étais en “camp d’entraînement” et qu’il m’était donné une solide orientation de soumise. Quelquefois je pense que je désire goûter tout cela aussi intensément que je l’ai ressenti, alors que j’étais nouvelle et que j’explorais.
- Je désire qu’il agisse comme un de ces dominants de romans : me suspendre et m’enchaîner dans le noir… m’enfermer dans une cellule pour la nuit… me tenir à ses pieds chaque seconde, à moins qu’il n’ait autre chose à me faire… me fouetter constamment, tant et tant que je sois toujours contusionnée et meurtrie… me faire sans cesse promener nue ou demi-nue… vous savez, toutes ces foutaises habituelles.
- Et je désire qu’il fasse cela tous les jours, pas seulement en des occasions spéciales !
- Je désire qu’il soit abject avec moi, plus sévère, plus dur, plus rigide, plus exigeant et qu’il ne soit pas gentil chaque fois que je lui fait une demande.
- Je désire qu’il me prête à d’autres dominants que je trouve sûrs et attirants sexuellement.
- Je désire ne jamais être déboussolée ou lui crier après, ne jamais être contrariée, ne jamais m’opposer, ne jamais me sentir une mauvaise soumise.
- Je désire ne pas avoir à jouer à ce jeu de cartes stupide qu’il aime tant, pratiquement chaque stupide soir de l’année avant que nous allions au lit !
- Lorsque je suis bouleversée, je désire qu’il sache toujours, instantanément et exactement, quoi dire pour me calmer et me ramener à ma soumission.
Je ne vais pas approfondir pourquoi certains de ces désirs sont plutôt puérils (nous garderons cela pour un autre message).
La question est : qu’il satisfasse mes désirs superficiels ou non n’a aucun rapport avec sa capacité à me dominer. C’est du deuxième point, sa capacité à me dominer, dont j’ai besoin. Pour le reste, j’aimerais certains trucs, mais je peux être parfaitement heureuse sans cela et, le cas échéant, même pour le reste de ma vie.
Alors que sont mes besoins ?
- J’ai besoin de me sentir en totale sécurité avec lui et être capable de lui faire confiance en tout ce que je pourrais provoquer ou qui puisse survenir.
- J’ai besoin de croire en sa stabilité et de savoir qu’il ne va pas perdre les pédales, peu importe ce que je lui lance.
- J’ai besoin de me sentir réellement contrôlée et possédée et maîtrisée par quelqu’un qui prend plaisir à le faire et qui ne le fait pas seulement pour me plaire.
- J’ai besoin de savoir qu’au cours de nos activités sexuelles dépravées, il est vraiment sadique et prend son plaisir à faire ce qu’il me fait. Cela pourrait me détruire de penser qu’il ne le fait que pour me faire prendre mon pied.
- J’ai besoin de savoir que je ne peux m’enfuir ou lui échapper, même si je le voulais. (Croyez-le ou non, pour quelqu’un qui est extrêmement soumis, ceci a une grande part dans son besoin de sécurité).
- J’ai besoin de me sentir obéissante, et j’ai besoin de savoir qu’il est responsable et prend toutes les décisions importantes (pas parce que je ne puis pas le faire - prendre de grandes décisions c’est facile et même plaisant pour moi - mais parce que si j’avais à les prendre, je me sentirais contrôler la relation, une sensation que j’ai en aversion).
- J’ai besoin de savoir que je ne peux pas le rudoyer ou le pousser ou le manipuler ou le convaincre de faire quoi que ce soit, comme d’être un parfait RoboDom. J’ai besoin de savoir qu’il peut résoudre n’importe quel problème sérieux qui puisse survenir entre nous.
Bon, c’est assez des besoins. La méthode principale pour distinguer entre mes besoins et mes désirs est de me questionner : si je n’ai pas ceci ou cela, serai-je malheureuse, confuse, blessée, frustrée ou inassouvie en permanence ? Est-ce que je voudrai aller ailleurs et chercher quelqu’un d’autre qui puisse me le donner ? Si je peux honnêtement répondre à ces questions par un OUI puissant, je fais face à un besoin.
Ce peut être plutôt difficile par moments pour une soumise de demander à son dominant ce qu’elle désire. Elle peut ressentir (injustement, à mon avis) que de demander est insoumis ou trop agressif ou revendicatif ou que cela signifierait qu’elle contrôle la relation. Si votre dominant contrôle effectivement la relation, il sait très bien comment dire “Non” quand il le veut. S’il ne contrôle pas la relation, bien, vous avez probablement besoin de le savoir avant de vous engager trop avant avec lui dans ce qui pourrait devenir une impasse sexuelle et émotionnelle.
Je crois qu’une méthode que vous pouvez utiliser pour commencer à comprendre si vous êtes trop exigeant est de classifier les différentes choses que vous désirez de votre dominant entre désirs et besoins. Si la plupart de vos demandes ne sont pas satisfaites, peut-être avez-vous besoin de repenser quelles sont les priorités dans une relation D&S : est-ce si important pour vous de toujours obtenir ce que vous désirez ou l’inverse ne devrait-il pas être la règle ?
Si la plupart de vos besoins ne sont pas rencontrés, vous devez être avec la mauvaise personne; en tant que tels, les besoins ont à être satisfaits naturellement et spontanément par le dominant si tous les deux vous aspirez au bonheur, et pas comme une faveur qui vous est faite ou parce qu’il craint de vous perdre. Si quelqu’un est effectivement dominant, il peut d’ordinaire répondre à cette catégorie de besoins de la soumise que j’ai énumérés plus haut.



