Il y a un bout de temps que je souhaitais aborder le sujet des jeux psychologiques dans le contexte des échanges de pouvoirs érotiques.
Il faut croire que le fruit est mûr.
Je ne parle pas ici de scénarios d’humiliation malicieusement distillés dans le cours d’une séance bdsm, dans le but avoué de tourmenter la soumise, ce que les Chinois appellent parfois le mindfucking.
J’entends par jeux psychologiques ces situations où vous obtenez le contraire de ce que vous vouliez. Où vous avez la sensation d’avoir gaspillé votre énergie dans des échanges infructueux et irritants. Où vous concluez une séquence relationnelle avec l’impression de vous être fait avoir. Où c’est toujours le même sujet qui revient sur le tapis entre vous et la soumise, sans pour autant qu’il soit résolu à la fin de l’interaction.
Ces quatre situations sont des signes qui peuvent vous signaler l’existence d’un jeu psychologique, souligne Christel Petitcollin, l’auteur d’une petite plaquette fort instructive intitulée Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?
« En matière de communication, le terme de « jeu » psychologique scandalise souvent la première fois qu’il est entendu. Pourtant, simultanément, d’une façon très intuitive, il sonne juste. Le mot choque pour plusieurs raisons.
Les jeux psychologiques n’étant ni drôles ni ludiques, le terme de jeu paraît d’abord inadéquat. Ensuite, ces échanges infructueux et négatifs semblent involontaires et leurs enjeux sont inconscients. Comme imaginer qu’on puisse faire exprès de se disputer? »
On peut remplacer « se disputer » par « désobéir » ou « saboter » ou…
« Mais le mot sonne juste parallèlement parce que l’exagération, la dramatisation théâtrale, l’insincérité latente sont perceptibles. De même, ces situations négatives sont étrangement standard et semblent obéir à des règles quasiment immuables.
Certaines disputes, par exemple, sont répétitives au point qu’on pourrait mettre en route l’enregistrement des répliques d’une dispute antérieure pour continuer les échanges verbaux rituels jusqu’à l’ultime claquement de porte ou à la crise de larmes finale. »
Les dominants qui lisent ce billet n’ont jamais eu une dispute avec leur soumise. Encore moins plusieurs disputes ayant pour objet le même thème.
« Éric Berne définit le jeu comme « un ensemble de transactions doubles, périodique, récurrent, plausible en apparence, avec une motivation cachée », ou plus familièrement comme « une série de coups avec un piège ou un truc ». La fin du jeu intervient au moment d’un dénouement incontestable, équivalant à un but ou à « échec et mat ».
Il est possible de différencier facilement un jeu d’une relation normale. Par exemple, je peux avoir besoin de réconfort, le demander et l’obtenir. C’est une séquence relationnelle saine et normale. Dans le jeu, la transaction est piégée. Mon besoin de réconfort sera feint ou bien ma demande sera indirecte et manipulatrice, on encore, le réconfort offert sera rejeté. »
L’exemple suivant donné par Petitcollin dans son bouquin n’est pas en rapport direct au contexte d’un échange de pouvoirs érotique. Mais en creusant un peu, je suis certain que nous pourrions trouver plusieurs « situations équivalentes » les doigts dans le nez.
« Pourquoi n’ai-je pas dit à mon mari : « S’il te plaît, j’ai eu une dure journée. J’aurais besoin de me blottir un moment dans tes bras. Veux-tu bien laisser ton ordinateur pendant un quart d’heure? » Souvent, c’est la peur du refus de l’autre qui empêche de formuler des demandes simples et claires. C’est peut-être la même peur d’être critiqué ou rejeté qui a empêché mon mari de venir me saluer chaleureusement à mon arrivée.
Mais dans la majorité des cas, c’est une peur plus profonde, la peur de l’intimité et des échanges affectifs qui fait préférer les jeux à des relations positives. Lorsqu’on perçoit la proximité avec l’autre comme potentiellement dangereuse, on peut combler son vide affectif avec les sensations négatives mais fortes que procurent les jeux psychologiques. »
On pourrait croire a priori que les jeux psychologiques auxquels fait référence Petitcollin sont le fait de personnes « victimes ». Et pourtant…


