Par Valmont le 25.01.2007 @ 12:34 am

Dans Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure : suivi de L’affaire Sade, (encore lui), l’éditeur Jean-Jacques Pauvert devenu auteur l’espace d’un livre, écrit :

« Censure est un de ces mots commodes dont notre époque fait une grande consommation, parce qu’ils permettent à peu de frais de se situer du côté des biens-pensants, c’est-à-dire avec tout le monde aujourd’hui. À gauche, à droite comme au milieu, il est entendu que l’on est contre la censure, contre la guerre, contre le racisme, pour les droits de l’homme ou la liberté d’expression. Grandes convictions qui ne résisteront pas trois secondes ensuite à l’épreuve des circonstances. Qu’une guerre éclate, et des millions de pacifistes se découvriront mille excellentes raisons d’applaudir des missiles « chirurgicaux », mourir pour Dantzig, intervenir à Goradze ou au Rwanda.

Je ne prétends pas qu’ils ont tort, je constate. »

Pour la censure, c’est plus nuancé. Car l’affirmation absolue d’y être opposé s’accompagne très souvent de l’énoncé d’une exception : « Bien évidemment je suis contre, sauf… »

Ainsi de ce professeur de lycée, qui tout récemment à Bordeaux venait de suspendre un professeur pour avoir fait étudier à ses élèves un texte indécent (le Sonnet du trou du cul de Verlaine et Rimbaud). « Je suis contre toutes les formes de censure », devait-il déclarer à la presse. « Mais il y a des choses qu’on peut dire et d’autres pas. » Peu cohérent, mais franc. »

Plus loin :

Qui donc, dans le fond de son coeur, souhaite pour les autres la liberté qu’il réclame pour lui-même? Peu de gens. On est presque toujours le censeur de quelqu’un, et sous d’excellents prétextes dont le catalogue pittoresque, un peu long, n’a pas sa place ici. En publiant L’enfer du sexe, je m’en prends seulement aujourd’hui au pire de tous, au plus hypocrite, à mon avis, au plus utilisé de nos jours, comme on l’a vu : le  mérite littéraire ».

Par Valmont le 19.01.2007 @ 5:46 pm

Jean-Claude Brialy dans le film Anna se lamente avec une voix rocailleuse : “Mais pourquoi faut-il être deux, mon dieu… à trois c’est déjà difficile !”

En ville depuis quelques jours, je loge chez un ami de longue date. Samedi matin, jusqu’au moment convenu de la rencontre avec mademoiselle, nous jasons lui et moi de tout et de rien… et surtout du couple et ses enjeux face aux désirs intimes de l’un et de l’autre. C’est une question que j’ai toujours trouvé intéressante… et constate combien elle est souvent difficile à gérer.

En couple depuis neuf ans, mon chum de gars revient invariablement sur son fantasme de faire l’amour à trois… avec deux femmes… quoi d’autre ? :- )

Ce qui me fait bien rigoler : à une certaine époque, il verbalisait ce fantasme à haute voix devant sa conjointe qui très naturellement répondait alors qu’elle n’aurait aucun problème avec ça… en autant qu’elle puisse à son tour vivre un de ses fantasmes, par exemple, de faire l’amour à trois… avec un autre homme dans le portrait.

C’est là que le bât blesse : si elle est d’accord du bout des lèvres (mais d’accord tout de même) à ce qu’ils réalisent le voeu de monsieur, celui-ci n’est par contre pas d’accord du tout à ce que madame puisse réaliser le sien.

Vous êtes étonné, hein ? Moi non plus.

Vous n’avez pas d’amis dans votre entourage comme ça, hein ? Moi non plus.

Votre conjoint n’est pas ainsi, hein ?

soumise prise par deux hommes
N’empêche, depuis le temps qu’il m’en parle de ce fantasme, mon chum, je ne comprends pas : moi qui n’a jamais verbalisé outre mesure ce fantasme, je réalise que j’ai eu le plaisir de le vivre à plusieurs reprises avec différentes partenaires. Dans son cas, et comme tant d’hommes autour de moi, ce fantasme frise l’obsession, et… il ne l’a jamais vécu.

Qu’en comprendre ? Y a-t-il quelque chose à comprendre ?

Je me suis dis en moi-même que tout ça devrait s’expliquer par le fait que je n’avais jamais insisté auprès de la copine du moment sur le triolisme, peut-être parce que celui-ci ne représente pas pour moi un fantasme plus fort qu’un autre.

Mais à bien y penser, ce n’est pas ça.

Je constate que tous mes fantasmes ne sont pas plus forts les uns des autres. Je n’ai jamais imposé un fantasme à qui que ce soit. Je n’ai jamais insisté pour qu’il ait lieu, que ça se fasse sur le champ, que ce soit une obligation sine qua non.

