Le journal d’un dominant rassemble des notes éparses sur ce qui m’habite quand je réfléchis à ce que je fais dans le BDSM, quand je la sens curieuse, quand je la taquine, quand je la sens plier, quand…
C’était il y a deux ans. Une rencontre par Réseau-Contact. On va l’appeler anya. Comme beaucoup de soumises, son nom finit en a. Allez savoir pourkwa.
Nous en sommes alors à l’étape de l’identificâtion. Elle veut me faire part de ce qui l’habite. Je ne la “connais” pas depuis longtemps.
Elle m’écrit :
Ceci est le texte (modifié un peu depuis, amélioré) d’un événement réel qui devait préparer à une rencontre avec un couple de sado-masochistes. Mais cette rencontre n’a finalement jamais eu lieu. Par choix. J’ai envie d’un trip avec un homme et non avec un couple. L’homme a voulu me convaincre mais j’ai finalement laissé tomber.
Mais le texte en dit quand même un peu sur mes fantasmes (sourire).
“Je me sens méchante de vous avoir refusé cet ordre de me masturber à votre pensée.
Peut-être que je voulais me sentir méchante, peut-être que d’autres raisons extérieures venaient jouer, mais je n’ai pas menti en disant que j’avais du mal à fantasmer sur des personnes encore virtuelles pour moi. Pourtant… j’ai relu ce soir ces très belles et généreuses lettres que vous avez écrites pour moi, avec beaucoup d’attention et de gentillesse.
Comment ne pas être touchée… et sentir votre « réalité » malgré la virtualité.
La pensée de ce fouet me revient sans cesse.
Les caresses du fouet disiez-vous. Et cette fois où mademoiselle a pleuré, pour les recevoir. Cela m’émeut tant. La dimension sexuelle est présente dans vos lettres, mais aussi la dimension émotive, symbolique, voire sentimentale… et cela est tellement important pour moi. Tellement sinon plus. Pour l’instant du moins.
J’ai peut-être été un peu choquée, oui, qu’on me demande déjà ce devoir. M’ouvrir à raconter une séance d’auto-érotisme est peut-être pour moi un peu rapide, compte tenu que, par exemple, vous ne savez même pas encore quel est mon métier, ou trucs du genre. Je ne sais pas si nous aurons des atomes crochus, quand nous nous verrons.
Vous aviez raison Monsieur, j’ai plus de limites que je ne le crois!”
“Mais par dessus cela, c’est mon désir de vous plaire, je crois, qui m’arrête pourtant le plus devant cette tâche.
J’ai peur que mes fantasmes vous déplaisent.
Que ma façon de me caresser, que mes idées, que mes désirs soient en dehors de vos limites à vous. En fait, j’ai peur d’être trop « sale », trop « trash » pour vous. Vous me semblez si propres. Je suis une petite vermine, comparée aux yeux clairs que porte mademoiselle. Je m’excite grandement quand je me dénigre. Est-ce que cela peut vous intéresser?
C’est si nouveau pour moi, de penser en ces termes. J’ai si hâte d’être punie, j’ai tant besoin d’être foutue à ma place. Raconter mes fantasmes auto-érotiques c’est donc raconter comment l’écervelée de chatte en chaleur que je suis a besoin d’être corrigée. C’est raconter combien j’aimerais être aimée et blessée, châtrée et pardonnée, délivrée et enchaînée… caressée et maltraitée…
Vous m’avez dit ne jamais utiliser les insultes… je me demande en quoi cela consiste. Est-ce que je m’insulte en me traitant de chatte en chaleur, de salope? Serais-je punie pour l’avoir fait, ou punie en me faisant traiter ainsi ? Peut-être que la pire punition serait d’être bien considérée. Je ne sais pas ce dont j’ai besoin. Ferez-vous de moi un être plus fort en usant de méthodes appropriées que vous aurez définies en vue de faire de moi un être pleinement assumé, capable de soutenir toutes les humiliations, en toutes occasions ?
J’ai tellement envie de m’abandonner. Qu’on fasse de moi ce qu’il faut… et non ce que je veux… Je ne veux plus vouloir rien. Je veux que vous vouliez pour moi…
Je suis trop faible et intimidée. En même temps, je suis si arrogante et détachée. Ça mériterait une bonne fessée. Jamais je n’ai senti sur ma peau cette puissante chaleur… mais je l’imagine…
Je gonfle de l’intérieur. Je suis émue, excitée en ce moment tellement inattendu de ma vie. Je ressens une telle envie d’être prise en charge, de me déposséder, de ne plus être… je laisse la sensation descendre de ma gorge vers mon nombril, puis encore un peu plus bas… j’ai une tâche à accomplir.
