Par Valmont le 31.12.2007 @ 2:45 pm

Faisant actuellement une recherche dans l’internet sur Patrick Lesage et son récit publié en 2005, Journal d’un maître, que j’ai terminé de lire il y a quelques jours, je tombe sur cette contribution d’Un cri dans la nuit dans Les forums de discussion du Chat BDSM que je ne connaissais pas t’encore :

“Ayant un peu de temps libre, je me promène sur le web à la découverte des webs plus spécialement orientés sur le BDSM. Je suis frappé de la quantité d’articles dont le seul objectif est de dénigrer ce que fait ou dit ou écrit le voisin, descendre tout ce qui n’est pas conforme à sa propre pratique. Ces bloggueurs se renvoyant les uns aux autres, comme un concours à la critique la plus acerbe et la plus violente.

Est ce propre au BDSM? Je n’en sais rien. Il est toujours plus facile de défaire que de faire. Mais à quoi cela sert il?”

Je ne me prononce pas sur Lesage pour le moment. Je ne connais pas le personnage public, ayant seulement lu son livre sur lequel je compte revenir sous peu.

Toujours est-il que j’aime bien la réponse que fait sienne et Lui au propos d’Un cri dans la nuit :

“La maîtrise, de soi, de ses actes, de ses dires est l’essence de nos relations. La violence, contrôlée, n’est qu’un outil. Celui (celle) qui accorde plus d’importance à cette violence qu’au choix de se construire ensemble dans le plaisir partagé ne peut être qu’une personnalité dangereuse pour elle même et sa (son) partenaire. Justement car elle ne maîtrise pas ses pulsions.

Il est vrai alors que la violence verbale sert de révélateur: si tu ne sais pas maîtriser tes mots tu ne sauras maîtriser la douleur, qu’elle soit offerte ou subie.”

Vous m’enlevez les mots de la bouche, Monsieur et sa soumise.

soumise livrée à la maitrise de soi

Photo : Captatio.

Par la secrétaire de Monsieur le 31.12.2007 @ 5:20 am
Par Valmont le 26.12.2007 @ 12:31 am

Elle évoque un voyage :

“Voilà un pays “soigneux” et caressant.
C’est l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance.
Ces attitudes sont rassurantes, gratifiantes, tranquilles, sereines.
Le goût du détail, de la beauté, de l’harmonie.
Même la pluie y est douce.
C’est mon plus beau voyage, un magnifique cadeau.”

Sendai - escaliers du templeJe crois deviner l’émotion ressentie par cette femme à ces différences entre le plein et le vide, entre le silence et le bruit.

L’homme de théâtre Robert Lepage disait un jour en revenant du Japon que nous avions la fâcheuse manie en Occident d’exprimer nos émotions “en nous garrochant sur les murs” et “en étalant nos tripes sur la table”, comme si cela prouvait de manière irréfutable que nous les vivions ces émotions et que celles-ci nous atteignaient (Gary parlait de preuves d’existence).

Lepage avait découvert là-bas d’autres modes d’expression des émotions qui, sans être aussi démonstratifs et bavards, n’en n’étaient pas moins valides, via par exemple le kabuki.

Il aurait pu ajouter la pratique du shibari.

Je crois ègalement que nous sommes en mesure d’atteindre la même plénitude où que nous soyons. On n’a pas besoin d’un billet d’avion aller simple vers la campagne nippone pour atteindre le soigneux et le caressant.

Je suis sensible à la capacité de porter en soi ce que j’appelle ces continents intérieurs, tous ces climats psychologiques, ces géographies intimes. Cette attitude qu’Alicine appelle l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance, la sérénité. Cette tranquille assurance toute érotique qui gratifie autant la tête que le corps. Est-ce vraiment requis de parcourir la moitié du globe pour fouler le sol de ces terrains argileux? A-t-on vraiment besoin d’attendre après les autres?

Atteindre ce pays en soi est un chemin qui peut s’avérer long. Quand on le trouve, il ne nous quitte plus, nous suit partout.

Comme une soumise au bout de notre laisse.

Photo : Alic’ine Her Wonderland [site fermé] - http://alicine.typepad.com/my_weblog/.

Par Valmont le 19.12.2007 @ 10:59 pm

Je suis bien content de lire Le bonheur dans l’esclavage, la préface que signe Jean Paulhan au livre de sa maîtresse Pauline Réage, l’auteure de la mythique mystique Histoire d’O.

Au delà de la douce ironie de son propos, Paulhan me rassure sur l’humain et sa capacité d’émerveillement. Comme il fut très certainement émerveillé, ce coquin, par cette si longue et farouche lettre d’amour que lui remettait sa maîtresse jour après jour.

Full chaînesUn extrait de la préface Le bonheur dans l’esclavage de Paulhan est cité dans ce texte que m’avait remis une soumise croisée au hasard des réseaux, il y a plus de deux ans.

Elle, c’était une prof de philo au niveau collégial. Son texte Mystiques et libertés sado-maso est de la plume d’un dénommé Lucas Degryse, dont les recherches “s’organisent en trois points : une ontologie inspirée par Philip K. Dick et les penseurs du virtuel, une politique influencée par la sociobiologie et Michel Houellebecq, et une esthétique qui trouve ses sources dans la pop-musique des années 60-70″.

Bon que je me disais, voilà un autre de ces déracinés asexués. Un autre de ces chantres de l’avènement du nouvel homme au propos délibérément obscur comme les aiment tous les descendants des seigneurs Humevesne et Baysecul qui s’écoutent parler et tarifent au mot comme Théophile Gautier et Dumas. À leur décharge, ces deux derniers furent des haschischins divertissants à lire.

