Pour bien des soumises et des dominants, le collier est un élément important du folklore bdsm, au même titre que le code vestimentaire, les tics de langage, la présence de jouets adultes, l’espace de jeu appelé donjon ou que sais-je. Le mousqueton, tiens.
Le collier va néanmoins une coche plus loin que les autres éléments folkloriques. C’est un geste identitaire fort, c’est l’expression d’une forme de marquage au même titre qu’une marque commerciale. Comme dans le branding pratiqué par les grandes agences de communication et les organisations, le collier indique un positionnement. Il défend un territoire et affirme les valeurs propres de la personne dominante et de la personne soumise liées par cette forme de reconnaissance. Il participe d’une culture nourrie, ce collier. Il forme fréquemment un tandem avec cet autre attribut fort de la marque bdsm : le nom, le pseudonyme.
Le collier peut être sacrément important dans la vie d’une personne soumise, dans sa façon de voir et de vivre son bdsm. En ce sens, porter le collier par jeu est tout à fait honorable. Pour être passé par là.
Le collier peut être saprément important dans la vie d’un dominant. Il témoigne de son pouvoir, de sa force, de ses capacités feintes ou réelles de veiller sur une ou quinze soumises. C’est un élément de prestige important.
Le collier comme partie intégrante du folklore bdsm. Combien de gens considèrent impératif ce folklore qui leur permet de se mettre en train? Sans quoi le décollage est ardu voire impossible?
Bien évidemment, penser à tous ces rôles délicieux que nous pouvons jouer avec tel costume attise l’imagination. Parler de ce qu’on peut accomplir avec une croix de Saint-André nous transporte déjà dans des états d’être hors de nous. Bien évidemment, nous n’aurons pas l’impudeur de dire ici que lui faire humer nos bottes… ou la laisser baiser notre main… déclenche une réaction en chaîne proche de la libération de l’atome.
Bref, le folklore oui quand il est au service de notre imagination et de notre volonté. Je veux bien. Ce sont des outils. Ce ne sont que des outils.
Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.
Contrairement au côté impersonnel du donjon et des jouets de toutes formes, le collier (tout comme le costume) revêt une dimension plus personnelle, ancrée dans l’identité. Il marque pour beaucoup la prise de possession de la soumise par le dominant et sa « protection » de l’environnement bdsm réputé âpre et hostile. Il officialise aux yeux de la soumise et du dominant leur « lien bdsm », de même qu’il exprime aux yeux de qui veut bien le lire et l’entendre l’appartenance de la soumise à ce dominant.
Je dis : prise de possession de la soumise par le dominant, appartenance de la soumise au dominant. Ce sont de grands mots. Certains vont parler d’engagement, d’une certaine forme de reconnaissance, ou encore d’une promesse. Pourquoi pas d’une dette? C’est aux membres de l’interaction d’attribuer le sens du collier envisagé ou de toute autre forme de marquage (bijou, tatou, contrat, titre de propriété, etc.), de même que le moment opportun pour le faire.
Je trouve qu’en général, les gens vont beaucoup trop vite dans ce genre de choses. Mais il s’en trouve pour considérer que des gens comme moi vont beaucoup trop lentement, le rythme de la vie étant si infernal qu’il faille ne rien remettre à demain de peur qu’il ne se pointe pas au rendez-vous. Enfin, tout cela est affaire de choix et je suis heureux de constater aujourd’hui que mademoiselle n’est plus aussi pressée par le collier. Il y a des enjeux beaucoup plus passionnants en cours.
En même temps, chez beaucoup d’autres amateurs de bdsm, le collier n’a rien d’honorable. Il fait parfois peur, son symbolisme lourd ne colle pas nécessairement à ce que certaines personnes cherchent dans le bdsm, prenant pour acquis qu’elles cherchent bien quelque chose dans ces pratiques.
Porter le collier pour prouver quoi? À qui?
Le port du collier n’est qu’une activité bdsm parmi d’autres. Ce n’est pas une obligation de la soumise. Il n’y a pas de loi l’imposant. T’es pas moins dominant ou maitre parce que TA soumise ne porte pas TON collier. Le ciel ne craquera pas si une soumise ne porte pas le collier de son maître pour indiquer le sérieux de sa démarche.
Le collier pour quoi faire? La protéger? Le beau leurre. Comme si la soumise ne pouvait se protéger elle-même. Condition première du caractère sain de sa soumission.
Non mais sérieux, un collier pour quoi faire? Te protéger toi, Monsieur le dominant? À ce moment-là, tu vas te rendre compte vite du caractère éphémère de l’interaction bdsm; surtout si tu as l’occasion de te faire dire un jour par la mère de tes enfants devant la Cour supérieure qu’elle était pas d’accord finalement tout ce temps pour faire du bdsm.
Tu vas alors t’apercevoir qu’elle portait ce collier pour se montrer à toi tellement dévouée et soumise, même devant les amis ou la famille. Tu vas comprendre qu’elle se pavanait en collier à la fois par orgueil, pour prouver sa valeur, par défi, pour narguer l’entourage, par bravade, pour montrer qu’elle était capable de le faire, elle; maniant la disponibilité de son dévouement et de sa soumission dans le registre érotique, à la fois pour exciter les autres mâles autour et embêter leurs femmes.
En ce qui me concerne, je vois aujourd’hui le recours à tous ces objets du folklore bdsm comme des sources de bruit dans ma relation avec une soumise aspirante. Comme si on ne pouvait réfléchir ressentir vibrer ni même vivre l’interaction bdsm, ou la relation bdsm à plus forte raison, sans l’aide de tout cet attirail qui obscurcit le jugement au lieu de l’éclairer.
Tu vas voir aussi que la valse des colliers dans la communauté le zhumanity bdsm n’est une danse belle à regarder danser. En fait, je la trouve ni belle ni digne de ce que nous sommes réellement capables de faire.
Photo : Audrey Eroshkin via vertigeetsilence.canalblog.com.
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