Monsieur, cette tâche est plus importante que vous ne le croyiez.
J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’en modifier un peu les règles. Je n’irai pas sur mon lit. Je resterai ici, et je me caresserai en écrivant, j’écrirai en me caressant et sur mon écran, il y aura vos visages, qui m’aideront à penser à vous plus réellement. Je ne peux les voir tout en écrivant, mais je pourrai y passer de temps à autre, tout comme je passerai du clavier à mon corps et du corps au clavier.
C’est bizarre, mais je crois que ce sera excitant.
Je repense à ces mots…qui me fascinent. Un collier pour moi ? Fait à la main, unique et sur mesure ? Quel honneur! Je le sens déjà qui occupe bien solidement mon cou. Je voudrais presque qu’il m’étouffe. L’orgasme est une petite mort disent les philosophes… dans ce cas, j’en voudrais un maintenant!
Certains ont peur de la mort… pour moi, m’abandonner dans les bras de Thanatos sera un délice suprême! Je n’y aurai droit que quand le destin en aura décidé.
D’ici là, je dois me contenter! Hélas, je ne sais pas mourir… je ne sais que jouir! Mmmm… la jouissance m’appelle au loin… sur ses chevaux d’airain, saurais-je l’entendre? Je sens mon clitoris qui gonfle doucement. Je regarde Mademoiselle… je n’ose même pas fantasmer sur ses jolies lèvres… tellement elles m’apparaissent immaculées… je ne me sens pas le droit de les subjuguer par mon simple regard… cette photo n’est qu’un fétiche, mais c’est comme si j’étais traître de la réalité…
Essayons avec Monsieur. Cette photo où il est sérieux. J’aime tant les airs sérieux. Je me sens intimidée, et excitée, peut-être est-ce l’idée de le défier (ou de le déifier?!). Ces yeux sont si profonds. Je voudrais m’y perdre. Je m’y perds. Mademoiselle peut bien s’y perdre elle aussi, les siens le sont aussi, on le voit. La réalité dépasse l’image. Le souvenir de tous ces mots se mêle à la photo…
Il y a comme des vagues dans mon ventre, parfois elles montent à la poitrine, parfois elles descendent comme un éclair tout droit dans mon clitoris. Je me sens moite. J’ai presque mal tellement la tension des derniers jours fut grande. Je crois que je vais me caresser … cette tension doit cesser… Je me touche un peu pour voir à quel point je mouille. Je suis toute gonflée. Encore peu mouillée… ça ne saurait tarder… Je porte à mon nez mes doigts embaumés, comme une petite chienne qui vérifie qu’elle existe.
J’imagine une langue (certainement pas la vôtre, je ne crois pas le mériter…) qui me lèche doucement mais de façon négligée, comme on lèche une crème glacée… et sans chercher à atteindre le clito nécessairement. Elle se promène sur mes lèvres bien lisses et bien sèches et les mouille, ainsi la caresse du vent qui vient de la fenêtre redouble mes sensations (je mouille mes lèvres avec mes doigts que j’ai plongés dans ma bouche pour sentir cette sensation pour de vrai, puis je continue à écrire….).
Mon clitoris est saillant et je ne peux l’éviter… il m’appelle… j’ai du mal à continuer l’écriture…
Je goûte mes doigts, c’est sucré.
Vous êtes là, m’ordonnant de me caresser. Votre présence m’enjoint de me pénétrer de mon doigt doucement, puis soudainement très fort, et allant directement au point g qui ne demande que cela, en donnant des coups permettant à ma paume de rejoindre le clitoris.