Je dis : insister. Non je n’insiste pas. Je taquine, certes. Je provoque, j’interroge, je ne crains pas d’aborder le sujet, je scénarise à voix haute. Mais je n’embête pas, je n’en fais pas de mantra, je ne cherche à manipuler, je n’en fais pas de condition, ni une urgence, ni un motif pour déclencher un conflit intergalactique.

Nous sommes dans la cuisine, mon copain et moi. C’est le seul endroit dans la maison où la liaison internet sans-fil s’active. Le bonheur sur terre, c’est d’être branché sans fil. :- )

Pour le taquiner davantage, je lui montre quelques images du groupe Groups sex threesome and more dans Flickr auquel la veille j’avais été convié à participer.

Ses yeux s’ouvrent de quelques degrés.

- “Humm… Ouff… est kyoute elle, aie. Cache ça, je veux pas que N… voit ça, mon tannant. Elle peut se réveiller à tout moment.”

- “Comment ça cacher ? C’est quoi cette idée de toujours cacher ? Étonne-toi pas de ne pas le vivre ton fantasme si tu le caches toujours comme ça.” (J’éclate de rire.)

- “Fais pas chier, ferme ça.”

- “Et puis à part ça, tannant mouah? Hum si peu mon ami, si peu. Faire mon tannant, je…”

Photo : phae one.

Par Valmont le 18.01.2007 @ 2:44 am

Voilà un album de photos d’une séance bdsm à regarder sous format diapo dans flickr… en écoutant la trame sonore de Matrix Reloaded.

Une session du photographe Ken Marcus absolument inspirante trouvée dans le web (fesrouge?).

soumise attendant la fessée de son maitre

Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.

Par Valmont le 16.01.2007 @ 3:40 pm

« Le désir, lié à des moments clés comme le plaisir, la tendresse, la joie, le bonheur ou l’émotion, est un facteur d’accomplissement de soi à travers l’autre.

L’autre m’est utile pour réaliser ce qu’il y a de plus convivial dans le désir, à savoir le partage. Il m’est utile, comme je le suis également à sa quête de bonheur.

Aussi l’émoi le plus singulier et le plus secret de tous, à savoir le désir d’être, ne se parfait-il vraiment qu’à ces conditions : la présence du sujet, la présence de son alter ego, sûrement, et l’émergence d’une volonté initiale qui serait de l’ordre de l’appétence, du besoin d’être, de l’envie, pour les englober et les dépasser. Si l’une de ces conditions venait à manquer, l’émotion s’acheverait d’elle-même.

Parler du désir, c’est en quelque sorte parler de soi, mais parler de soi ne signifie rien d’autre, hormis le soliloque, que cet autre moi-même, alter, y soit inclus. »

Plus loin :

« Parler du désir, c’est fondamentalement parler d’autrui; parler d’autrui n’est rien d’autre que de se dire soi-même par un autre biais, indirectement, se jouer dans le miroir joyeux que l’autre me tend; enfin, parler de soi par l’entremise de l’autre n’est que le début d’une socialisation, l’instauration d’un lien de culture, la représentation de soi donnée en partage.

La boucle est bouclée : le désir de l’autre m’est nécessaire dans la mesure où il me ramène à la seule énigme que je n’arrive pas à résoudre complètement, à savoir l’être-en-soi, l’humain autre et tellement semblable qui, à chaque instant, fait de moi une exception ontologique et un cas d’espèce, une philogénie.

L’être-en-soi, c’est la part que je dois à l’univers tout entier d’avoir fait de moi cette singularité particulière qui ne se survivrait pas à elle-même dans la mesure où elle tient sa vie de l’en-soi-des-autres en moi, de leur inclusion permanente, de leur présence charnelle et de leur fantôme qui ne cesse de me hanter.

Ce n’est pas l’autre qui m’intrigue ou me fascine en tant qu’individu particulier, c’est cet être-en-soi qui s’applique à le rendre tel, et sur lequel il pose son énigme à ciel ouvert : l’éventrer pour mieux l’exposer.

Car il se projette sur moi autant que je projette sur lui la part insondable de tout être singulier, à commencer évidemment - mais pas seulement - par le désir.

Le regard que je pose sur cet autre trahit mes convictions de la même manière qu’un miroir aurait réfléchi l’image défaite du vaincu qui ne veut pas s’avouer vaincu. Je suis toujours impressionné par la force des vaincus. Être vainqueur est sans doute une situation exigeante qui implique une grande responsabilité, mais être vaincu c’est plus fort encore.

Le vainqueur est-il suffisamment sensible à l’humilité, au cheminement lent et aux nombreux échecs que requiert sa victoire ?

