Ce texte est une traduction en français par libertas du texte The Chilling Winds of Cyberia.

J’aimerais savoir ce que les autres n’aiment pas des communications Internet, soit les courriels, les canaux de clavardage, les newsgroups, les sites d’annonces, les sites web, les blogues, enfin tout.

Qu’est-ce qui vous a le plus irrité ? Qu’est-ce qui dans la vie virtuelle vous tape le plus sur les nerfs ? Comment, d’après vous, le monde virtuel est-il si différent de la vie réelle ?

Quand j’essaie de répondre à mes propres questions, je me rends compte qu’il y a tellement de choses que je déteste des communications Internet qu’il serait difficile de résumer cela en moins de 20 pages.

Cependant, je crois que ce que je déteste le plus de l’environnement virtuel est qu’il attire de nombreuses personnes dérangées, dans leur psychisme et leur vie émotive. Des individus qui, dans la vie réelle, traverseraient la rue à toute vitesse pour se sauver, deviennent sur le net des stars ou des gourous.

Les communications virtuelles attirent des gens qui ont quelque chose à cacher. Il est si facile de paraître différent de ce que vous êtes quand les autres ne peuvent vous connaître que grâce à ce que vous tapez au clavier. Cette forme de communication est très attractive pour ceux qui sont sérieusement dysfonctionnels dans leur vie sociale - être cachés sans risque, derrière un écran, les libère de presque toute anxiété sociale.

Alors que cela peut être bon pour certains types de personnes (les timides excessifs ont ainsi un moyen de s’exprimer), cela en amène bien d’autres, déjà malades et dysfonctionnels, à l’être encore plus.

Le monde virtuel attire bien des compulsifs qui ne peuvent contrôler le temps qu’ils allouent au Net et qui prennent au sérieux tout ce qui arrive dans cet environnement artificiel.

Par malheur, ces personnes pitoyables, à cause de leur sérieux et de leur bonne volonté apparents à passer tous leurs loisirs (et beaucoup de temps de travail !) sur le net, sont souvent très admirés par les autres, comme contribuant le plus au monde virtuel qu’ils ont choisi d’habiter, quel qu’il soit.

Personne d’autre ne peut soutenir leur rythme. L’obsession de ces personnes, en plus de les amener à négliger les quelques lambeaux de vie réelle qu’ils peuvent avoir, devient, après un certain temps, une puissance fortement négative.

Quand la période de lune de miel avec le virtuel disparaît, ces gens deviennent des flics virtuels, des gens qui transmettent leur rancune et qui s’engagent dans des vendettas en direct, d’hostiles opposants ou des maniaques des règlements, des plaignards continuels : “Ah ce qu’était ce fameux canal, dans notre temps, avant tous ces nouveaux”, des personnalités virtuelles qui provoquent la haine, la crainte ou la répulsion chez tous les autres.

Même les gens sympathiques, ordinaires, deviennent joliment horribles en direct; le semblant de sécurité de ce média semble leur faire perdre leurs inhibitions bien mieux qu’une bouteille de liqueur forte. D’ordinaire, des gens convenables disent et font à l’écran ce qu’ils n’auraient jamais envisagé dire ou faire en face de vous.

C’est un moyen de communication de la grossièreté égotiste, de l’agression brutale où des gens qui sont des amis un jour sont les pires ennemis le lendemain. Il s’y produit une bizarre sorte de frime et de m’as-tu-vu : cette sorte de frime qui dégénère en des concours de rhétorique à faire frémir la logique, dans des définitions de dictionnaires “entre guillemets” et dans des attaques injurieuses délibérées. Ils se bâtissent un gang solide ou un fan-club de partisans fidèles qui attaquent ceux qui n’en font pas partie.

Quand vous participez au monde virtuel, vous êtes très susceptible de rencontrer ou de vrais malades ou alors des gens normaux qui agissent très différemment et plus étrangement qu’ils ne l’ont jamais fait dans leur vie réelle.

Ajoutez à ce mélange instable un autre phénomène singulier : le fait que ce moyen de communication semble faciliter, pour beaucoup d’entre nous, l’épanchement et la confession à des presque inconnus à propos de notre vie, de nos espoirs, nos sentiments et notre identité, tout ce que nous n’aurions pour rien au monde révélé à un étranger dans la vie réelle avant d’être certains de pouvoir lui faire confiance.

Le sentiment de sécurité d’être derrière un écran d’ordinateur, où personne ne peut nous sauter dessus, nous attraper, nous rend bien moins prudents que nous ne le serions normalement. Mais ce sentiment de sécurité est évidemment illusoire et plusieurs parmi nous s’en sont rendus compte de bien terrible manière.

Quand vous amalgamez des gens qui confessent des détails de leur vie, et ce de façon inconsidérée, avec des gens qui sont drôlement perturbés ou qui du moins perdent tout scrupule à utiliser les aveux des autres contre eux, vous retrouvez les tragi-comédies étranges qui ont lieu quotidiennement sur le Net.

