Skin TWO Films Presents London Fetish Girls
Par Valmont le 16.12.2007 @ 4:32 pm

J’entends déjà certains lecteurs bénévoles s’exclamer : le raffinement, c’est quoi le rapport avec le BDSM ?

Déjà que plusieurs considèrent cercle O comme un endroit parfait pour… les débutants car… “théorique”… avant de passer aux “vraies choses”… les vraies choses… qui sont les techniques, je suppose ? Les z’activités ? Ah celles qu’on retrouve dans une liste que l’on coche et que l’on remet la veille d’une première séance avec une soumise croisée dans une salle de clavardage une semaine auparavant ?

Certes, se lancer dans le ligotage en suspension requiert de la technique, un savoir-faire.

Fouetter une soumise avec une lanière de 12 pieds demande de la pratique et de la ténacité… et d’avoir bien nettoyé ses verres de contact.

(Je me râcle la gorge pour la forme.)

Le raffinement, donc.

Il est vrai que là, c’est plus une question de style que de principes.

Le raffinement peut très bien se passer du bdsm et vice-versa. La ruelle a sa puissance de feu.

Il faut dire aussi qu’il y en a marre de l’univers glauque que l’on voit le plus souvent dans les espaces bdsm. Je suis assez tanné de croiser ces lampes torchères sur fond noir avec des textes écrits en 36 points, comme si cela était l’emblème phare de ces pratiques en marge.

Certes, le mauvais goût a droit de cité.

Le bdsm est encore trop souvent présenté comme ne pouvant être soluble que dans le cuir et le pvc, dans ce nuage informe qui mêle allègrement rédemption, punitions.. et tout ce fatras sémiologique issu de l’univers proprement sado-masochiste qui prend plus de place que requis… et qui rebute une majorité de gens que les promesses de l’abandon allument.

Le raffinement, donc.

En novembre dernier, suite à ma première sortie publique en quatre ans, je suis “tombé” sur le Traité sur le raffinement de Malek Chebel, un anthropologue doublé d’un psychanalyste dont les propos échangés sur son Kama-Sutra arabe avec Le Bigot m’avait séduit il y a quelques lunes.

Je me sens très en phase avec cette pudeur toute érotique.

« Le raffinement est une sensation vivante qui précède le mouvement grâce à une excitation toujours renouvelée de la promesse à venir. »

Par Valmont le 15.12.2007 @ 3:02 am

Quand je suis tombé (paf !) sur cette image, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’anneau pour chiens aperçu au mur du centre commercial. Sur l’écriteau, on peut y lire : “Attache pour chiens.”

“Ah ben, le bel objet ! La belle idée ! Une attache pour chiennes.”

Ma voisine de nana rit. je me demande si elle rirait si…

soumise en laisse

Photo : via Masterem.

Par Valmont le 13.12.2007 @ 11:11 pm

“Une singulière révolte ensanglanta, dans le courant de l’année mil huit cent trente-huit, l’île paisible de la Barbade.

Deux cents Noirs environ, tant hommes que femmes et tous récemment promus à la liberté par les Ordonnances de mars, vinrent un matin prier leur ancien maître, un certain Glenelg, de les reprendre à titre d’esclaves. Lecture fut donnée du cahier de doléances, rédigé par un pasteur anabaptiste, qu’ils portaient avec eux. Puis la discussion s’engagea. Mais Glenelg, soit timidité, scrupules, simple crainte des lois, refusa de se laisser convaincre. Sur quoi il fut d’abord gentiment bousculé, puis massacré avec sa famille par les Noirs qui reprirent le soir même leurs cases, leurs palabres et leurs travaux et rites accoutumés.

L’affaire put être assez vite étouffée par les soins du gouverneur Mac Gregor, et la Libération suivit son cours. Quant au cahier de doléances, il n’a jamais été retrouvé.

Je songe parfois à ce cahier. Il est vraisemblable qu’il contenait, à côté de justes plaintes touchant l’organisation des maisons de travail (workhouse), la substitution de la cellule au fouet, et l’interdiction faite aux « apprentis » — ainsi nommait-on les nouveaux travailleurs libres — de tomber malades, l’esquisse au moins d’une apologie de l’esclavage.