Ce qui me fait tiquer dans la dialectique psychanalysante de Degryse, dans la lignée de Lacan et ses clowns clones, c’est de présenter le bdsm comme une destruction. Un prolongement dans la sphère intime de l’histoire avec un grand H, ce recueil de litanies sans fin des rapports Dominants-dominés entre les hommes et les femmes, entre les peuples… toute cette merde dialectique propre à justifier leur vide existentiel, que je me dis des fois.

Me faire dire que l’avenir de l’humanité passe par l’asexuation, le rejet identitaire et l’amitié entre les hommes et les femmes.

Il ne s’y trompe pas, Paulhan, qu’on cite pourtant à l’envers.

Il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui (comme il arrive aux amoureux et aux mystiques) et se voir, enfin ! débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels.

Paulhan ne pouvait mieux qualifier l’abandon livresque de son amante, formidable détonateur après le coup de butoir du divin marquis un siècle et demi plus tôt.

L’échange de pouvoir érotique tient certainement à la fois du rapport amoureux et du rapport mystique : du rapport amoureux dans la capacité de donner sans espérer recevoir en retour; du rapport mystique dans la capacité (la folie?) de se donner à son Dieu, ce qui revient au même.

Hegel et la lutte des glaces

Or, de un, l’échange de pouvoir érotique, nettement préférable à l’expression SM qui n’explique rien et complique tout, n’est pas une oeuvre de destruction : ça le dit, c’est un échange. C’est un jeu avec ses codes. C’est un transfert de pouvoir progressif qui s’effectue à la base dans la sphère érotique, sur une base “contractuelle”, avec un début et une fin.

Laissons de côté les relations BDSM “à temps plein” pour le moment.

De deux, l’échange de pouvoir érotique a un but, une visée, ce qui va bien au delà du mantra “c’est pour t’aider à repousser tes limites, mon enfant”. Cette phrase répétée partout est vide de sens au sens où il est impérieux d’identifier et de connaître ses limites d’abord, avant de penser les dépasser.

Et se pourrait-il que repousser ses limites va bien au delà du nombre de taloches que les fesses et les seins de la personne soumise sont capables de prendre ?

Combien de soumises et de soumis se sentent comme un morceau de viande que l’on frappe à loisir et sans discernement pour leur intégrité physique et psychologique ?

De trois, l’échange de pouvoir érotique est bien davantage une déconstruction non destinée à détruire l’autre, mais à la débarrasser de ses intérêts et complexes personnels, à la purifier de toute cette gangue historique et la délivrer de ces archétypes sociaux et surtout sexuels.

Les femmes (et les hommes avec) sont toujours prisonnières de cette infâme “trichotomie” maman-vierge-putain.

Par Valmont le 17.12.2007 @ 10:59 pm

Petitcollin encore :

“Il est à noter que les jeux psychologiques servent également à éviter soigneusement toute solution constructive aux problèmes qu’ils soulèvent. Cela se comprend lorsqu’on sait que les problèmes évoqués lors des jeux ont pour fonction d’alimenter notre besoin d’échanges.

Ce garage en désordre est une vraie bénédiction. Que de belles parties nous nous sommes offertes grâce à lui! Ce serait une catastrophe que mon mari finisse par le ranger. C’est pourquoi ma demande sera toujours formulée de façon à attiser sa rébellion, plus qu’à lui donner la motivation de s’y mettre.”

Pour ceux qui seraient de croire que ces jeux ne s’appliquent qu’aux autres :

“Comme le jeu est involontaire, répétitif, prévisible et pourtant surprenant, nous le prenons souvent pour une simple communication ratée. Son aspect confus et ambigu nous donne l’impression qu’il est inévitable, et surtout qu’il a été généré par l’autre. Plus ou moins long, plus ou moins désagréable, le jeu nous fait mobiliser nos comportements les plus négatifs.”

Ou encore ceci :

“Un coup d’envoi, des enjeux, des règles codifiées… tout y est pour parler de jeu. (…) Ainsi, à chaque fois que vous vivez une relation négative, décourageante et frustrante, il y a fort à parier que vous vous êtes fait entraîner dans un jeu de triangle.

On peut même parler de jeu de rôles car vous retrouverez dans les instigateurs de vos difficultés, un des profils suivant :

Une victime : elle est pure et innocente, passive et impuissante, plaintive et pitoyable mais étrangement gaffeuse et souvent exaspérante.

Un bourreau : critique et dévalorisant, blessant et cruel, menaçant voire violent, il est en overdose d’une frustration qu’il cherche à évacuer sur… une victime innocente, bien sûr.

Un sauveur : bon et généreux, fort et altruiste, protecteur et infantilisant, mais surtout très culpabilisant. « Avec tout ce que j’ai fait pour toi! » est son leitmotiv.

Bref, la victime apitoie, attire, énerve, excite.
Bref, le bourreau attaque, brime, donne des ordres et provoque la rancune.
Bref, le sauveur étouffe, apporte une aide inefficace, crée la passivité par l’assistanat.

Vous êtes peut-être déjà en train de vous demander quelle est votre place dans ce triangle, et vous vous êtes probablement reconnu partiellement dans les trois rôles. C’est normal, car si nous avons tous notre rôle préféré pour entrer dans le jeu, nous allons nous faire voler notre place, à un moment ou à un autre, comme au jeu des chaises musicales.

À partir du moment où on se laisse embarquer dans le triangle, on va alternativement passer par les trois cases et jouer les trois rôles.”

Par la secrétaire de Monsieur le 17.12.2007 @ 5:24 am