Par Valmont le 26.10.2006 @ 8:57 pm

“La soumission est cet état paradoxal d’immense plaisir, de confort cérébral et intellectuel par la disparition de la volonté de se diriger, de choisir, de juger.

Bien sûr cette absence de volonté de décision ne peut pas être obtenue facilement, il s’agit du résultat d’un long processus, d’un long travail, passant par de nombreuses phases successives devant être pleinement vécues, comprises et acceptées.

Il est à la portée de tous de se résigner ou de s’inférioriser. Il est très aisé de prendre une position de victime. Il est très simple de subir. Tout ceci ne correspond pas et ne correspondra jamais à l’état d’esprit dans lequel doit se plonger le (la) soumis(e) pour œuvrer valablement.

Pour que les futur(e)s soumis(e)s comprennent l’état mental dans lequel ils (elles) devront se trouver pour œuvrer avec efficacité, il existe une expérience simple que tous peuvent réussir et qui donne une assez bonne idée de la position d’abandon et de confiance qu’il conviendra d’adopter.

Après avoir choisi un boulevard ou une avenue à forte circulation automobile, le (la) candidat(e) à la soumission ferme les yeux et prend le bras de son guide qui lui (la) fera traverser la rue, au milieu du trafic, à la manière d’un aveugle.

Puis l’expérience est renouvelée mais cette fois sans prendre le bras. Le (la) candidat(e), les yeux toujours fermés, traversant seul(e) la rue, en obéissant à la voix de son guide qui se tient proche mais pas trop et qui donne ses instructions tout en traversant lui aussi.

Les yeux fermés au milieu des autos qui roulent et qui klaxonnent parfois, sentant le danger devant, derrière, partout, les bruits, les déplacements d’air, tout devient terrifiant.

Le (la) candidat(e) peut rouvrir ses yeux à tous moments comme lui commande son instinct mais, bien sûr, ce serait un échec.

Il est aussi important, dans cette expérience, de réussir à traverser la rue que de l’avoir fait en combattant l’irrésistible envie d’ouvrir les yeux, en combattant son instinct de survie, son instinct primaire et animal, en combattant ce que la raison rationnelle et convenable commande…

Faire cette expérience avec un bandeau sur les yeux serait une erreur car faciliterait trop l’aveuglement et exigerait moins de volonté de soumission et de placement de la confiance. Un bandeau sur les yeux rendrait, en outre, l’épreuve très dangereuse.

Il s’agit, là, d’une expérience d’authentique soumission et rares sont celles et ceux qui parviennent à garder les yeux fermés dès la première tentative. Chaque seconde passée les yeux fermés sera une victoire, sera un don de soumission sincère.

Tentez l’expérience et vous comprendrez que la soumission n’est pas inactive ou passive, n’est pas captive mais est offerte et confiante.

L’état d’esprit qu’il convient d’adopter est positiviste et militant. Le danger existe vraiment, les autos sont bien réelles. Jamais ce danger ne devra être minimisé mais il sera dominé et maîtrisé par le guide.

Dans cette expérience simple, comme dans les scénarios les plus élaborés, la confiance que le (la) soumis(e) place en son Maître, est déterminante pour le succès du franchissement d’une étape.

La soumission n’est absolument pas une position mentale de renoncement. Elle s’apparente davantage à l’endormissement d’une partie de la personnalité pour favoriser l’épanouissement d’une autre partie.

Comme un aveugle compensera sa cécité par un développement naturel de son ouïe, de son odorat et de son toucher, il est possible de favoriser le développement des ces sens en ne perdant que quelques heures le sens de la vue.

C’est l’utilité des scénarios et celle du Cadre des Œuvres.

Les initiés, après avoir affûté leurs sens, développeront d’autres des possibilités humaines, d’autres « sens ».”

C’est lumineusement dit par maître Bob des Amis de Germanicus.

Ces propos sont peut-être ce que j’ai lu de plus intelligent sur le BDSM. Il y a tant de perroquets qui répètent des phrases toutes faites sans prendre le temps de goûter leur sens…

Photos : Issey Niwa et had3sia.

