Ce texte écrit par liberté{+} est librement inspiré de The Gift Theory : submission as a “gift”, de Simon S. Ays, copyright 1999, paru dans le site The Fetish Information Exchange.
Lorsque j’entends une soumise affirmer qu’elle offre sa soumission en « cadeau »… je me questionne sur le sens de ce « cadeau ».
Qu’est-ce qu’un cadeau ?
Selon Le Grand Dictionnaire terminologique de la langue française, le cadeau est une “chose que l’on donne volontairement, sans recevoir de compensation en retour, pour souligner un anniversaire, un événement, ou pour faire plaisir à quelqu’un.”
Je conviens que d’offrir sa soumission en cadeau est une image très romantique.
Je conviens aussi qu’il y a des soumises qui font ce « cadeau » sincèrement, dans le but de faire plaisir, de consentir à se soumettre et que son Maître pourra disposer de ce « cadeau » comme bon lui semblera.
Alors, oui c’est un vrai cadeau offert, précieux et rare.
Mais lorsqu’une soumise « offre » sa soumission à son Maître, avec l’attente de recevoir quelque chose en retour, ne serait-ce que de la reconnaissance, de l’amour, prouver à son Maître qu’elle est une chose précieuse, qu’il doit en prendre soin… alors est-ce vraiment un cadeau pour faire lui plaisir ?
Est-ce que l’on peut reprendre un cadeau offert ?
Est-ce que l’on peut reprendre un cadeau offert et le remettre à quelqu’un d’autre ?
Si ce même cadeau est repris et offert à plusieurs, alors quelle est la valeur réelle de ce cadeau ? Est-ce une chose si précieuse, puisqu’il est offert allègrement ?
Quel terme devons-nous employer pour nommer ce cadeau ? Un cadeau-hameçon ? Toujours selon Le Grand Dictionnaire terminologique de la langue française, le cadeau-hameçon est le “cadeau que le donneur demande qu’on lui rende”.
Alors la soumise doit dire : “Maître, je vous offre ma soumission en cadeau-hameçon, car j’ai bien l’intention de le reprendre lorsque je ne serai plus en accord avec votre vision, vos demandes, vos choix et j’espère bien l’offrir à un autre éventuellement.”
Une soumise qui négocie constamment la façon dont elle veut être soumise, les instruments utilisés, l’endroit, le moment, le jeu, alors c’est un cadeau très lourd qui est offert, car on est très loin du cadeau remis sans rien attendre en retour, sauf le simple plaisir de celui à qui l’on offre ce cadeau.
Offrir le cadeau-hameçon à son Maître, c’est affirmer le contrôle sur la relation.
Je n’offre pas ma soumission, je prends le contrôle par un chantage romantique que sous-entend ma précieuse soumission en cadeau. Il doit mériter ma soumission sous peine que je reprenne ce cadeau, alors que j’ai consenti à me soumettre préalablement. Que veut dire mon consentement ?
La soumission est une grande quête d’amour. Une quête d’amour envers soi et envers l’autre. La soumise se soumets aussi par besoin, pour ses propres besoins, elle a avant tout besoin de ce cadeau pour elle-même, pour s’accomplir et se réaliser.
La domination est aussi une grande quête d’amour. Une quête d’amour envers soi et envers l’autre. Il domine aussi par besoin et pour ses propres besoins, pour s’accomplir et se réaliser. Nous sommes complémentaires l’un envers l’autre. C’est un cadeau mutuel que nous nous offrons.
Oui, cela peut être un don suprême à l’autre, fait avec cœur et sincérité, mais ce cadeau est offert sans rien attendre en retour et sans but de le reprendre un jour, quoiqu’il arrive.
C’est un pensez-y bien avant d’offrir sa soumission en cadeau, comme d’offrir sa domination en cadeau !
Photo : Via l’album de cercle O.
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Cette notion d’offrir sa soumission en cadeau m’a toujours fait sourire. En fait, je trouve ça très présomptueux, comme si tous les Doms étaient comme des enfants le jour de Noël, attendant en rangée, la langue pendant à terre, qu’une soumise veuille bien leur faire la charité de sa soumission, avec une belle boucle rose attachée dessus, de préférence.