Les vendettas. Les traques. Les harcèlements. Les secrets révélés. Le hacking. Les guerres personnelles. Les expulsions. Des centaines de personnes se sentent profondément blessées et trahies.

Cela m’est arrivé. De même qu’à tous ceux que je connais qui utilisent assez largement ce moyen de communication. Si ce n’était pas si terrible, si des vies et des espoirs personnels n’étaient pas ruinés par cela, ce pourrait être réellement amusant. C’est, à première vue, comme si des adultes, des parents, des professionnels, des gens responsables, décidaient soudain, quand ils sont en direct, de régresser à leur adolescence et d’agir comme des enfants d’écoles ! Toutes ces formations de cliques, ces coups de couteau dans le dos, ces guerres personnelles, ces courbettes devant le “meilleur”, ces faussetés et ces mensonges, toute cette merde, ne vous rappellent-ils pas votre chère époque de l’école secondaire ?

Ce moyen, qui peut amener une adulte responsable et confiante à reculer à une époque immature de sa vie, alors qu’elle était confuse et manquait d’assurance (et où souvent elle faisait des stupidités à cause de cela), je ne le recommanderais pas à mes amis.

Malheureusement, beaucoup de mes amis kinky étaient déjà pris au piège de ce monde avant que je ne les rencontre, et tous, à un degré plus ou moins grand, en ont assez souffert.

Je pense que ceux d’entre nous qui pouvons voir au-delà de l’apparence brillante du monde virtuel ont, envers ceux qui pensent que c’est l’invention la plus extraordinaire depuis les boutons à quatre trous, l’obligation d’essayer d’insuffler un peu de sérieux et de réalisme dans leurs fantaisies. Peut-être que de telles piqûres de réalité leur donneront quelque chose à quoi s’accrocher, à se rappeler, plus tard, lorsque leur oh ! combien merveilleux monde virtuel va commencer à s’effriter sous leurs yeux et que leurs oh ! combien merveilleux amis virtuels les auront abandonnés ou trahis.

Comme si les dingues, les prédateurs et les trous du cul ne suffisaient pas, il existe aussi ce désagréable petit problème des malentendus lorsque tout ce que vous faites est de taper l’un et l’autre.

Sans gestes ni expressions faciales, sans le ton de la voix, pour vous indiquer quoi que ce soit, même ceux qui s’expriment le plus clairement donnent dans des confusions incroyables. Le Bien-intentionné A ne réalise pas que le Bien-intentionné B a fait une blague dans son dernier courriel, et voilà ! Le Bien-intentionné A se sent blessé et trahi, et prend à partie le Bien-intentionné B qui, à son tour, bouleversé de cette soudaine attaque vitriolique de A, la lui retourne aussi sec.

Finalement, pour couronner le tout, le conformisme virtuel favorise la pire sorte de fausse information.

N’importe lequel groupe social à demi organisé impose une structure ; un ensemble de règles ; certains parlent et d’autres se taisent ; une idéologie s’impose aux membres. Les aspects de cette idéologie aident à pourvoir le groupe d’une structure et d’un ensemble de règles qui aident les non-membres à savoir si c’est un genre de groupe auquel ils veulent adhérer ou non.

Souvent cette idéologie se compose de truismes ou de sciences qui ne sont ni vrais ni sages. Le groupe les accepte comme vrais, d’ordinaire parce que cela les rassure ou flatte leur ego de le croire ou parce que quelqu’un ayant bien du charisme, sans être très brillant ou averti, les a imposées au reste du groupe.

Une couple d’exemples de ces fausses lapalissades BDSM : “Les gens du S&M sont plus intelligents que la moyenne des gens de la rue” ou “Tu ne peux pas être un bon dom à moins que tu n’aies d’abord été soumis.”

La première de ces fausses vérités est une de celles émises par les membres de plusieurs groupes minoritaires. Les gens pensent toujours que les groupes auxquels ils s’associent comprennent la crème des personnes comparé à la population globale. Cette croyance est essentiellement une pensée égotiste. Si vous pensez ainsi, cela vous aide à vous sentir à l’aise dans un groupe spécial. Bien entendu, cela est faux.

La deuxième de ces fausses vérités est un concept qui origine des gays cuirs, mais qui a été largement adopté par les hétéros kinky au cours des années.

C’est encore pour satisfaire un besoin de l’ego. Plusieurs personnes qui ont eu des expériences de soumis et qui, par après, ont décidé d’être dominants, sont honteux d’avoir d’abord été soumis.

Pour ces personnes qui manquent de confiance, cette maxime réussit ainsi à justifier leur expérience de soumis, de même que, selon leur propre appréciation, elle les place au-dessus de tous les dominants naturels qui ne peuvent avoir, et qui n’auront jamais, une expérience de soumission.)