Par Valmont le 25.10.2006 @ 6:26 am

Avant de jouer avec une nouvelle personne ou Quelques règles de gros bon sens dans le monde BDSM, est une traduction en français par libertas du texte COME HITHER: A Commonsense Guide to Kinky Sex de Gloria G. Brame, avec quelques retouches par Valmont.

Dans ce texte, l’expression BDSM désigne une relation fondée sur les échanges de pouvoir érotiques at large. Les jeux de DS (domination-soumission) étant plus spécifiquement des jeux de rôles sans que n’interviennent les jeux de douleur/plaisir et les jeux de restriction.

Ce texte sur la sécurité dans le monde BDSM aborde six questions essentielles pour toute personne qui débute une nouvelle relation BDSM, ou qui assiste à des réceptions et événements où des étrangers jouent ensemble.

1. Qui est cette personne avec qui je suis sur le point de jouer ?
2. Comment savoir à qui je peux faire confiance ?
3. Comme c’est compliqué ! Ne puis-je jamais jouer avec des étrangers ?
4. Est-ce que ça signifie que je ne peux jamais jouer avec quelqu’un que je viens tout juste de rencontrer ?
5. Alors comment me protéger jusqu’à ce que je connaisse bien quelqu’un ?
6. Mais mon droit de veto ne me protège-t-il pas ?

le dragon

4. Est-ce que ça signifie que je ne peux jamais jouer avec quelqu’un que je viens tout juste de rencontrer ?

Écoutez, vous êtes un adulte. Il n’y a rien de mal à essayer de contenter votre coeur. La vie se doit d’être vécue et si vous êtes un sadomasochiste, vous vous devez d’accepter et d’adopter votre sexualité foncière. Laquelle signifie que vous allez être dépravé et traité de salope et, avec de la chance, vous en tirerez beaucoup de plaisir.

Ce que je veux dire est que vous devez être prudent et protéger vos propres intérêts jusqu’à ce que vous ayez de bonnes raisons (à la suite d’expériences répétées et positives avec la personne) d’abandonner (ou d’assumer) le contrôle total.

Par Valmont le 22.10.2006 @ 7:35 pm

“Donner pour recevoir. En domination aussi. Ils me font peur ces “maîtres” qui sont dans l’absolue vérité, dans la certitude la plus grande, qui appliquent des schémas de pensée préétablis, des “recettes” toutes faites, les 9 ou 12 règles de la soumise, qui vont leurs permettre d’être rassurés sur leur capacité à dominer, à avoir le pouvoir !”

Et plus loin :

“Contraindre, rabaisser, humilier, bafouer, avilir est un besoin pour eux, pour exister, pour avoir l’illusion d’être. Voilà où peut conduire dans le BDSM, l’égaré qui cherche le pouvoir à tout crin! La femme qui confond soumission et masochisme!”

Par Valmont le 21.10.2006 @ 12:40 pm

Sur quelques idées reçues à propos de la sexualité est la préface du docteur Pierre Marie de la version française du Dictionnaire des fantasmes, perversions et autres pratiques de l’amour de Brenda B. Love, Laurence Étienne, Pierre Marie et Franck Spengler, paru initialement en 1997 (Encyclopedia of Unusual Sex Practices). Pierre Marie est philosophe et psychanalyste.

“Sous ce rapport, il y a une grande proximité entre la perversion et le moralisme kantien.

Le lecteur se rappelle que pour Kant, le sujet, lors de l’accomplissement de la loi (dictée par la raison), afflige à son moi les sacrifices qu’impose la réalisation de la morale : le sujet est là tout à la fois l’auteur de la loi, son exécuteur et celui qui s’y soumet.

Dans la perversion, il y a un éclatement des trois rôles sur des entités différentes :

– celui qui prescrit la loi : cela peut-être une morale religieuse, un règlement administratif, une autorité (chef politique, gourou d’une secte…), une hallucination, un délire…
– celui qui l’exécute : le sujet pervers ;
– celui qui la subit : la victime.

Tripartition dont se sont réclamés les criminels nazis pour leur défense : ils n’avaient accompli que leur devoir, de sorte que leur action était complètement morale.

En somme, dans la perversion, la prescription du fantasme se présente comme une règle universelle d’action qui s’impose à tous les êtres humains : agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle.