Pour ma part, j’ai toujours défini ma relation avec une personne dominante comme étant une relation pusher-accro, dans laquelle chaque partenaire est à la fois le pusher et l’accro de l’autre. Je ne vis pas une relation de soumission dans l’espoir de grandir spirituellement ou d’obtenir une place au Paradis mais bien parce que je cherche à en retirer quelque chose ici-bas, dans le moment présent. Et comme dans toute relation humaine saine, c’est du donnant-donnant. La personne dominante ne me fait pas plus cadeau de ses attentions que moi je ne lui fais cadeau de ma soumission. Au plus, on peut parler de cadeau réciproque.
Ou mieux encore, voyons cela comme un cadeau qu’on se fait à soi-même. Le cadeau de s’accorder le droit de vivre ses fantasmes et de réaliser ses désirs sans peur, sans auto-censure et sans culpabilité.
lylia
Comment par lylia — June 4, 2007 @ 2:06 pm
l’idée de cadeau ne m’a non plus jamais traversé l’esprit même si l’idée romantique n’est pas désagréable
je pensais plutôt qu’une soumise choisissait son Maître, non pas pour se faire un cadeau mais plus pour concrétiser un mode relationnel qui lui sied mieux que dans une relation dite “vanille”
la notion de cadeau a mon sens n’intervient que dans ce long cheminement il y a dépassement de soi , et alors là le Maître aura fait don de forces supplémentaires à sa soumise , et celle ci offrira consciemment ou non cette plénitude et cette lumière de satisfaction de soi à celui qui l’aura amenée a cette béatitude.
Comment par phenicia — June 6, 2007 @ 6:04 am
Au cadeau, je préfère le don.
Comment par Valmont — June 7, 2007 @ 4:12 pm
Une fois de plus, je rejoins Lylia ! Je crois que la relation est un éternel recommencement, et que donner tout d’une fois, c’est prendre le risque qu’il n’y ait plus d’échanges. Or, c’est l’échange qui peut enrichir, le fait que rien n’est figé, et que la relation se mérite jour après jour.
Comment par m — June 11, 2007 @ 11:48 am
Ce n’est pas tellement de prendre le risque qu’il n’y ait plus d’échange en donnant tout d’une fois. La personne dominante consciente de ses forces et de ses limites ne peut tout simplement tout exiger de la personne soumise d’une seule fois.
C’est en ce sens que l’idée de cadeau est absurde.
En jetant un oeil à la définition du mot don dans la Wikipedia, on retrouve cette citation amusante (non attribuée) :
“Timeo Danaos et dona ferentes - je crains les Grecs quand ils apportent des cadeaux.”
L’observation le montre tous les jours. Les personnes soumises qui se lancent tête baissée dans les échanges de pouvoirs en pensant que la personne dominante, s’il est un-e vrai-e, saura y faire en acceptant tous les pouvoirs d’une seule traite, eh bien elles se la pètent allégrement la fiole.
Rarement les personnes soumises osent se l’avouer : ce serait de leur part un aveu qu’elles ont fait un choix inconsidéré.
Comment par Valmont — June 11, 2007 @ 12:15 pm
Pour ma part, j’aime bien donner un “cadeau”, mais sans l’intention de le reprendre.
Alors avant de donner cadeau de ma soumission, je vais y penser très sérieusement.Ce n’est pas quelque chose que je ferai à la légère dans un accès de romantisme, car je donnerai cadeau de ma soumission qu’une seule fois.
Je préfère “offrir” ma soumission le temps de la relation. Ma soumission ainsi offerte est aussi sincère, mais il est clair pour tous les deux, que nous en sommes à l’exploration du possible. Nous découvrons en nous, une force qui nous pousse à nous dépasser, Il me pousse à me dépasser et je le pousse à se dépasser.
Pour moi, faire cadeau de ma soumission est un “projet”.
Ce long cheminement m’aura appris qu’il possède les facultés que j’ai entrevue en lui, et moi celles qu’il m’a attribuées. Des espaces d’impossibilité, des limites ont été déterminés, mais à l’intérieur du couple, le flux vital se renouvelle sans interruption. C’est une fusion des corps, identité des esprits. Le miracle de voir ensemble et de vouloir ensemble.
Comment par liberté{+} — June 11, 2007 @ 11:26 pm