Je suis bien content de lire Le bonheur dans l’esclavage, la préface que signe Jean Paulhan au livre de sa maîtresse Pauline Réage, l’auteure de la mythique mystique Histoire d’O.
Au delà de la douce ironie de son propos, Paulhan me rassure sur l’humain et sa capacité d’émerveillement. Comme il fut très certainement émerveillé, ce coquin, par cette si longue et farouche lettre d’amour que lui remettait sa maîtresse jour après jour.
Un extrait de la préface Le bonheur dans l’esclavage de Paulhan est cité dans ce texte que m’avait remis une soumise croisée au hasard des réseaux, il y a plus de deux ans.
Elle, c’était une prof de philo au niveau collégial. Son texte Mystiques et libertés sado-maso est de la plume d’un dénommé Lucas Degryse, dont les recherches “s’organisent en trois points : une ontologie inspirée par Philip K. Dick et les penseurs du virtuel, une politique influencée par la sociobiologie et Michel Houellebecq, et une esthétique qui trouve ses sources dans la pop-musique des années 60-70″.
Bon que je me disais, voilà un autre de ces déracinés asexués. Un autre de ces chantres de l’avènement du nouvel homme au propos délibérément obscur comme les aiment tous les descendants des seigneurs Humevesne et Baysecul qui s’écoutent parler et tarifent au mot comme Théophile Gautier et Dumas. À leur décharge, ces deux derniers furent des haschischins divertissants à lire.
Ce qui me fait tiquer dans la dialectique psychanalysante de Degryse, dans la lignée de Lacan et ses clowns clones, c’est de présenter le bdsm comme une destruction. Un prolongement dans la sphère intime de l’histoire avec un grand H, ce recueil de litanies sans fin des rapports Dominants-dominés entre les hommes et les femmes, entre les peuples… toute cette merde dialectique propre à justifier leur vide existentiel, que je me dis des fois.
Me faire dire que l’avenir de l’humanité passe par l’asexuation, le rejet identitaire et l’amitié entre les hommes et les femmes.
Il ne s’y trompe pas, Paulhan, qu’on cite pourtant à l’envers.
Il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui (comme il arrive aux amoureux et aux mystiques) et se voir, enfin ! débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels.
Paulhan ne pouvait mieux qualifier l’abandon livresque de son amante, formidable détonateur après le coup de butoir du divin marquis un siècle et demi plus tôt.
L’échange de pouvoir érotique tient certainement à la fois du rapport amoureux et du rapport mystique : du rapport amoureux dans la capacité de donner sans espérer recevoir en retour; du rapport mystique dans la capacité (la folie?) de se donner à son Dieu, ce qui revient au même.
Hegel et la lutte des glaces
Or, de un, l’échange de pouvoir érotique, nettement préférable à l’expression SM qui n’explique rien et complique tout, n’est pas une oeuvre de destruction : ça le dit, c’est un échange. C’est un jeu avec ses codes. C’est un transfert de pouvoir progressif qui s’effectue à la base dans la sphère érotique, sur une base “contractuelle”, avec un début et une fin.
Laissons de côté les relations BDSM “à temps plein” pour le moment.
De deux, l’échange de pouvoir érotique a un but, une visée, ce qui va bien au delà du mantra “c’est pour t’aider à repousser tes limites, mon enfant”. Cette phrase répétée partout est vide de sens au sens où il est impérieux d’identifier et de connaître ses limites d’abord, avant de penser les dépasser.
Et se pourrait-il que repousser ses limites va bien au delà du nombre de taloches que les fesses et les seins de la personne soumise sont capables de prendre ?
Combien de soumises et de soumis se sentent comme un morceau de viande que l’on frappe à loisir et sans discernement pour leur intégrité physique et psychologique ?
De trois, l’échange de pouvoir érotique est bien davantage une déconstruction non destinée à détruire l’autre, mais à la débarrasser de ses intérêts et complexes personnels, à la purifier de toute cette gangue historique et la délivrer de ces archétypes sociaux et surtout sexuels.
Les femmes (et les hommes avec) sont toujours prisonnières de cette infâme “trichotomie” maman-vierge-putain.

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bonjour M. Valmont,
Venez-vous parfois en France?
Je veux bien m’offrir à vous pour Noel! Un paquet cadeau couleur or.
Je partage tellement votre vision du bdsm que celà devient très frustrant de vous lire.
Cordialement
Comment par Une inconnue — December 20, 2007 @ 1:28 pm
Un paquet cadeau couleur or pour Noël? Dans deux jours? En France?
Voilà une offrande qui conviendrait au jour de la naissance du Seigneur. Dire que l’an dernier, mademoiselle cherchait une soumise à m’offrir en cadeau et qu’elle a échoué dans sa tentative, la pauvre.
Ne demandez pas et vous recevrez, dit l’adage.
Le Père Noël et la Fée des étoiles sont néanmoins bien embêtés. Car la soumise inconnue a-t-elle la motivation et la force requises pour se rendre au pied de Monsieur, plutôt que de lui demander à lui de faire le chemin vers le Vieux-Continent? Voilà qui serait bien davantage dans l’ordre naturel des choses.
Comment par Valmont — December 23, 2007 @ 12:43 am
Croyez bien que si j’en avais les “moyens”, telle une hirondelle, je serais (c’est certain) à minuit à vos pieds, pour la magie, la distance à parcourir, l’inconnue et la beauté de l’offrande.
Mais, j’ai bien parlé de frustration..et je me fais mal!
Je vous souhaite M. Valmont, de bonnes fetes de fin d’année .
Comment par Une inconnue — December 23, 2007 @ 6:34 am
Il n’y a rien de plus douloureux qu’une frustration qui n’est pas imposée :- )
Comment par Valmont — December 24, 2007 @ 2:01 am