La remarque, par exemple, que les seules libertés auxquelles nous soyons sensibles sont celles qui viennent jeter autrui dans une servitude équivalente. Il n’est pas un homme qui se réjouisse de respirer librement. Mais si j’obtiens, par exemple, de jouer gaiement du banjo jusqu’à deux heures du matin, mon voisin perd la liberté de ne pas m’entendre jouer du banjo jusqu’à deux heures du matin. Si je parviens à ne rien faire, mon voisin doit travailler pour deux. Et l’on sait d’ailleurs qu’une passion inconditionnelle pour la liberté dans le monde ne manque pas d’entraîner assez vite des conflits et des guerres, non moins inconditionnelles.

Ajoutez que l’esclave étant destiné, par les soins de la Dialectique, à devenir maître à son tour, l’on aurait tort sans doute de vouloir précipiter les lois de la nature.

Ajoutez enfin qu’il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui (comme il arrive aux amoureux et aux mystiques) et se voir, enfin ! débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels.

Bref, ce petit cahier ferait aujourd’hui, mieux encore qu’il y a cent vingt ans, figure d’hérésie : de livre dangereux.”

Par Valmont le 12.12.2007 @ 8:03 am

“L’abandon se fout des questions.
Il est, il se vit, il se subit, il se savoure.”

Par Valmont le 09.12.2007 @ 9:06 am

L’obéissance me semble une notion aux contours flous, y compris chez les adeptes bdsm les plus aguerris.

Ce flou dans la définition de l’obéissance engendre des malentendus malheureux et d’importantes difficultés d’application. D’un côté, le manque de constance dans l’obéissance de la soumise suscite beaucoup de frustration chez le dominant. De l’autre, la soumise est déçue de ne pouvoir toujours obéir au dominant, ce qui n’est pourtant pas faute d’essayer.

Le dominant souhaitant obtenir des résultats satisfaisants avec une soumise a besoin de bases plus concrètes que la simple affirmation selon laquelle une vraie soumise obéit toujours à ce qu’on lui demande. C’est un peu court.

On éprouve rapidement les limites de cette approche.

Dans sa grille de travail sur les termes de la soumission érotique et les nuances à faire entre la soumise, la servante, l’esclave et la propriété, Sar distingue trois paliers distincts dans l’obéissance.

Cette approche séduit par sa simplicité.

Chez la soumise, l’obéissance est prise dans son acceptation la plus généralement acceptée dans la vie courante : une personne adopte un comportement différent parce qu’un autre individu, perçu comme une source d’autorité, le lui demande.

L’obéissance de l’esclave dans le cadre d’une relation d’échange de pouvoirs pleinement consentie est une obéissance totale : cette esclave accepte toutes les demandes et toutes les décisions prises par la personne dominante. Elle conserve néanmoins le privilège d’en discuter avec elle. Et cela n’empêche pas l’esclave de prendre des décisions pour elle-même, sur des pans de vie qui la concernent.

Enfin, dans le cadre de la propriété, qui représente le stade le plus achevé dans l’échange de pouvoirs entre deux personnes sur une base consentie, la personne soumise soumet à la personne dominante toutes les décisions qu’elle doit prendre pour elle-même. À ce stade, l’obéissance est inconditionnelle : la personne soumise ne remet en cause ni les décisions, ni les demandes de la personne dominante.

Dans tous les cas, l’obéissance s’applique aux domaines sur lesquels les partenaires impliqués s’entendent. Dans certaines relations, les partenaires peuvent vouloir limiter l’obéissance à la seule sphère sexuelle. Dans d’autres relations, on peut envisager des cas où les partenaires souhaitent inclure d’autres sphères de leur vie dans l’équation. Cela les regarde.

On peut par ailleurs postuler sans trop craindre de se tromper que la durée de l’application de l’obéissance est inversément proportionnelle à son taux de réussite. En d’autres mots, sur une période très courte, disons le temps d’une séance, l’obéissance inconditionnelle est relativement plus simple à réaliser, que si on souhaite l’appliquer sur une plus longue période.

Le manque de constance dans l’obéissance de la soumise suscite beaucoup de frustration chez le dominant. Évidemment. Beaucoup de dominants semblent croire qu’il suffit d’exiger pour recevoir.

