Par Valmont le 22.11.2007 @ 11:03 pm

L'érotisme de Georges Bataille au pays du soleil levant“Tout d’abord, l’érotisme diffère de la sexualité des animaux en ce que la sexualité humaine est limitée par des interdits et que le domaine de l’érotisme est celui de la transgression de ces interdits.

Le désir de l’érotisme est le désir qui triomphe de ces interdits.”

Georges Bataille dans L’Érotisme.

Par la secrétaire de Monsieur le 22.11.2007 @ 5:27 am
  • Principle Voices is committed to education, empowerment and service of individuals and families in the Fundamentalist Mormon culture, many of whom are polygamous.
Par liberté{+} le 17.11.2007 @ 7:27 pm

Ce texte date de février 2006.

Monsieur demande :

« Suite à une remarque intéressante , j’aimerais savoir si le sujet de la possession a déjà été abordé sur ce forum : Les Dominants ont-ils toujours ce grand besoin qu’une femelle leur appartienne? »

Les personnes qui me connaissent bien, savent que je suis une inconditionnelle de l’Amour. Je vous fais parvenir un texte sur le désir d’être possédée. Il traduit ma pensée, bien mieux que je ne saurais le faire. J’aimerais m’excuser auprès l’auteur de ce texte, je n’ai malheureusement pas conservé le lien, mais si quelqu’un connaît l’auteur, je serais très heureuse et reconnaissante de redonner à César ce qui appartient à César.

Le désir d’être possédée

“Le “féminin” de la femme réside dans le dépassement, toujours à reconquérir.

Son moi déteste, hait la défaite, mais son sexe la demande, et plus encore, l’exige.

Il veut la chute, la défaite.

Tout ce qui est insupportable pour le moi est précisément ce qui contribue à la jouissance sexuelle : à savoir l’effraction, l’abus de pouvoir, la perte du contrôle, l’effacement des limites, la possession, la soumission, bref, la “défaite”.

L’énigme féminine se définit ainsi : plus elle est blessée plus elle a besoin d’être désirée; plus elle chute, plus elle rend son amant puissant; plus elle est soumise, plus elle est puissante sur son amant. Et plus elle est vaincue, plus elle a de plaisir et plus elle est aimée.

La défaite féminine c’est la puissance de la femme. Une femme libidinale, dont le sexe exige d’être vaincu, possédé, mais dont le moi, le narcissisme anal déteste, hait la défaite ? Un sexe qui dit « ouvre-moi ! », tandis que le moi dit « tu ne m’arracheras rien ! », ou « rien de ce que je ne veux pas te donner !

Ce masochisme, chez la femme, est celui de la soumission à l’objet sexuel.

Il dit « fais de moi ce que tu veux ! », à condition d’avoir une profonde confiance en l’objet.

L’amant de jouissance investit le masochisme de la femme en la défiant, en lui parlant, en lui arrachant ses défenses, ses tabous, sa soumission. Parce qu’il lui donne son sexe et la jouissance, donc un plaisir extrême, et parce qu’il élargit infiniment son territoire de représentations affectées, la femme sollicite de lui l’effraction et l’abus de pouvoir sexuel.

Ce masochisme érotique est donc le gardien de la jouissance sexuelle. Il est aussi, comme le dit Freud, le meilleur « gardien de vie »

La femme se soumet par amour. Elle ne peut se donner pleinement sans amour. C’est pourquoi elle est plus exposée, comme le dit Freud, à la perte d’amour. C’est ce qui pose sa dépendance et sa soumission à la domination de l’homme dans la relation sexuelle. Mais la jouissance sexuelle, mêlée de tendresse, apporte un tel bénéfice de plaisir que l’ « âme en peine » peut devenir une « âme en joie ».

Une femme sait quand on la désire constamment, c’est ainsi qu’elle se sent aimée. Elle sait aussi qu’une relation sexuelle à poussée constante ne s’use pas, et qu’elle creuse de plus en plus son féminin. L’homme va aussi se sentir dominé par la capacité de la femme à la soumission, à la réceptivité et à la pénétration. Plus la femme est soumise sexuellement, plus elle a de puissance sur son amant. Plus loin l’homme parvient à défaire la femme, plus il est puissant.”

