- Annonce : “je cherche une soumise ou une esclave..”
- “C’est où la prochaine vente d’esclaves?”
- “Ah oui, vous avez quatre soumis, ô combien vous êtes admirable! ”
La soumission sexuelle, que recouvre cette expression ? Que veut-elle dire ?
Dans son texte intitulé Submission, Service, Slavery, Surrender : Examining the Terminology of Submission, que j’ai traduit il y a quelques jours par La soumise, la servante, l’esclave, la propriété : les termes de la soumission dans l’échange de pouvoir érotique, l’auteur distingue donne une vue globale des degrés de soumission dans le contexte des relations d’échange de pouvoirs érotique.
Ah je suis d’accord avec vous, on pourrait lui reprocher d’avoir oublié l’échange de pouvoirs pour le “simple” jeu (kinky sex) :- )
Cela dit, le dominant patient trouvera dans cette grille des paramètres utiles à son oeuvre… et ses limites. Tout comme la soumise trouvera là noir sur blanc l’étendue de son don.. les mots pour le dire, et ses limites.
On peut voir cette grille comme un autre outil d’identification des assises de l’échange de pouvoirs entre partenaires de bonne volonté.
Sar définit la soumise par les quatre caractéristiques suivantes :
- L’échange de pouvoir en soi : c’est-à-dire le transfert de pouvoir entre une personne qui domine et une personne qui se soumet dans un contexte préalablement fixé et une durée déterminée. Ce cadre exige une négociation librement exercée et un accord commun entre les personnes impliquées, sur une base de confiance, de respect des besoins et désirs de l’autre, et de sa sécurité. Dans ce cadre, la personne soumise a toujours le choix de dire non.
- l’obéissance : on parle d’obéissance quand une personne adopte un comportement différent parce qu’un autre individu, perçu comme une source d’autorité, le lui demande.
- le respect : sentiment de considération, d’égard envers quelqu’un ou quelque chose, manifesté par une attitude déférente envers celui-ci ou celle-ci. Souci de ne pas porter atteinte à cette personne ou à cette chose.
- la confiance : renvoie à une attitude générale, rencontrée dans des circonstances multiples, où une personne détermine son comportement sur la base d’un sentiment plus que sur un raisonnement ou sur une recherche totale de preuves. Elle peut tout aussi bien concerner la confiance en soi que celle envers les autres et celle envers la tournure que prendront les événements (optimisme).
Donc, si je comprends bien Sar, la soumission érotique c’est quatre affaires : l’échange de pouvoirs, l’obéissance, le respect et la confiance.
Je commence à aimer ça. Je trouve ça concret comme approche, moins sujette aux interprétations des uns et des autres. Je continue ma lecture.
Selon Sar, la servante offrirait les caractéristiques suivantes :
- le don proactif : aimer autant donner que recevoir, sinon davantage.
- le bonheur à travers les autres : « Son plaisir est mon plaisir. »
- l’altruisme : amour désintéressé d’autrui.
Alors là, oui, je pense à nos mères qui ne vivent que par et pour leurs enfants. Des servantes sans le plaisir qui vient avec bien souvent…
Malheureusement.
Alors quelles sont les caractéristiques de l’esclave dans le cadre d’une relation d’échange de pouvoirs pleinement consentie ?
- Soumission et servitude : l’esclave réunit les qualités de la soumise et celles de la servante.
- l’échange de pouvoir étendu : la personne soumise soumet toutes ses décisions à la personne dominante, bien qu’elle conserve un véto ultime, contrairement à la croyance populaire. Rappelons-nous que nous parlons ici d’un échange de pouvoirs consenti et volontaire.
- l’obéissance totale : la personne soumise accepte toutes les demandes et toutes les décisions prises par la personne dominante. Elle conserve néanmoins le privilège d’en discuter avec elle.
- la reconnaissance : forme de marquage (visible en public ou invisible).
J’avoue m’éloigner un tantinet ici de l’original qui manque de détails utiles. Je reviendrai plus en détail sous peu sur l’échange de pouvoirs étendu et les différents paliers de l’obéissance.
Enfin, la propriété représente le stade le plus achevé dans l’échange de pouvoirs entre deux personnes. En voici les composantes :
- une esclave : la propriété du maitre réunit les composantes de l’esclave, de la servante et de la soumise.