Or, de un, je crois fermement qu’exiger, donner des ordres, ça s’apprend. Tout comme le fait d’obéir aux ordres.

Croire que l’on peut tout simplement donner les ordres qui nous passent par la tête ipso facto, c’est la meilleure recette pour mener droit à l’échec de l’interaction bdsm. Tout comme croire que l’on peut obéir à tous les ordres sur le champ. Un peu moins d’orgueil et un peu plus d’écoute de part et d’autre ne peut jamais faire de tort.

De deux, à vouloir placer la barre trop haute trop rapidement, le dominant s’expose à de cruelles désillusions sur son propre pouvoir. Qui plus est, il ne peut en de tels cas qu’augmenter les probabilités que la soumise vive un échec. Une soumise qui vit un échec, c’est un dominant qui vit un échec. Cela ne peut que les mener dans une spirale où l’un et l’autre ne peuvent que sortir perdants, car le dominant risque davantage d’augmenter la dose que de la diminuer, sans quoi il va croire qu’il perd le contrôle de l’interaction.

De l’autre, la soumise est déçue de ne pouvoir toujours obéir au dominant, ce qui n’est pourtant pas faute d’essayer. La pression indue que vit alors la soumise risque de l’amener au mieux à ne pas révéler exactement comment elle se sent, car elle va craindre les représailles. Au pire, la soumise va péter les plombs et l’interaction bdsm risque de dégénérer en guerre verbale.

Il y a une saprée différence entre les trois stades de l’obéissance précités. Ce qui me fait croire que nonobstant les fantasmes et le mélange des genres, on ne peut réellement exiger l’obéissance inconditionnelle dès le départ d’une relation bdsm. Le dominant qui souhaite obtenir un succès sur une longue période de temps imposera à la soumise une gradation dans son obéissance.

Je vois même dans cette gradation une façon simple et efficace pour le dom d’apprendre à gérer l’obéissance de la personne soumise.

Il ne faut se conter d’histoires, l’obéissance inconditionnelle requiert beaucoup de temps, de patience et d’expérience. De part et d’autre du manche. Car même un dominant expérimenté ne saura obtenir une obéissance inconditionnelle d’une soumise novice sur une longue période de temps.

Par Valmont le 06.12.2007 @ 6:13 pm

Pour bien des soumises et des dominants, le collier est un élément important du folklore bdsm, au même titre que le code vestimentaire, les tics de langage, la présence de jouets adultes, l’espace de jeu appelé donjon ou que sais-je. Le mousqueton, tiens.

Le collier va néanmoins une coche plus loin que les autres éléments folkloriques. C’est un geste identitaire fort, c’est l’expression d’une forme de marquage au même titre qu’une marque commerciale. Comme dans le branding pratiqué par les grandes agences de communication et les organisations, le collier indique un positionnement. Il défend un territoire et affirme les valeurs propres de la personne dominante et de la personne soumise liées par cette forme de reconnaissance. Il participe d’une culture nourrie, ce collier. Il forme fréquemment un tandem avec cet autre attribut fort de la marque bdsm : le nom, le pseudonyme.

Le collier peut être sacrément important dans la vie d’une personne soumise, dans sa façon de voir et de vivre son bdsm. En ce sens, porter le collier par jeu est tout à fait honorable. Pour être passé par là.

Le collier peut être saprément important dans la vie d’un dominant. Il témoigne de son pouvoir, de sa force, de ses capacités feintes ou réelles de veiller sur une ou quinze soumises. C’est un élément de prestige important.

le dominant met le collier à la soumise en vue de débuter la séance bdsmLe collier comme partie intégrante du folklore bdsm. Combien de gens considèrent impératif ce folklore qui leur permet de se mettre en train? Sans quoi le décollage est ardu voire impossible?

Bien évidemment, penser à tous ces rôles délicieux que nous pouvons jouer avec tel costume attise l’imagination. Parler de ce qu’on peut accomplir avec une croix de Saint-André nous transporte déjà dans des états d’être hors de nous. Bien évidemment, nous n’aurons pas l’impudeur de dire ici que lui faire humer nos bottes… ou la laisser baiser notre main… déclenche une réaction en chaîne proche de la libération de l’atome.