Or, toute règle universelle d’action se fonde sur la croyance en une nature humaine (opinion partagée par Kant et Sade) ; elle est la négation de la singularité de chaque subjectivité, c’est-à-dire la négation de tout désir, marque même de cette singularité.

Il y a là, comme dans le moralisme kantien, un effacement absolu du désir au profit du pur devoir ; avec pour conséquence une abrasion de la réalité du partenaire, car si la réalisation du désir suppose et nécessite toujours l’acceptation du désir de l’autre, la réalisation du devoir n’impose nullement son consentement.

Et si le devoir implique l’exclusion du désir et donc l’apathie la plus radicale – puisqu’il exclut toute autre motivation que sa propre injonction –, il s’ensuit que le pervers – comme le sujet kantien – accomplit son forfait dans l’ignorance de la pitié comme de la compassion et qu’il ne vise ni son plaisir ni son bien-être, mais la réalisation de l’impératif qui le régit dont il retire seulement un contentement de soi : la satisfaction du devoir accompli.

D’où il résulte qu’une sexualité conforme aux prescriptions d’une morale est sûrement perverse dans son essence puisqu’elle est la négation tant du désir de l’intéressé que de celui de son partenaire, le premier imposant au second une forme de relation sexuelle qui ne tient pas compte de leurs attentes.

La perversion n’est donc pas là où il est coutumier de la chercher, mais bien plutôt là où on se fait fort de régler les conduites humaines à l’aune des principes dont on est le prosélyte. Tout missionnaire d’une doctrine religieuse, politique ou philosophique est potentiellement un pervers, puisqu’il nie par son action la singularité et le désir irréductible de ceux auxquels il s’adresse.

De cette forme sociale de perversion dont l’histoire est riche à la forme individuelle, celle du psychopathe qui finit par occuper la rubrique des faits divers des journaux, il n’y a qu’une différence d’ampleur : le nombre des victimes de l’Inquisition, du goulag, de l’épuration (raciale, religieuse, politique) ou de la solution finale sera toujours supérieur à celui du pédophile pervers, du violeur d’occasion ou du père abusif. Mais les uns comme les autres agissent selon la même logique : ils considèrent leurs victimes comme une chose qu’ils peuvent maltraiter sans réserve, et pourquoi pas anéantir, et non comme une personne.

Aussi, si la seule loi qui tienne comme loi symbolique inconditionnée est le respect d’autrui, loi qui est aussi et nécessairement celle du désir, on peut convenir – comme je le laissais entendre plus haut – que celui désigné ici sous le terme de pervers répond au mieux à l’étymologie du mot qui le nomme : il met effectivement sens dessus dessous la loi.

D’où il résulte que la perversion guette chacun dès qu’il réprime son désir, n’étant pas prêt à en assumer l’accomplissement, préférant se soumettre à une autorité extérieure pour organiser ses conduites, autorité à laquelle il voudra aussi assujettir tous ses proches pour assurer à ses principes une (pseudo) validité universelle.

Dans une tout autre dimension, on peut rappeler que les philosophies politiques et religieuses totalitaires ont réalisé chacune à leur manière l’univers de la perversion, comme on peut ajouter que le propos de la science n’en est pas très éloigné. N’oublions pas que la science, en niant la singularité et le désir, nous promet un monde complètement ordonné, entièrement prévisible, délivré de toute émotion, un monde froid ; demain, ditelle, la procréation se fera dans des éprouvettes et par clonage, elle produira des sujets tous semblables qui, par des techniques de conditionnement, seront déterminés à des comportements programmés. Mais ce monde nous le connaissons déjà, c’est celui vanté par les ouvrages de science-fiction dont le succès traduit bien cette aspiration secrète de beaucoup d’être dispensés enfin de la responsabilité de leur désir.

C’est en cela que la science est la religion de notre temps : nous lui confions, aveuglément, le soin de diriger notre existence comme nous nous plions sans retenue à ses préceptes, oubliant que comme tout discours elle repose sur des présupposés, des hypothèses, dont la légitimité est relative à la croyance de ceux qui la servent.