Petit gémissement… ah je me sens animale… comme une petite putain qui le ferait pour son plaisir… Je gonfle à vue d’œil. Je dois m’arrêter pour écrire et c’est pénible… mais en même temps excitant. Je veux tout vous écrire, comme si vous étiez là, en face de moi… et me sentir avec vous… l’odeur de mon sexe monte du clavier quand j’écris…. Je regarde la photo de vous deux, comme mademoiselle est souriante! Ça contraste avec l’état de sale petite chatte dans lequel je me sens… et votre regard joyeux, monsieur… m’excite tant… comme si vous preniez un plaisir moqueur à me regarder…
Je n’ai que mon doigt (mais quel doigt!) qui entre sauvagement mon antre et se retire, laissant une traînée liquide sur mon pubis, pour le vent… je n’en peux plus d’écrire, je veux me pénétrer à un rythme fou, imaginant que c’est vous, que vous me regardez, que vous me chuchotez quelques insanités à l’oreille, mêlées de mots excitants dont vous m’aviez réservé la surprise… Ostie que t’es belle… que je te fourrerais petite garce excitante… regarde comme je suis bandé juste à cause de toi, REGARDES !… mais tu l’auras pas salope (regard et rire diabolique)… tu devras te contenter de te caresser…
… j’y vais, j’arrête d’écrire, je me fourre à toute allure, je veux exploser……AHHH!
Mais je prends une pause pour écrire…. je veux faire durer le plaisir…mais je ne le trouve pas suffisant… j’ai l’intérieur gonflé du désir de bien bien plus et ce, jusqu’à la gorge…mes lèvres entrouvertes ne peuvent se refermer…ma langue aimerait tant servir à quelque chose…!
Ah, ce que je donnerais pour jouir de votre jouissance… vous savez tellement mieux que moi ce qui peut me faire jouir…
Je suis toute écartée sur ma chaise et me balance, de gauche à droite, en taquinant mon clitoris de plus en plus fort…comme un « mieux que rien »… la musique devient plus sauvage et ensorcelée…
je me lèche les mamelons en étirant bien mes seins malléables… je crois que je vais me laisser aller… en pensant que vous me regardez… et pour la première fois de ma vie, je me claque le sexe, pas trop fort pour ne pas être entendue… mais c’est fou, les frissons qui montent… je suis comme gênée de me faire ça, je voudrais tant que vous me le fassiez… mes mamelons sont durs, je rêve à ces caresses éternelles et intermittentes des seins dont vous me parliez… et puis je retourne à votre photo, celle où vous avez cet air sérieux… je veux encore me taper… c’est si nouveau pour moi… je vais sûrement en jouir… juste y penser en écrivant me fait de l’effet…
je vous entend me susurrer des paroles pleines de contrastes… « crisse de belle salope »… avec un méchant air de bête sexuelle démoniaque… ce sont vos mains qui me frappent… vos doigts de maître qui me pénètrent…
et vous aimez ça me titiller… et vous savez comment !… je suis emportée…
« crisse que t’aime ça ma cochonne hein… hein ? RÉPONDS! Exprimes-toi… sinon j’arrête…»… allez, met toi à quatre pattes devant moi… ouvre-toi bien que je te regarde comme il faut avant de t’enfoncer bien doucement… beau cul de fausse princesse de mes deux… (en me tirant par le chignon)… Tiens ! Je vais te le salir moi ton petit cul de fillette mal baisée… prend ça, (pause languissante) encore ? Salope…
AAAAHHHHHHHAHHAHH
Mais je rêve… vous n’y êtes même pas…
Ahhh… c’est bon mais non pas délicieux… comme j’aimerais voir plus que ce que je vois sur les photos… ça m’aiderait sûrement… mes doigts ne suffisent pas à me pénétrer… leur vigueur est paresseuse… comparée à ce que je veux bien imaginer… mais pourtant… j’aimerais me claquer tellement plus fort… mais je ne peux faire de bruit ici… qu’à cela ne tienne… je ferme mes yeux, je vais sur le lit… et j’imagine le fouet…
(…)
Il est exactement 1:11 quand je décide revenir au clavier.
Il y a aux moins 20 minutes, j’ai joui en me massant le clitoris, comme à l’habitude, en pinçant un de mes mamelons, le droit.
L’orgasme était fort, long. Je me suis tortillé. Je me savais seule, ne fantasmant sur aucun regard, mais rêvant du fouet. Je gonfle encore, en y repensant à ce fouet. Mes mains sentent sucré. Je m’endors. J’ai d’ailleurs failli m’endormir durant ces 20 minutes, divaguant dans un état de semi-mort avancé. Je vais aller dormir… songeant à si j’aurai le courage de vous envoyer ce texte avant même de vous avoir déjà rencontrés…
J’ai le cœur si gonflé de hâte et de crainte mêlés… je m’endors en m’imaginant me faire caresser les cheveux et consoler pour le délicieux mal qui me fut infligé…”