- l’échange de pouvoirs total : la personne soumise soumet à la personne dominante toutes les décisions qu’elle doit prendre pour elle-même.
- l’obéissance inconditionnelle : la personne soumise ne remet pas en cause les décisions et les demandes de la personne dominante.
- la possession : un titre de propriété marque la possession de la personne soumise.
Ce palier de soumission, la propriété, s’obtient après quoi, quinze ou vingt ans de relation d’échange de pouvoirs suivie et de travail important ? Certainement pas après trois jours de fréquentation ni même six mois…

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Il y a beau dire, mais avoir une définition claire et le mot juste peut être bien utile. Peut-être les profs de français pourraient utiliser cet argument la prochaine fois qu’un petit morveux leur demande: “Mais à quoi ça sert, Madame, de savoir bien parler et écrire?” La prof: “Et bien, mon petit morveux, un jour tu te chercheras une petite femme pour assouvir tes pulsions animales, et si tu ne sais pas comment exprimer tes besoins, tu seras seul longtemps, mon beau!”
Ce sera peut-être plus efficace que l’argument classique “Parce que!”
lili
Comment par lili — May 7, 2007 @ 8:13 am
Bonjour,
Je souhaitais tout d’abord vous remercier pour ce site, qui me permet de ne pas me sentir totalement isolée dans cette période pas toujours aisée où l’on commence à regarder qui l’on est et à tenter de l’assumer.
Les choses pourraient être simples, mon partenaire et moi-même ayant pris rapidement et de façon très naturelle, nos places respectives, sans que ni l’un ni l’autre n’ait réussi à assumer ce qu’il était ou ce qu’il aimait dans une relation antérieure.
Contrairement à l’homme que j’aime, qui vit très facilement la situation, je suis de mon côté sans cesse à la recherche d’écrits visant à me rassurer sur le fait que je suis bien quelqu’un de “normal”, même si mon compagnon est une personne très à l’écoute de tout ce qui pourrait me faire soucis. Il y a en effet, une espèce d’antipode pour une femme entre le fait que l’on nous répète à outrance que nous avons gagné notre liberté, que nous n’avons pas besoin d’homme ou de qui que ce soit pour exister, et ce besoin d’exister et de vivre par et pour le plaisir de celui que vous dénommez “Maître” (veuillez m’excuser, mais j’ai encore quelques difficultés avec la dénomination).
La grille présentée ci-dessus permet de bien se situer, savoir où l’on en est, ce vers quoi l’on tend ou, à contrario, ce que nous ne souhaitons pas encore. Je dis Nous, mais c’est en fait “je”…
Dans tous les cas, cette situation est une vrai révélation et me permet de trouver les clés de bon nombre d’impasses dans lesquelles j’étais.
Douceur
(Non pas une jeune femme qui se découvre soumise, mais une jeune femme qui commence à s’accepter petit à petit telle quel…)
Comment par Douceur — October 30, 2007 @ 11:14 am
Il est clair que pour la plupart des gens, une femme qui aspire à la soumission devrait vite aller se faire soigner. Il est donc tout à fait compréhensible que l’acceptation de cette facette de soi-même se fasse lentement et que son exploration soit souvent hésitante. En tous cas, c’est ce que j’ai pu observer chez plusieurs soumises, dont moi-même.
À cela s’ajoute la difficulté de lutter contre notre instinct qui nous met en garde de nous placer en position de vulnérabilité. On a beau avoir confiance en l’autre, cet instinct, plus ou moins fort selon les personnes, rend le lâcher prise difficile à atteindre. Selon moi,le malaise que suscite le mot «Maître» chez bien des soumises serait même une manifestation de cette lutte intérieure, car cette dénomination est lourde de signification. Prononcer ce mot est déjà une forme de lâcher prise.
Lutter contre les idées reçues, lutter contre un instinct de survie qui commande la prudence «au cas où», voilà tout un défi à relever! Mais comme il est satisfaisant de constater que, pas à pas, on y arrive, on lâche prise!
Et comme vous, Douceur, je trouve qu’il est rassurant de réaliser que je ne suis pas seule, que d’autres vivent les mêmes émotions que moi.
fidelle
Comment par fidelle — October 30, 2007 @ 4:00 pm