La question est bien celle-ci : jusqu’où sommes-nous prêts à sacrifier notre désir et notre plaisir pour obtenir le contentement d’être conforme aux attentes de la morale ?

En cela, les pratiques de l’amour sont sûrement le meilleur antidote à ce risque.

Tant que des hommes oseront assumer leur sexualité dans la diversité de sa manifestation, non seulement ils connaîtront la joie, comme le disait déjà Épicure, mais ils seront le ferment nécessaire au rappel de la loi : assumer la responsabilité de son désir, c’est accepter la loi qui régit notre condition : si le désir nous porte vers le bien-être, il échappe à toute prévision, à toute maîtrise et nous rappelle ainsi notre destin inéluctablement mortel.

Car la vie n’a pas un sens qui vaudrait pour tous ; elle n’a que le sens que le désir singulier de chacun lui imprime dans le moment où il apparaît.

Si les religions polythéistes ménageaient une certaine place aux pratiques de l’amour – leurs dieux eux-mêmes en donnaient l’exemple – et si leur codification de la sexualité avait à coeur d’ouvrir au plaisir (ainsi du célèbre Kama Sutra), les religions monothéistes, centrées sur un dieu sans affect autre que le courroux ou l’amour désincarné, asexuel, ont eu à coeur, au contraire, d’extirper le plaisir et d’imposer à la sexualité soit le renoncement – les fidèles doivent se plier au modèle divin – soit une pratique visant exclusivement la procréation.

À peu de choses près, les philosophies politiques utopiques (Platon, Augustin, Campanella, More, etc., sans oublier, bien sûr, les idéologies fascistes, le stalinisme, le maoïsme…) ont repris les attendus du monothéisme, à l’exception notoire de Fourier – et encore…

Comme, sous un certain rapport, les philosophies morales (Descartes, Kant, Schopenhauer, etc…) se sont coulées dans le même moule.

Et aujourd’hui la science…

C’est donc tout le mérite de ce Dictionnaire des fantasmes, perversions et autres pratiques de l’amour de rappeler le caractère incontournable de la sexualité et d’appeler à son respect ; il y va de la qualité de la vie de chacun…

Puisse-t-il être lu.”

Par Valmont le 18.10.2006 @ 11:31 am

Au fil des années, Pierre et Catharine ont pondu quelques textes toujours pertinents sur la recherche du partenaire BDSM, la première rencontre, les types de relation.

Monsieur le Vicomte badine

“En BDSM, c’est comme la vraie vie vanille. Il y a des gens qui essaient de prendre avantage des autres. Cela peut être un homme à la recherche d’une aventure facile ou une femme qui essaie d’avoir des avantages monétaires en Dominant des hommes non avertis.

Soyez prudent!

N/nous avons entendu et entendons encore plein d’histoires d’horreurs à propos de gens rencontrant les mauvaises personnes pour une première rencontre. N/nous croyons à la confiance et l’honnêteté, mais, beaucoup utilisent la philosophie BDSM pour trouver des victimes sans défenses.

Nous connaissons beaucoup d’histoires d’horreur, mais, s’il V/vous plaît, maintenant, N/nous voulons entendre à propos des histoires réussies!”

Stephen, de son côté, insiste davantage sur les conseils à suivre pour une soumise qui fréquente des salles de clavardage à saveur BDSM.

“Pour avoir clavarder 4 ans sur MSN et Palace, avoir eu une salle sur MSN depuis 3 an et avoir été le confident de plusieurs soumises découragées par des faux Maîtres, j’en ai vu de toutes les sortes… Pas facile trouver de bons Maîtres au travers cette jungle dans les salles… Trop de faux Maîtres (baiseur) et pas assez de vrais Maîtres… Rien de plus facile pour quelqu’un qui veux te baiser de se déclarer Maître… il a juste à te donner 2-3 bonnes fessées et t’ordonné de te mettre sur le dos pour qu’il te baise et toi comme soumise, tu obéis…”

Ces sources, c’est comme les classiques.

À relire de temps à autres.

Par Valmont le 16.10.2006 @ 9:18 pm

soirée Eyes Wide ShutLa mascarade du film Eyes Wide Shut inspire.

Merci mademoiselle du signalement.