Par Valmont le 22.09.2007 @ 11:31 am

C’est fou comment l’histoire de Geneviève Jeanson, cette championne mondiale de cyclisme engluée dans le dopage et le mensonge, me fait penser à ces cas de soumises qui jouent les victimes. Où les accusations d’emprise et de manipulation fusent de toutes parts. Parce qu’il faut bien un coupable. Et une victime.

Dans la chronique de Foglia d’aujourd’hui portant sur cette affaire qui fait grand bruit de ce côté-ci de la grande mare, je relève cette phrase terrible : “ Victime ne veut pas dire innocente. ”

Par Valmont le 20.09.2007 @ 11:19 pm

Le blogue cercle O, « un fouet salvateur pour votre imagination »? J’aime bien cette formule lancée par Mademoiselle Katrin, manifestement une amateure de bibliotheca erotica.

Je reviendrai un de ces quatre sur cette idée d’une érotique du violoncelle, auquelle fait allusion la demoiselle.

Par Valmont le 17.09.2007 @ 9:15 pm

Parlant de protocole bdsm et d’étiquette et de règles et de savoir-vivre et de… ce billet relate un dialogue “fictif” entre deux personnes dites dominantes dans une salle de clavardage bdsm. Seule l’orthographe a été changée pour la compréhension de l’échange…

- Si elle n’est pas libre, la soumise, pourquoi ne pas l’indiquer dans son nom ?
- Comme si l’indication de l’appartenance dans la façon qu’a la soumise d’écrire son nom, allait changer quelque chose dans l’approche bovine de certains dominants…

- Tu es son maître ou non ?
- Au risque de me répéter, elle est libre la soumise, bien qu’elle explore son asservissement avec un dominant. Elle est libre de ses désirs, de ses choix, de sa démarche. Elle le sera toujours d’ailleurs.

- Une soumise sans collier, ben, on peut lui parler. Elle t’appartient pas. Personne peut empêcher un Maitre d’entrer en contact avec elle.
- Je n’empêche personne d’entrer en contact avec la soumise, c’est quoi cette pression ? C’est quoi cette hargne ? Quelle est donc cette notion absurde de protection de la soumise ?

- C’est comme ça en bdsm.
- “C’est comme ça en bdsm…” ah oui ? C’est une blague ou quoi ? Et si on pouvait prendre le temps de bien se connaître avant de se lancer dans les colliers et les marques au fer rouge au bout d’un mois de discussions ?

- Tu dis ça c’est parce que c’est pas ta soumise et qu’elle t’intéresse pas tant que ça.
- Comme si la soumise avait besoin de quelqu’un pour la protéger. Parce qu’elle serait trop faible pour se protéger par elle-même ? Quelle approche infantilisante de la soumission. Comme si la soumise devait apprendre à être de plus en plus dépendante de son guide, au lieu qu’en sa compagnie, elle apprenne petit à petit à mieux reconnaître et orienter ses désirs, à mieux responsabiliser ses choix. Quelle drôle de façon de lui apprendre la confiance, à repousser ses propres limites.
- De quoi tu parles ?

Par Valmont le 16.09.2007 @ 7:41 am

« Quand j’ai évoqué la nuit de madame de T., j’ai rappelé l’équation bien connue d’un des premiers chapitres du manuel de la mathématique existentielle : le degré de vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.

De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par la désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle; qu’elle se sent lasse d’elle-même; écoeurée d’elle-même; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire. »

Par Valmont le 15.09.2007 @ 11:27 am

« On ne trouve aucune description de l’apparence physique de madame de T. chez Denon; une chose pourtant me semble sûre : elle ne peut pas être mince; je suppose qu’elle a « une taille ronde et souple » (c’est par ces mots que Laclos caractérise le corps féminin le plus convoité des Liaisons dangereuses) et que la rondeur corporelle fait naître la rondeur et la lenteur des mouvements et des gestes. Il émane d’elle une douce oisiveté. Elle possède la sagesse de la lenteur et manie toute la technique du ralentissement. Elle le prouve tout particulièrement au cours de la deuxième étape de la nuit, passée au pavillon : ils entrent, ils s’embrassent, ils tombent sur un canapé, ils font l’amour. Mais « tout ceci avait été un peu brusqué. Nous sentîmes notre faute (…) Trop ardent, on est moins délicat. On court à la jouissance en confondant tous les délices qui la précèdent ».

La précipitation qui leur fait perdre la douce lenteur, tous deux la perçoivent immédiatement comme une faute; mais je ne crois pas que madame de T. en soit une surprise, je pense plutôt qu’elle savait cette faute inévitable, fatale, qu’elle s’y attendait et que c’est pour cette raison qu’elle a prémédité l’intermède au pavillon tel un ritardando pour freiner, étouffer la vitesse prévisible et prévue des événements afin que, la troisième étape venue, dans un décor nouveau, leur aventure puisse s’épanouir dans toute sa splendide lenteur.

Elle interrompt l’amour au pavillon, sort avec le chevalier, à nouveau elle se promène avec lui, s’assoit sur le banc au milieu de la pelouse, reprend la conversation et l’emmène ensuite au château dans un cabinet secret attenant à son appartement; c’est le mari qui l’a aménagé, jadis, en temple enchanté de l’amour. Sur le seuil, le chevalier reste ébahi : les glaces qui couvrent tous les murs multiplient leur image de sorte que soudain un cortège infini de couples s’embrassent autour d’eux. Mais ce n’est pas là qu’ils font l’amour; comme si madame de T. voulait empêcher une explosion trop puissante des sens et ainsi prolonger le plus possible le temps de l’excitation, elle l’entraîne vers la pièce contigüe, une grotte plongée dans l’obscurité, toute garnie de coussins; c’est là seulement qu’ils font l’amour, longtemps et lentement, jusqu’au petit matin.

En ralentissant la course de leur nuit, en la divisant en différentes parties séparées l’une de l’autre, madame de T. a su faire apparaître le menu laps de temps qui leur était imparti comme une petite architecture merveilleuse, comme une forme. Imprimer la forme à une durée, c’est l’exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire. Car ce qui est informe est insaisissable, immémorisable. Concevoir leur rencontre comme une forme fut tout particulièrement précieux pour eux vu que leur nuit devait rester sans lendemain et ne pouvait se répéter que dans le souvenir.

Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un qui essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.

Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. »

Par la secrétaire de Monsieur le 13.09.2007 @ 9:25 pm