Jean-Claude Brialy dans le film Anna se lamente avec une voix rocailleuse : “Mais pourquoi faut-il être deux, mon dieu… à trois c’est déjà difficile !”

En ville depuis quelques jours, je loge chez un ami de longue date. Samedi matin, jusqu’au moment convenu de la rencontre avec mademoiselle, nous jasons lui et moi de tout et de rien… et surtout du couple et ses enjeux face aux désirs intimes de l’un et de l’autre. C’est une question que j’ai toujours trouvé intéressante… et constate combien elle est souvent difficile à gérer.

En couple depuis neuf ans, mon chum de gars revient invariablement sur son fantasme de faire l’amour à trois… avec deux femmes… quoi d’autre ? :- )

Ce qui me fait bien rigoler : à une certaine époque, il verbalisait ce fantasme à haute voix devant sa conjointe qui très naturellement répondait alors qu’elle n’aurait aucun problème avec ça… en autant qu’elle puisse à son tour vivre un de ses fantasmes, par exemple, de faire l’amour à trois… avec un autre homme dans le portrait.

C’est là que le bât blesse : si elle est d’accord du bout des lèvres (mais d’accord tout de même) à ce qu’ils réalisent le voeu de monsieur, celui-ci n’est par contre pas d’accord du tout à ce que madame puisse réaliser le sien.

Vous êtes étonné, hein ? Moi non plus.

Vous n’avez pas d’amis dans votre entourage comme ça, hein ? Moi non plus.

Votre conjoint n’est pas ainsi, hein ?

soumise prise par deux hommes
N’empêche, depuis le temps qu’il m’en parle de ce fantasme, mon chum, je ne comprends pas : moi qui n’a jamais verbalisé outre mesure ce fantasme, je réalise que j’ai eu le plaisir de le vivre à plusieurs reprises avec différentes partenaires. Dans son cas, et comme tant d’hommes autour de moi, ce fantasme frise l’obsession, et… il ne l’a jamais vécu.

Qu’en comprendre ? Y a-t-il quelque chose à comprendre ?

Je me suis dis en moi-même que tout ça devrait s’expliquer par le fait que je n’avais jamais insisté auprès de la copine du moment sur le triolisme, peut-être parce que celui-ci ne représente pas pour moi un fantasme plus fort qu’un autre.

Mais à bien y penser, ce n’est pas ça.

Je constate que tous mes fantasmes ne sont pas plus forts les uns des autres. Je n’ai jamais imposé un fantasme à qui que ce soit. Je n’ai jamais insisté pour qu’il ait lieu, que ça se fasse sur le champ, que ce soit une obligation sine qua non.

Je dis : insister. Non je n’insiste pas. Je taquine, certes. Je provoque, j’interroge, je ne crains pas d’aborder le sujet, je scénarise à voix haute. Mais je n’embête pas, je n’en fais pas de mantra, je ne cherche à manipuler, je n’en fais pas de condition, ni une urgence, ni un motif pour déclencher un conflit intergalactique.

Nous sommes dans la cuisine, mon copain et moi. C’est le seul endroit dans la maison où la liaison internet sans-fil s’active. Le bonheur sur terre, c’est d’être branché sans fil. :- )

Pour le taquiner davantage, je lui montre quelques images du groupe Groups sex threesome and more dans Flickr auquel la veille j’avais été convié à participer.

Ses yeux s’ouvrent de quelques degrés.

- “Humm… Ouff… est kyoute elle, aie. Cache ça, je veux pas que N… voit ça, mon tannant. Elle peut se réveiller à tout moment.”

- “Comment ça cacher ? C’est quoi cette idée de toujours cacher ? Étonne-toi pas de ne pas le vivre ton fantasme si tu le caches toujours comme ça.” (J’éclate de rire.)

- “Fais pas chier, ferme ça.”

- “Et puis à part ça, tannant mouah? Hum si peu mon ami, si peu. Faire mon tannant, je…”

Photo : phae one.