Bref, le folklore oui quand il est au service de notre imagination et de notre volonté. Je veux bien. Ce sont des outils. Ce ne sont que des outils.

Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.

Contrairement au côté impersonnel du donjon et des jouets de toutes formes, le collier (tout comme le costume) revêt une dimension plus personnelle, ancrée dans l’identité. Il marque pour beaucoup la prise de possession de la soumise par le dominant et sa « protection » de l’environnement bdsm réputé âpre et hostile. Il officialise aux yeux de la soumise et du dominant leur « lien bdsm », de même qu’il exprime aux yeux de qui veut bien le lire et l’entendre l’appartenance de la soumise à ce dominant.

Je dis : prise de possession de la soumise par le dominant, appartenance de la soumise au dominant. Ce sont de grands mots. Certains vont parler d’engagement, d’une certaine forme de reconnaissance, ou encore d’une promesse. Pourquoi pas d’une dette? C’est aux membres de l’interaction d’attribuer le sens du collier envisagé ou de toute autre forme de marquage (bijou, tatou, contrat, titre de propriété, etc.), de même que le moment opportun pour le faire.

Je trouve qu’en général, les gens vont beaucoup trop vite dans ce genre de choses. Mais il s’en trouve pour considérer que des gens comme moi vont beaucoup trop lentement, le rythme de la vie étant si infernal qu’il faille ne rien remettre à demain de peur qu’il ne se pointe pas au rendez-vous. Enfin, tout cela est affaire de choix et je suis heureux de constater aujourd’hui que mademoiselle n’est plus aussi pressée par le collier. Il y a des enjeux beaucoup plus passionnants en cours.

En même temps, chez beaucoup d’autres amateurs de bdsm, le collier n’a rien d’honorable. Il fait parfois peur, son symbolisme lourd ne colle pas nécessairement à ce que certaines personnes cherchent dans le bdsm, prenant pour acquis qu’elles cherchent bien quelque chose dans ces pratiques.

Porter le collier pour prouver quoi? À qui?

Le port du collier n’est qu’une activité bdsm parmi d’autres. Ce n’est pas une obligation de la soumise. Il n’y a pas de loi l’imposant. T’es pas moins dominant ou maitre parce que TA soumise ne porte pas TON collier. Le ciel ne craquera pas si une soumise ne porte pas le collier de son maître pour indiquer le sérieux de sa démarche.

Le collier pour quoi faire? La protéger? Le beau leurre. Comme si la soumise ne pouvait se protéger elle-même. Condition première du caractère sain de sa soumission.

Non mais sérieux, un collier pour quoi faire? Te protéger toi, Monsieur le dominant? À ce moment-là, tu vas te rendre compte vite du caractère éphémère de l’interaction bdsm; surtout si tu as l’occasion de te faire dire un jour par la mère de tes enfants devant la Cour supérieure qu’elle était pas d’accord finalement tout ce temps pour faire du bdsm.

Tu vas alors t’apercevoir qu’elle portait ce collier pour se montrer à toi tellement dévouée et soumise, même devant les amis ou la famille. Tu vas comprendre qu’elle se pavanait en collier à la fois par orgueil, pour prouver sa valeur, par défi, pour narguer l’entourage, par bravade, pour montrer qu’elle était capable de le faire, elle; maniant la disponibilité de son dévouement et de sa soumission dans le registre érotique, à la fois pour exciter les autres mâles autour et embêter leurs femmes.

Collier ou corde au cou?En ce qui me concerne, je vois aujourd’hui le recours à tous ces objets du folklore bdsm comme des sources de bruit dans ma relation avec une soumise aspirante. Comme si on ne pouvait réfléchir ressentir vibrer ni même vivre l’interaction bdsm, ou la relation bdsm à plus forte raison, sans l’aide de tout cet attirail qui obscurcit le jugement au lieu de l’éclairer.

Tu vas voir aussi que la valse des colliers dans la communauté le zhumanity bdsm n’est une danse belle à regarder danser. En fait, je la trouve ni belle ni digne de ce que nous sommes réellement capables de faire.

Photo : Audrey Eroshkin via vertigeetsilence.canalblog.com.