Elle évoque un voyage :
“Voilà un pays “soigneux” et caressant.
C’est l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance.
Ces attitudes sont rassurantes, gratifiantes, tranquilles, sereines.
Le goût du détail, de la beauté, de l’harmonie.
Même la pluie y est douce.
C’est mon plus beau voyage, un magnifique cadeau.”
Je crois deviner l’émotion ressentie par cette femme à ces différences entre le plein et le vide, entre le silence et le bruit.
L’homme de théâtre Robert Lepage disait un jour en revenant du Japon que nous avions la fâcheuse manie en Occident d’exprimer nos émotions “en nous garrochant sur les murs” et “en étalant nos tripes sur la table”, comme si cela prouvait de manière irréfutable que nous les vivions ces émotions et que celles-ci nous atteignaient (Gary parlait de preuves d’existence).
Lepage avait découvert là-bas d’autres modes d’expression des émotions qui, sans être aussi démonstratifs et bavards, n’en n’étaient pas moins valides, via par exemple le kabuki.
Il aurait pu ajouter la pratique du shibari.
Je crois ègalement que nous sommes en mesure d’atteindre la même plénitude où que nous soyons. On n’a pas besoin d’un billet d’avion aller simple vers la campagne nippone pour atteindre le soigneux et le caressant.
Je suis sensible à la capacité de porter en soi ce que j’appelle ces continents intérieurs, tous ces climats psychologiques, ces géographies intimes. Cette attitude qu’Alicine appelle l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance, la sérénité. Cette tranquille assurance toute érotique qui gratifie autant la tête que le corps. Est-ce vraiment requis de parcourir la moitié du globe pour fouler le sol de ces terrains argileux? A-t-on vraiment besoin d’attendre après les autres?
Atteindre ce pays en soi est un chemin qui peut s’avérer long. Quand on le trouve, il ne nous quitte plus, nous suit partout.
Comme une soumise au bout de notre laisse.
Photo : Alic’ine Her Wonderland [site fermé] - http://alicine.typepad.com/my_weblog/.