Par Valmont le 15.11.2007 @ 8:18 am

Il y a un bout de temps que je souhaitais aborder le sujet des jeux psychologiques dans le contexte des échanges de pouvoirs érotiques.

Il faut croire que le fruit est mûr.

Je ne parle pas ici de scénarios d’humiliation malicieusement distillés dans le cours d’une séance bdsm, dans le but avoué de tourmenter la soumise, ce que les Chinois appellent parfois le mindfucking.

J’entends par jeux psychologiques ces situations où vous obtenez le contraire de ce que vous vouliez. Où vous avez la sensation d’avoir gaspillé votre énergie dans des échanges infructueux et irritants. Où vous concluez une séquence relationnelle avec l’impression de vous être fait avoir. Où c’est toujours le même sujet qui revient sur le tapis entre vous et la soumise, sans pour autant qu’il soit résolu à la fin de l’interaction.

Ces quatre situations sont des signes qui peuvent vous signaler l’existence d’un jeu psychologique, souligne Christel Petitcollin, l’auteur d’une petite plaquette fort instructive intitulée Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?

« En matière de communication, le terme de « jeu » psychologique scandalise souvent la première fois qu’il est entendu. Pourtant, simultanément, d’une façon très intuitive, il sonne juste. Le mot choque pour plusieurs raisons.

Les jeux psychologiques n’étant ni drôles ni ludiques, le terme de jeu paraît d’abord inadéquat. Ensuite, ces échanges infructueux et négatifs semblent involontaires et leurs enjeux sont inconscients. Comme imaginer qu’on puisse faire exprès de se disputer? »

On peut remplacer « se disputer » par « désobéir » ou « saboter » ou…

« Mais le mot sonne juste parallèlement parce que l’exagération, la dramatisation théâtrale, l’insincérité latente sont perceptibles. De même, ces situations négatives sont étrangement standard et semblent obéir à des règles quasiment immuables.

Certaines disputes, par exemple, sont répétitives au point qu’on pourrait mettre en route l’enregistrement des répliques d’une dispute antérieure pour continuer les échanges verbaux rituels jusqu’à l’ultime claquement de porte ou à la crise de larmes finale. »

Les dominants qui lisent ce billet n’ont jamais eu une dispute avec leur soumise. Encore moins plusieurs disputes ayant pour objet le même thème.

« Éric Berne définit le jeu comme « un ensemble de transactions doubles, périodique, récurrent, plausible en apparence, avec une motivation cachée », ou plus familièrement comme « une série de coups avec un piège ou un truc ». La fin du jeu intervient au moment d’un dénouement incontestable, équivalant à un but ou à « échec et mat ».

Il est possible de différencier facilement un jeu d’une relation normale. Par exemple, je peux avoir besoin de réconfort, le demander et l’obtenir. C’est une séquence relationnelle saine et normale. Dans le jeu, la transaction est piégée. Mon besoin de réconfort sera feint ou bien ma demande sera indirecte et manipulatrice, on encore, le réconfort offert sera rejeté. »

L’exemple suivant donné par Petitcollin dans son bouquin n’est pas en rapport direct au contexte d’un échange de pouvoirs érotique. Mais en creusant un peu, je suis certain que nous pourrions trouver plusieurs « situations équivalentes » les doigts dans le nez.

« Pourquoi n’ai-je pas dit à mon mari : « S’il te plaît, j’ai eu une dure journée. J’aurais besoin de me blottir un moment dans tes bras. Veux-tu bien laisser ton ordinateur pendant un quart d’heure? » Souvent, c’est la peur du refus de l’autre qui empêche de formuler des demandes simples et claires. C’est peut-être la même peur d’être critiqué ou rejeté qui a empêché mon mari de venir me saluer chaleureusement à mon arrivée.