Bien Cher Vicomte,
Je ne peux résister à la tentation de répondre à cet article, que je viens de découvrir à l’occasion d’un petit surf clandestin sur Cercleo ; une honteuse trahison de mon devoir professionnel, je l’avoue, mais diablement agréable
Désirs, besoins, la marge est souvent bien mince à mon humble avis. Je me souviens de mes “débuts” en tant que soumise, il y a de très nombreuses années de cela, et de la façon dont j’ai fui, lamentable, après qu’un Dom de plus de deux fois mon âge ait proposé de m’initier personnellement aux joies “brutales” des jeux de pouvoir. J’avais de tels désirs, à l’époque, qu’il m’a semblé voir s’ouvrir l’Enfer sous mes pas, à la seule idée de me retrouver à la merci de ce monsieur charmant, qui pourtant ne voulait que mon “bien”, si je puis dire. Je me souviens également des jours, pas si lointains, où j’avais franchi de telles limites dans la “res SM” que la moindre diminution d’intensité dans le jeu déclenchait immédiatement un état de manque d’endorphines extrêmement violent.
Je sais parfaitement ce qu’est un besoin, depuis lors. Un besoin, c’est le truc qui vous sort de votre lit à quatre heures du matin, hirsute, courbaturée, fiévreuse et vaseuse, et auquel il est impossible d’échapper.
Par contre, un désir, c’est le truc qui vous donne des ailes, envie de partager, de créer, d’inventer, et dont vous savourez à l’avance la réalisation, comme l’on rêve, enfant, au matin de Noël.
Quoiqu’il en soit, c’est dans la frustration que la soumission s’exprime souvent. Je ne pourrais pas être à mon Maître s’Il passait toutes mes envies. Je ne pourrais pas Lui obéir, s’Il devançait tous mes souhaits. Cela semble une évidence, posé de cette manière. Mais j’en connais beaucoup, et de très célèbres même, qui, sous couvert de courriers-confessions, adressent à leur Maître le menu des réjouissances. Quand elles ne vont pas jusqu’à émettre un avis péremptoire, après séance, sur les points à améliorer pour la prochaine fois. En ce qui me concerne, je ne conçois l’assouvissement de mes désirs que dans le cadre où cela Le satisfait d’abord. J’irais même plus loin : rien ne me réjouit plus que de Lui offrir un merci, pour quelque chose qui ne m’a pas forcément plu, mais dont je sais qu’Il a tiré un grand plaisir - surtout si de surcroît Il ne m’avait rien demandé et que l’offrande était spontanée. L’oblativité n’est pas un vain mot, à mes yeux, et c’est en Le servant que je trouve la plénitude.
Le plus important étant le respect de l’autre, dans ce qu’il a d’unique et d’imparfait. Mais aussi la bienveillance qui naît ; lorsqu’on croit en ce qu’il ou elle est, avant de vouloir qu’il ou elle réponde à nos exigences.
Respectueusement,
m.
Comment par miriam blaylock — June 15, 2006 @ 11:41 am
Vous dites une chose qui me frappe de temps à autres dans les propos des uns et des autres : la fuite de la soumise devant le Maître. Ou devant la réalité de ses propres désirs. Ce qui revient sans doute au même.
On parle souvent dans la littérature bdsm du difficile passage de la facilité de dominer à distance, à la difficulté réelle de la domination lorsqu’en face à face.
Quand j’aurai un moment de libre, je reviendrai sur le difficile passage de la facilité de se soumettre à distance, à la difficulté réelle de se soumettre en face à face.
Comment par Valmont — July 2, 2006 @ 12:33 pm
Bien Cher Vicomte,
Il est vrai qu’il est difficile de passer du fantasme à la réalité, et inversément.
Lorsque j’écris que j’ai fui, je ne parle pas de fuir après une longue relation sur un tchat quelconque : à l’époque, le web n’existait pas. Je voulais plutôt évoquer le début d’une histoire qui aurait eu pour cadre un environnement tout autre que les sorties au restaurant, à l’opéra ou au musée. Une histoire qui serait devenue, subitement, autre chose que la cour assidue d’un homme plus âgé à une toute jeune femme. Je voulais aussi expliquer qu’il est parfois très effrayant de confronter le rêve que l’on caresse depuis l’enfance aux plates réalités de la concrétisation. Surtout lorsque ladite réalité prend des allures pornographiques et que l’on constate avec incrédulité que c’est précisément ce qui nous attire.
Ce qui est difficile, à mon humble avis, ce n’est pas tant de se soumettre; c’est de s’abandonner et d’accorder sa confiance. Et que cela se passe en live ou en webcam ne change fondamentalement pas grand chose au problème.
Respectueusement,
miriam
Comment par miriam blaylock — July 3, 2006 @ 11:20 am
Je suis d’accord avec vous : j’ai toujours cru que si l’on n’était pas en mesure de “jouer le jeu” à distance, qu’il serait illusoire de croire que nous serions en mesure de le jouer une fois en face à face.
Enfin, ça doit sans doute dépendre du type de relation recherchée…
Comme je dis à l’occasion à des personnes soumises qui trouvent mon raisonnement comique, « après tout, c’est votre soumission, mademoiselle. Si vous “trichez”, eh bien vous tournez le dos à vos propres aspirations. Et ça, jusqu’à un certain point, c’est votre problème bien davantage que le problème du Dom “devant” vous. »
Comment par Valmont — July 3, 2006 @ 11:46 am