« Quand j’ai évoqué la nuit de madame de T., j’ai rappelé l’équation bien connue d’un des premiers chapitres du manuel de la mathématique existentielle : le degré de vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.

De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par la désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle; qu’elle se sent lasse d’elle-même; écoeurée d’elle-même; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire. »