Mais dans la majorité des cas, c’est une peur plus profonde, la peur de l’intimité et des échanges affectifs qui fait préférer les jeux à des relations positives. Lorsqu’on perçoit la proximité avec l’autre comme potentiellement dangereuse, on peut combler son vide affectif avec les sensations négatives mais fortes que procurent les jeux psychologiques. »

On pourrait croire a priori que les jeux psychologiques auxquels fait référence Petitcollin sont le fait de personnes « victimes ». Et pourtant…

Par Valmont le 13.11.2007 @ 7:33 am

Je lisais récemment dans le blogue d’une curieuse du bdsm, un billet sur la domination-soumission qui me permet d’approfondir un truc qui me chicote depuis un bout :

On parle souvent d’échange de pouvoir. Je n’aime pas ce terme et je lui préfère celui de “don”. Le pouvoir est donné oui, mais en aucun cas “échangé”. Il faut être clair, un seul des deux partenaires a le pouvoir, un seul guide, un seul fait avancer l’autre.

Oui, le don, le fameux don de la soumise. Dans sa première contribution à cercle O, liberté{+} nous avait fait le plaisir de relayer un texte important sur cette notion galvaudée et à la limite dangereuse.

Qu’on le veuille ou non, ce type de propos nous ramène encore à cette notion du maître-tout-puissant-qui-sait-tout et de la soumise-tête-de-linotte-qui-ne-sait-rien à qui l’Unique le dom charmant montrera tout ce qu’elle devra savoir, afin de la sculpter à son image.

Mais ce n’est pas tout à fait ce que m’inspire le billet de cette curieuse N. Je souhaite davantage creuser ici cette dynamique qui survient entre le dominant et la soumise lorsque se met en place le cadre bdsm. Je veux parler de cette tension qui apparaît petit à petit entre eux. Cette tension distingue nettement la relation bdsm d’une relation amoureuse classique.

Débroussaillons un peu au préalable.

Dans une interaction bdsm équilibrée, l’échange de pouvoirs n’est jamais définitif. C’est une dynamique fondée sur le ponctuel et non sur une durée continue. C’est le cas même dans les couples dits bdsm quand on y pense bien.

La soumise n’offre pas ses pouvoirs une fois pour toutes. Je ne crois pas un seul instant à ce fantasme si répandu de part et d’autre du manche. Sinon pour des laps de temps très courts. Et encore.

En fait, elle ne donne rien, la soumise, mon vieux. Au mieux, si on n’aime pas le terme “échanger”, on peut dire qu’elle te prête, sur une base temporaire, sa bouche, ses yeux, ses mains, ses orifices, sa luette, son esprit, son temps, ses idées, ses énergies, ses ressources, alouette. Pour un laps de temps x à des conditions y. C’est du donnant-donnant. C’est un prêt avec intérêt. Il y a même espérance d’un retour sur investissement.

L’exercice du pouvoir généré par ce prêt est le résultat d’un équilibre de fil de fériste; il existe une tension entre les partenaires impliqués, une tension positive. L’aura, l’aura pas? Me donnera-t-il ou ne me donnera-t-il pas ce que je veux, ce que j’attends et espère? Je crois de plus en plus fermement que l’équilibre relationnel bdsm naît de cette nécessaire, légitime et saine tension entre la soumise et le dominant, entre les désirs de l’une et les désirs de l’autre, entre leurs motivations respectives, leurs besoins, leurs fantasmes.

Une soumise trop faible, ou son contraire, une soumise trop têtue… un dom trop conciliant, ou un dom qui se la pète… et l’équilibre peut foutre le camp à tout moment.

Au mieux, la soumise se donne petit à petit, elle s’abandonne, mais jamais elle ne donne entièrement tous ses pouvoirs, ni trop rapidement. D’ailleurs, on les connait les résultats quand elle se donne trop vite, trop tôt : le dominant se désintéresse, il trouve la soumise “trop facile” et part à la recherche de d’autres partenaires, soit dans le cadre de leur relation (le fameux triolisme) ou hors-cadre. Je charrie à peine.

Attention : je ne dis pas que la soumise doit se battre avec le dominant, qu’elle doit se rebeller et jouer à la polissonne, afin de conserver l’intérêt du dominant, n’est-ce pas mlle liberté[+] ?

