Par Valmont le 31.07.2007 @ 7:03 am

Valmont : Le fondateur du Dojo, Red-Sensei, m’envoie cette note que je publie illico même si je ne suis pas d’accord avec plusieurs de ses éléments, ni même avec sa thèse principale.

Bonjour M. Valmont!

J’ai écrit un texte plutôt touffu sur Le Dojo; je vous le soumets pour Le Cercle O si vous voyez quelque intérêt à le publier. C’est à propos de la notion de communauté, appliquée au domaine du BDSM. Bonne lecture!

Je vais mettre mes lunettes d’intellectuel et contribuer à cette question qui me fait beaucoup réfléchir depuis à peu près un mois. La discussion qui suit s’inspire de concepts savants empruntés à la sociologie et la psychologie, mais je tenterai de demeurer aussi accessible que possible !

Qu’est-ce qu’une communauté ?

Au plan sociologique, ce genre de groupe social rassemble des individus qui partagent certaines représentations. Par « représentations », comprendre « manières de voir », certaines façons de faire, ainsi qu’une certaine identité communautaire.

Dans le cas de la communauté BDSM, on peut analyser facilement certaines représentations partagées :

  • ce que Véronique Poutrain appelle « une sexualité ludique », c’est-à-dire une sexualité qui dépasse les paramètres qu’on s’attend à retrouver dans le monde vanille pour être plutôt un domaine d’activité en soi (je note au passage que le terme « érotisme ludique » me paraît plus approprié pour inclure ceux pour qui le BDSM est une affaire qui n’implique pas nécessairement une sexualité génitale).
  • Une ouverture quant à ce que la vie sexuelle d’un individu, un couple ou un groupe peut comporter (quoique cet aspect n’est pas universellement reconnu lorsqu’on s’intéresse aux discours d’individus : voir ci-après).
  • Une conception des différentes catégories ou « rôles » que les praticiens du BDSM peuvent adopter ou présenter : Dominant, Maître, soumis, esclave, switch, joueur, etc. Ici encore, les définitions peuvent varier, quoique des recoupements importants existent. Par exemple, on peut argumenter pour déterminer les critères par lesquels on peut dire que quelqu’un est « Dominant », mais ces critères vont, en partie du moins, revenir aux mêmes d’une personne à l’autre.
  • Une préoccupation pour le caractère « safe, sane, consensual » du BDSM. Ceux qui rejettent ces idées, typiquement, ne sont pas rattachés à quelque communauté BDSM.

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Par la secrétaire de Monsieur le 30.07.2007 @ 9:27 pm
  • se définit comme une boutique fétichiste avec jouets et accessoires érotiques, cordes, latex, cuir et pvc, corsets et confection, réparations et altérations sur latex, cuir, pvc
Par Valmont le 30.07.2007 @ 11:44 am

Apprendre le bdsm ? Comment apprend-on à faire du bdsm ?

D’autres pistes ?

Je (me) pose la question quand des gens me demandent comment faire pour s’initier au bdsm.

Je (me) pose la question quand je vois passer dans des forums un lien vers cercle O, et que l’interlocuteur répond : “ce site est bien sympa mais je cherche plus du côté des techniques…”

“Apprendre le bdsm, pfff ça s’apprend pas”, entend-on fréquemment. C’est comme la sexualité, c’est vrai. Ou le vélo. Il y a des choses qui ne s’apprennent pas. Pour le reste, il y a… Personne ne nous montre comment, mais on devrait tout savoir par nous-mêmes. Wishful thinking. “Voyons, pas besoin d’un livre pour savoir comment…”

Ah non ?

Je me rappelle la tête des bibliothécaires au centre culturel municipal, lorsque je remis les bouquins empruntés deux semaines auparavant. Un portait sur des recettes aphrodisiaques et un autre sur les jeux érotiques. Rien de bien compromettant. Mais ce n’était pas du Marie Laberge…

Je revois cet air suffisant de la dame qui me sert avec des sourires entendus à ses collègues, comme si elles voulaient dire “pfff, voir si on a besoin d’un livre pour apprendre ce genre de choses…”

Riez, riez, scélérates. À observer vos faces d’enterrement, je mettrais ma main au feu que vous ne répondez pas à vos desseins les plus intimes.

Par Valmont le 28.07.2007 @ 1:00 pm

Catherine Deneuve dans Belle de jour“Les irrationnels suivent leurs instincts alors que les rationnels brisent les règles.”

Dixit Manoel de Oliveira, à propos de Belle toujours, suite-clin d’oeil à Belle de jour de Luis Bunuel.

Par la secrétaire de Monsieur le 26.07.2007 @ 9:31 pm
Par Valmont le 26.07.2007 @ 7:07 pm

C’est bien difficile de dire à une soumise avec laquelle on chemine depuis plusieurs mois un an que ça suffit. Qu’il faut lui remettre les clefs de sa soumission, tous les pouvoirs qu’elle a consenti à ce jour de nous offrir, non un à un, mais d’une seule traite. Ce qui en soi est un exercice bien casse-cou. Car la lenteur est certainement aussi importante sur le chemin de la descente qu’au moment de l’ascension.

C’est bien difficile de dire à une soumise que l’on estime et respecte qu’il vaut mieux prendre du recul, à défaut de quoi on s’en va dans le mur. Qu’une trêve est salutaire pour elle, pour son équilibre, pour soi. Pour la suite du monde comme dirait Perreault. Question de ralentir, de voir plus clair en étant en mesure de dépasser l’incroyable charge d’énergies que draîne l’échange de pouvoirs érotique consenti.

C’est bien difficile de dire à une soumise qui travaille “bien et fort” qu’elle doit compter désormais se replier sur elle-même, qu’elle doit se concentrer sur elle, sur ses besoins et ses enjeux véritables. Que le repli peut parfois être bénéfique et salutaire, positif, et non une position de faiblesse, ni un aveu d’échec. Que ce repli est nettement préférable à la fuite en avant.

Je trouve tout ça bien ardu, mais salutaire. Sain. Vivifiant. Il faut croire qu’être capable de dire non à l’autre a des vertus thérapeutiques insoupçonnées.

Ça doit être à ça que référait Trudeau durant la campagne référendaire en 1980, quand il disait aux Québécois que leur Non était plutôt un Oui… :- /

D’un autre côté, se pourrait-il que comme dominant, nous puissions apprendre de nos erreurs ? C’est-à-dire par exemple d’apprendre à cesser de “jouer au sauveur”? Après tout, le dominant aussi a ses limites. Devant une soumise ayant des enjeux importants, il serait bien présomptueux de notre part de croire que nous puissions être capable de régler pour elle ce qu’elle ne serait pas capable de faire par elle-même.

(Il faudra bien qu’un jour je dresse la liste des erreurs commises au fil des interactions en tant que dominant.)