Ceux qui ne croient pas, ou ne se conforment pas, à l’idéologie régnante d’un groupe sont bannis sans égards au fait que leur contribution puisse être intelligente, importante ou concrète. Dans ce contexte, les groupes donnent l’impression de passer par un cycle naturel : naissance, vie, mort.

Au début ils sont relativement souples et ouverts aux nouvelles idées. Avec le temps, pris dans le carcan que les puissants et respectés “vieux de la vieille” développent, (comme un formidable accroissement de crustacés à la coque d’un navire rend ses voyages dangereux et difficiles), le groupe commence à décourager la diversité et les nouvelles idées. Celles-ci sont perçues comme provocatrices et menaçantes envers la façon habituelle de faire et de penser.

Souvenez-vous, les gens qui inévitablement finissent à la tête de ces groupes sont habituellement les individus les plus obsédés et dysfonctionnels.

Ces personnes vont imposer à l’ensemble du groupe leurs idées souvent fausses et qui les servent eux-mêmes - a propos du BDSM, par exemple. Les nouvelles idées menacent le pouvoir social que les “Vieux” ont construit pour eux-mêmes à l’intérieur du groupe et donc doivent être réprimées.

Souvent une nouvelle idée ou expérience va contredire les vieux préceptes confortables que les “Anciens” favorisent comme ayant toujours été, donc la personne qui la présente doit être attaquée et montrée comme nuisible, dégoûtante, manipulatrice ou menteuse.

Je ne connais pas de remède à cela. Tous les groupements passent par ce cycle. Malheureusement, même cette liste Latches va connaître cela un jour. C’est inévitable. Mais pour l’instant nous sommes dans notre enfance, alors il devrait se passer un bon bout de temps avant que cela ne se produise. Beaucoup de choses valables et profitables peuvent arriver d’ici la fin.

Toute cette démonstration de cycle naturel des groupes signifie que les communautés BDSM virtuelles auxquelles vous adhérez, que ce soit des canaux, des listes de courriel, des News groups ou quoi que ce soit, sont susceptibles de faire circuler, à propos de la domination et de la soumission, un ensemble d’idées et de positions allant du plus incroyablement stupide au tout simplement faux.

Mais tous et chacun dans ces groupes acceptent ces idées comme des réalités absolues. Lorsque quelqu’un essaie d’ouvrir la bouche et de dire, comme dans le conte, que “L’empereur n’a pas d’habit” cette personne est tournée en dérision, ridiculisée, attaquée et le plus tôt possible, rejetée du groupe.

Les groupes virtuels sont imputables pour une masse de fausse information qui circule sur le net à propos de la D&S. Ces faussetés nous blessent tous parce qu’elles nous donnent de fausses attentes, nous font tirer de fausses conclusions et prendre de mauvaises décisions.

Je déteste tout cela du monde virtuel.

Par-dessus tout, je déteste comment les gens, en dépit de ces effarantes et laides réalités, font l’éloge de ce merveilleux nouveau moyen de communication, révolutionnaire et libérateur. Un meilleur moyen de communiquer. Un meilleur lieu de face à face avec autrui.

Meilleur, mon cul ! C’est la forme de communication la moins efficace, la plus isolante, et la plus merdique.

Ses seuls avantages sont : il est relativement instantané (mais même cela peut être un désavantage ; combien de gamins impatients et irritables avez-vous connu qui capotent et croient que vous les détestez si vous ne répondez pas à leur courriel en dedans de deux heures ?) et cela vous permet d’avoir accès à des gens et des idées que vous ne pourriez pas trouver aisément même en les cherchant dans le monde réel.

La meilleure chose qui puisse être dite à propos du virtuel est, je crois, que cela peut servir de pont vers quelque chose de réel, de meilleur que ce que vous ne vivez actuellement.

Pour les adeptes du BDSM, c’est aussi un répit temporaire à la solitude et à l’isolement que plusieurs d’entre nous ressentons dans nos communautés respectives présentes.

Nous pouvons trouver le dominant de nos rêves en direct beaucoup plus rapidement qu’en le cherchant en personne.

En essayant d’accélérer le processus afin de satisfaire nos besoins et désirs les plus profonds, nous courons le risque d’être atteints par le matraquage publicitaire virtuel : en venir à croire que ce moyen de communication appauvrissant et aliénant est, d’une façon ou d’une autre, plus réel et bien meilleur que les riches moyens qu’il remplace.

Si nous croyons à ce battage publicitaire, nous sommes perdus. Non seulement ce pitoyable monde virtuel devient un substitut à la vie réelle et à sa richesse sensible, mais ce ne sera qu’une question de temps avant que nos rêves naïfs du merveilleux merveilleux monde virtuel ne nous fracassent la tête.