C’est là un lieu commun chez beaucoup de femmes se disant soumises de jouer les dures, de se montrer difficiles à mater, de se montrer fortes (on ne donnera pas de noms). Comme si elles attribuaient à leur soumission une valeur, alors qu’elles ne souhaitent rien de moins que de lâcher les rênes. J’y vois là une contradiction fondamentale : elle veut se donner mais elle résiste. Elle cherche à contrôler les paramètres au lieu de simplement laisser le dom “faire sa job”. Au lieu de goûter les sucs grisants de l’abandon, elle s’étourdit à vouloir tout prévoir, tout deviner, tout contrôler.

Bien sûr que durant les négociations, la soumise doit contrôler son environnement. Il en va de son… intérêt.

À chevalBien sûr que durant cette phase pré-séances dont on fait trop souvent l’économie sous divers prétextes, la soumise doit disposer de tous ses leviers, si elle ne veut pas se retrouver en fâcheuse posture lorsque le dominant en face d’elle dévoilera sa vraie nature, une fois passée la danse du coq.

Bien sûr qu’au retour de voyage, lors de l’après-séance, la soumise reprend le contrôle de ses leviers, rééquilibre son vaisseau d’or, retrouve ses amis, ses enfants… parfois même son mari.

Je reviens à la phase de négociations.

Durant cette phase, si le dominant est en mesure de se maîtriser, c’est à lui de ne pas sauter à pieds joints sur la soumise, de la laisser venir à lui, de ralentir la cadence de l’interaction afin de la poser sur les bases les plus solides qui soient, afin de la créer justement cette tension utile, créatrice. C’est au dominant de remettre à la soumise ses pouvoirs, si celle-ci, trop excitée ou inconsciente des dangers, va trop loin trop vite.

C’est en cela que l’échange de pouvoirs érotique comporte une tension que je compare au courant alternatif. Cette tension va de l’un à l’autre constamment, parfois pour une courte période de temps, parfois plus longuement. Ce pouvoir n’est jamais complètement 100 à 0, où 100 correspondrait au pouvoir ultime du dom, dans une configuration de propriété, et où 0 correspondrait à la situation où la soumise garde la mainmise sur tous ses faits et gestes.

Dès que le dominant et la soumise s’entendent sur les conditions et entrent dans l’interaction bdsm, le dominant détient dès lors les rênes du pouvoir (dans la limite des pouvoirs conférés) dans le sens qu’il supervise la scène, il oriente son déroulement, il amène la soumise là où il croit utile, amusant, excitant de la mener.

Durant la scène, la tension est là, palpable. Dans ses yeux. Dans ses sourires, dans ses mots balbutiés, dans ses gestes…

>”Il faut être clair, un seul des deux partenaires a le pouvoir, un seul guide, un seul fait avancer l’autre”.

Le dominant guide la soumise. Lui seul fait avancer l’autre. Comme cela est charmant de poésie chevaleresque. Mais le guide, d’où tient-il ce qu’il faut savoir pour guider l’autre ? Un soir d’illumination sur le mont Sinaï ?

Il n’y a pas que le dom qui fait avancer la soumise. La soumise aussi fait avancer le dom. C’est un two-way switch cette affaire-là. L’échange de pouvoirs érotiques est un processus bi-directionnel. C’est justement lorsque l’échange ne se fait que dans un sens que se produisent les conflits, les errances, le déséquilibre.

Par l’expression de ses besoins et de ses désirs, la soumise aiguille le dominant sur les voies à suivre pour l’envoyer en orbite. Elle lui fait part de ses craintes, de ses malaises, de ses doutes. Elle lui fait part de son histoire personnelle, ce qui va éclairer le dominant sur certaines réactions qu’elle peut avoir dans certaines situations particulières.

Par la secrétaire de Monsieur le 12.11.2007 @ 5:27 am
  • The Kinsey Reports are two books on human sexual behavior, Sexual Behavior in the Human Male (1948) and Sexual Behavior in the Human Female (1953), by Dr. Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy et al.