Dans Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure : suivi de L’affaire Sade, (encore lui), l’éditeur Jean-Jacques Pauvert devenu auteur l’espace d’un livre, écrit :
« Censure est un de ces mots commodes dont notre époque fait une grande consommation, parce qu’ils permettent à peu de frais de se situer du côté des biens-pensants, c’est-à-dire avec tout le monde aujourd’hui. À gauche, à droite comme au milieu, il est entendu que l’on est contre la censure, contre la guerre, contre le racisme, pour les droits de l’homme ou la liberté d’expression. Grandes convictions qui ne résisteront pas trois secondes ensuite à l’épreuve des circonstances. Qu’une guerre éclate, et des millions de pacifistes se découvriront mille excellentes raisons d’applaudir des missiles « chirurgicaux », mourir pour Dantzig, intervenir à Goradze ou au Rwanda.
Je ne prétends pas qu’ils ont tort, je constate. »
Pour la censure, c’est plus nuancé. Car l’affirmation absolue d’y être opposé s’accompagne très souvent de l’énoncé d’une exception : « Bien évidemment je suis contre, sauf… »
Ainsi de ce professeur de lycée, qui tout récemment à Bordeaux venait de suspendre un professeur pour avoir fait étudier à ses élèves un texte indécent (le Sonnet du trou du cul de Verlaine et Rimbaud). « Je suis contre toutes les formes de censure », devait-il déclarer à la presse. « Mais il y a des choses qu’on peut dire et d’autres pas. » Peu cohérent, mais franc. »
Plus loin :
Qui donc, dans le fond de son coeur, souhaite pour les autres la liberté qu’il réclame pour lui-même? Peu de gens. On est presque toujours le censeur de quelqu’un, et sous d’excellents prétextes dont le catalogue pittoresque, un peu long, n’a pas sa place ici. En publiant L’enfer du sexe, je m’en prends seulement aujourd’hui au pire de tous, au plus hypocrite, à mon avis, au plus utilisé de nos jours, comme on l’a vu : le mérite littéraire ».
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