Par la secrétaire de Monsieur le 12.06.2007 @ 9:26 pm
  • spécialiste en thés et tisanes de la Rive-Sud de Montréal
    (tags: thé)
Par liberté{+} le 12.06.2007 @ 2:47 am

“Il nous faut toujours un bouc émissaire.” (René Girard)

“Le plus grand courage est d’accepter l’humiliation. L’indispensable courage au combat n’est en soi ni la perfection suprême ni même le dernier mot de la vertu chevaleresque.

Pour retrouver et sauver la reine Guenièvre, Lancelot affronte des adversaires redoutables. Il franchit le Pont de l’Épée, agrippé de ses mains et de ses pieds nus à la lame tranchante, tandis qu’au-dessous gronde « l’onde traîtresse, roide et bruyante, noire et épaisse ».

Mais son exploit éponyme, celui qui lui confère sa vraie grandeur, est d’une tout autre nature. Il est de monter dans une charrette, sur la promesse qu’elle le conduira jusqu’à la reine, alors qu’en ce temps-là, les charrettes ne servaient qu’au transport des condamnés et qu’il était infâmant pour un chevalier d’y prendre place.

Par amour pour la reine, Lancelot accepte de devenir le Chevalier de la Charrette et d’être à ce titre déshonoré, avant de transformer ce déshonneur en gloire. On sait que, quand il aura libéré Guenièvre après avoir risqué mille morts, elle le recevra très mal, lui reprochant, non d’être monté dans la charrette, mais d’avoir hésité le temps de faire trois pas avant de lui sacrifier son honneur.

Mais elle a compris de quoi il est capable.

Plus tard, soupçonnant que le chevalier inconnu qui se couvre de gloire au tournoi pourrait bien être Lancelot, elle envoie, pour s’en assurer, sa suivante lui glisser de sa part de faire au noauz, du pire qu’il pourra.

Aussitôt ce merveilleux chevalier se ridiculise par sa maladresse et sa lâcheté, s’attirant quolibets et huées. C’est donc bien lui ! Il suffit alors à la suivante d’aller lui intimer l’ordre de la reine de faire « au mieux » pour qu’il remporte le tournoi avec aisance.

À l’heure où le bon combat exigeait la dissimulation et où, pour garder l’honneur, il fallait le courage d’affronter l’apparence du déshonneur.

Nous avons le droit de choisir parmi les leçons que le passé nous donne. La force du faible, le courage d’affronter l’opprobre : il n’est rien de plus difficile, rien de plus rare, à toutes les époques.

Si épris qu’il ait été de l’éclat et de la gloire, le Moyen Âge en a connu et médité le sens. L’évangile ne lui permettait pas de l’ignorer. Il a nourri de cette méditation sa pensée morale comme ses chefs-d’œuvre poétiques. C’est par là qu’ils nous touchent, nous à qui les héros de notre temps ont enseigné que le vrai courage est dans la résistance.”

Texte tiré de Prouesse du fort, courage du faible [document pdf], par M. Michel Zink, délégué de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Les personnes soumises connaissent très bien la force du faible, elles démontrent aussi le courage d’affronter l’opprobre. Il est très difficile pour la majorité des gens de comprendre le sens de notre démarche. Tout comme Lancelot et son choix son honneur par amour pour la reine Guenièvre, la soumise ne craint pas le déshonneur apparent, car elle se dirige vers la réalisation de soi.

À chaque étape le changement en soi est si radical qu’il exige un changement de penser et de raisonner. Elle doit traverser plusieurs « crises » avant de pouvoir s’accomplir. De même que Lancelot, elle peut aussi hésiter d’avancer de trois pas avant de sacrifier son honneur.

Ce n’est pas différent de la vie de tous les jours. Nous avons tous différentes « crises »à traverser dans nos vies, (perte d’emploi, deuil, infidélité, divorce, etc.) la personne soumise a simplement choisi un chemin différent pour se réaliser. Pour elle, le courage n’est pas dans la résistance. Elle sait que chaque séance qu’elle accepte, agréable ou non, est là pour l’instruire et aider son âme à évoluer.

L’humiliation n’existe que dans la volonté d’humilier du « bourreau » et dans le sentiment d’être humiliée de la « victime ». En BDSM, il n’y a ni victime, ni bourreau, nous sommes tous responsables de nos pensées, de nos paroles, de nos actions, et de nos réactions.

Les personnes pratiquant le BDSM sont en général équilibrées. Elles connaissent leurs valeurs véritables et elles assument la responsabilité de leurs choix. Lorsqu’elles choisissent leur partenaire, elles le font sur un pied d’égalité, dans une attitude de confiance, d’honnêteté et de transparence réciproque.

Lorsque nous comprenons et acceptons cela, nous ne pouvons culpabiliser personne d’autre pour ce qui nous arrive. Nous n’avons pas davantage à prendre la responsabilité des actions d’une autre personne, nous ne devons pas croire que nous devons assumer les conséquences de leurs décisions ou réactions.

C’est vrai que nous sommes tous endormis, c’est-à-dire inconscient de cette loi, ce qui fait que nous nous créons parfois des choses pour ensuite nous en plaindre et en rejeter la responsabilité sur autrui.