Ou, pour parler comme les taoïstes, le vaincu serait-il le vrai “vainqueur” ? »

Lu dans Du désir, par Malek Chebel, Manuels Payot, 2000, ISBN : 2-228-89276-9, pp. 40-42.

couverture du livre Du désir de Malek Chebelcouverture du livre Du désir de Malek Chebel

Par Valmont le 11.01.2007 @ 3:52 pm

Je suis de l’école où la Ds est l’ossature de la relation d’échange de pouvoir érotique entre la soumise et son Guide.

La Ds comme le jardinage domestique où l’on mange nos herbes et nos petits fruits. C’est une activité très concrète, utilitaire, thérapeutique, très simple.

Le BDSM pour guérir les bobos du corps et de l’âme… enfin, disons que c’est plus de la prévention.. :- ))

le plant de tomate et son tuteurDans ce contexte, les activités BD et SM sont des outils à ma disposition pour apprendre à la soumise à s’abandonner. Mes tuteurs de bambou pour mes tomates ont finalement plus d’une utilité, voilà qui est bien.

C’est là pour moi le but ultime de la démarche : lui apprendre à s’abandonner corps et âme, petit à petit.

Il se peut très bien d’ailleurs que de temps à autres, je n’utilise ni le BD ni le SM pour y parvenir. Ce ne sont pas des fins en soi ces machins-là.

Par ailleurs, malgré mon goût prononcé pour la mise en scène et la mascarade, le conformisme guignolesque pseudo-fétichiste black’n'leather me laisse de marbre.. je trouve la lumière infiniment plus stimulante que les ombres de la nuit, plus révélatrice, risquant d’en livrer davantage…

Mais enfin, à chacun son style et ses jeux, et les troupeaux seront bien gardés, dit l’adage.

Mais au delà du style fréquemment invoqué pour justifier certaines pratiques, j’ai toujours beaucoup de difficulté avec cette mystique de la faute (réelle ou imaginaire) et de la punition/rédemption exprimée presque partout dans l’internet bdsm francophone.

Quand je lis des propos selon lesquels la soumise doit rechercher la punition, voire transgresser les règles afin d’obtenir sa punition (formulé sur le mode et le ton de la récompense), je ne peux faire autrement que de (me) demander à quoi on joue.

Si la soumise souhaite apprendre à s’abandonner, cet apprentissage demande de la part du dominant du temps, de la cohérence, un suivi lent, progressif, où la punition possède son utilité dissuasive, un peu l’équivalent de la bombe atomique à l’échelle des nations, je dirais.

Mais cette punition n’est jamais l’outil de renforcement principal, quotidien. Du moins si on veut induire un renforcement positif.

Si le renforcement négatif fonctionnait, ça se saurait. Les prisons seraient moins pleines.

un beau banc d'église Saint Christophe... qui serait parfait au jardin...C’est avec la récompense, outil de renforcement par excellence, que le dominant sanctionne le comportement, l’attitude, les paroles et les gestes de la personne soumise.

Il n’est pas dit d’ailleurs que cette récompense ne puisse être de la douleur… transmutée en plaisir.. :- )

S’il peut s’avérer excitant d’être injuste et arbitraire d’utiliser ce pouvoir discrétionnaire délicieux de malice que nous confère notre rang propriétaire (allons nous engager dans la police mexicaine), il me semble que son application doive être bien rare, et même circonstancielle.

Si l’arbitraire devient la norme, je me suis toujours demandé quel signal on envoyait alors à la soumise qui ne pourra que se sentir de plus en plus confuse :

    - que dois-je corriger et que dois-je répéter pour complaire à mon seigneur?

Vous me direz que dans un contexte SM sweet & pure, tout cela est bel et bien bon, et qu’on en a cure de l’apprentissage de la soumission. On veut s’amuser, sous les pavés la fessée, à bas les règles, life is short. C’est rien que des jeux entre adultes consentants.

C’est tout à fait vrai et juste. La masochiste obéit à d’autres ressorts…

Reste qu’out there, il y a beaucoup plus de soumises que de masochistes, et c’est plein de doms-mes qui veulent faire des masochistes avec des soumises, et des soumises avec des masochistes…

… et c’est ce qui crée le plus de difficultés pour beaucoup de gens.

Par Valmont le 09.01.2007 @ 7:16 pm

corps nu botté fouetté« L’art de fouetter, c’est aussi l’art de peindre. »

Édouard Séville dans Le plaisir mastipyge, préface du roman Le Fouet à Londres de Hugues Rebell, Éditions Viviane Hamy, 1992, ISBN 2-87858-023-0.

Photo : phae one.