Dans un très mauvais roman comme on en trouve des centaines dans l’internet, un auteur au début du siècle dernier écrit :
” Boldman était le don juan de la flagellation, le dieu du fouet, le maître de la meurtrissure.
Il avait l’esprit, l’intuition de cet art difficile, de ce sport aristocratique entre tous, où, dilettante subtil, il savait trouver du nouveau en possédant la quintessence, où il apportait à la fois délicatesse et vigueur, main de velours et de fer, ayant les doigts, le tact, la souplesse, l’élégance, le secret des gradations raffinées, expert à préparer par la caresse, par des suspensions, par des reprises pareilles à des passes magnétiques, puis à nuancer le crescendo, par l’accélération rythmique du mouvement, névralgique et saccadé, amenant au maximum de l’intensité suraiguë, qu’il tienne la cravache ou le fouet, la verge de bouleau ou la brassée d’orties en pleine sève, sachant en faire le sceptre des félicités ardentes, sauvages, effet magique produisant chez les dévotes du plaisir mastipyge une ivresse étrange, d’amertume délicieuse, ensanglantant le paros mouvant de leurs chairs, faisant hurler de fiévreuse joie, provoquant des frémissements, des spasmes, des sursauts de toute la créature secouée de brûlants frissons où larmes et rires se confondent, extase angoissée de sainte ou de damnée, de ciel ou d’enfer, décidant cette explosion des sens, cette passion fauve, cette volupté pantelante assoiffée de possession et d’assouvissement qui, finalement, jette en ses bras froidement triomphants une bacchante échevelée, aux yeux révulsés, aux onomatopées délirantes, aux râles désireux, aux élans vigoureux, aux étreintes frénétiques, se tordant, écumante, en des enlacements fous, toujours plus curieuse, jamais rassasiée, sang de feu, chair vibrante, cœur soumis. ”
Tout ça en une phrase !
Le Fouet à Londres de Hugues Rebell, Éditions Viviane Hamy, 1992, ISBN 2-87858-023-0, pp 31-32.
Billets les plus lus



Cher Vicomte,
Intriguée par cette phrase interminable, je me suis procuré l’ouvrage de Rebell. Et je l’ai lu (si, si, jusqu’à la dernière page).
Quel sirop, mes aïeux ! Et quelle parfaite illustration d’une morale bourgeoise, pas si lointaine que cela, qui stygmatise chez autrui les vices et les débauches dont cette soi-disant élite ne serait pas tachée.
La fin du roman, digne d’un mauvais Feydeau, vaut amplement l’effort de lecture : c’est ridicule.
(Petite moue de dégoût affecté)
Dans un autre registre, j’ai mis la main sur un Glossaire érotique de la langue française (Louis de Landes), paru aux Editions de Paris, ISBN 2-84621-058-6 zet c’est une merveille.
Respectueusement,
miriam
Comment par miriam blaylock — February 2, 2007 @ 5:47 am
Et que dit ce glossaire?
Comment par Valmont — February 3, 2007 @ 4:38 pm
Cher Vicomte,
Sur 396 pages, de bien belles choses en vérité. Par exemple, à forniquer :
“Puis le virant, preste sur la croupière
Se huche. Hélas ! quel taon vous a piqué ?
Serrant le cul, s’écria la commère ;
Par là jamais nous n’avons forniqué.” (Piron)
Ou à cognée :
“Ma cognée aujourd’hui fait d’étranges effets,
Quand elle abat du bois, elle en fait venir d’autre.” (Le Cabinet Satyrique)
Ou à reco(i)gner :
“Ma mie, dit-il, afin de garder votre devant de cheoir, le remède si est, que au plutôt que vous le pourrez, le fort et souvent faire recoigner” (Les Cent Nouvelles nouvelles).
Ou à faire virade :
“Elle a le beau petit teton,
Cul troussé pour faire virade” (G. Coquillart)
Etc., etc., etc. A lire absolument, avant de se plonger dans La Fontaine, Diderot ou Rabelais.
Respectueusement,
miriam
Comment par miriam blaylock — February 4, 2007 @ 6:36 am