Comparant les revendications gaies au manque de revendications des adeptes bdsm, Mona Sammoun dans Tendance SM – Essai sur la représentation sadomasochiste, relaie cette diatribe lancée par des participants à la SM Pride londonienne :
« Pourquoi être membre d’une organisation SM? Parce que nous sommes renvoyés de notre boulot en tant que SM. Parce que nos enfants nous sont retirés. Parce que nous sommes harcelés par les médias et persécutés par la police. Parce que nous sommes qualifiés de ‘malades mentaux’. Parce que notre consentement n’est pas considéré comme une défense. Parce qu’on nous apprend à nous haïr nous-mêmes. Parce qu’on est accusés de ‘maltraitance’. Parce que nous sommes de plus en plus nombreux à sortir du placard tous les jours. Parce que nous refusons l’intimidation. Parce que nous avons tous le droit à une vie privée. Parce que nous sommes fiers. »
Je récuse fortement cette vision par trop « adolescente » des choses. Ma propre histoire personnelle, en regard de ces questions, dément ces faits. Vous me direz que je vis au Québec, et non au Maryland, dans le Lincolnshire, en Val-et-Marne ou dans le Vaudois. Et qu’il y a possiblement des différences d’appréciation entre les endroits, sauf pour une chose : l’expression publique des fantasmes bdsm.
Mais je vous le demande : a-t-on vraiment besoin de promener sa soumise en laisse à quatre pattes durant l’heure de pointe? Qu’a-t-on à prouver exactement?
Si les gais et les lesbiennes ont besoin de reconnaissance et de protection, c’est que ces gens ne choisissent pas d’être gais ni lesbiennes, quoi qu’en disent l’imam Jaziri et Benoit XVI.
De nombreux gais et lesbiennes font le choix de cacher leur orientation sexuelle pour mille raisons. Cela les regarde.
En matière de bdsm, il ne faut pas confondre l’organe et la fonction. L’amateur de pratiques bdsm a toujours le choix. Le choix de reconnaître ou non ses désirs de servitude ou ses fantasmes de domination érotique. Le choix d’entrer dans des interactions bdsm avec autant de personnes que voulues. En toute connaissance de cause. Quitte à se lancer dans du power exchange diving sans précaution ni sécurité, aimant flirter avec le réel danger, comme les amateurs de barebacking qui désigne ces rapports non protégés entre séronégatifs. Autrement dit, entre gens qui portent en eux le virus du VIH.
Le bdsm peut devenir une partie importante de notre identité, j’en conviens, mais il n’est pas notre identité. On peut très bien se définir comme une personne pratiquant le bdsm, et pourtant se passer du bdsm durant une longue période de temps et ne pas s’en porter plus mal.
Freud a beau dire que tous les enfants portent en eux des pulsions sadiques et masochistes, et qu’en grandissant normalement, ces pulsions se résorberaient d’elles-mêmes, je ne saisis pas le point de vue des gens qui affirment que le bdsm est une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité. Le bdsm transcende les orientations sexuelles.
Laissons parler Sammoun :
« Contrairement aux homosexuels dont la préférence sexuelle est vécue comme une marque de leur identité, les sadomasochistes peuvent être en même temps hétéros, homos, bisexuels, travestis ou transsexuels. Leur pratique remet en question la plupart des repères définis par la médecine : les notions de féminin, masculin, actif, passif, etc. Le discours sur la sexualité élaboré au XIXe siècle, et poursui par les psychanalystes jusqu’à aujourd’hui, suscite le débat. La déconstruction de ce discours est en cours et la déculpabilisation des tendances sexuelles et minoritaires se poursuit. »
Bref, l’adepte bdsm a toujours le choix de faire du bdsm. Mais il pourrait tout aussi bien sublimer son agressivité en s’adonnant à la boxe. Il pourrait très bien assumer ses pulsions de soumission dans la plongée sous-marine. Ou vivre les plus grands frissons en sautant en parachute ou en gagnant le gros lot à l’émission Le Banquier.
Je reviens à ma propre histoire, en regard à la citation au début de ce billet.
Ça m’a pris un certain temps à le comprendre et l’accepter, mais je constate que je ne perds pas la garde de mes enfants parce que je pratique le bdsm.
On me retire la garde de mes enfants parce que leur mère prétend que si elle se prêtait au jeu au départ, elle a changé d’idée en cours de route. Qu’elle n’était plus d’accord, qu’elle n’était plus consentante aux échanges de pouvoirs. Et que par conséquent, elle vivait sous une emprise négative, maléfique, la peur, la crainte pour elle et ses enfants. Elle n’a pas besoin de le prouver formellement. Seule sa crainte suffit.
Cela n’est malheureusement pas différent des cas classiques de violence conjugale où devant la femme qui prétend avoir été battue, le père voit fondre ses recours parce que l’appareil judiciaire a mis en place (et avec raison) des mécanismes permettant de protéger les femmes des abus et de la violence.
Or, la Cour ne doit pas me considérer si dangereux pour mes enfants malgré des affirmations odieuses de leur mère et malgré les allégations les plus surréalistes. Car la Cour me confie la garde des enfants une fin de semaine sur deux, seul, sans supervision ni encadrement, sans personne pour prendre des notes sur mes paroles, mes gestes et mes comportements envers mes enfants.
La Cour ne doit pas me considérer dangereux car je n’ai jamais fait l’objet d’aucune plainte, je n’ai jamais été arrêté ni inculpé de quelque chef que ce soit, bien que j’aie confessé volontiers et sans honte faire du bdsm sur une base régulière devant la Cour et les services sociaux.
La mère a prétendu devant le magistrat qu’elle m’avait retiré son consentement, mais que je n’étais pas d’accord à ce qu’elle sorte du jeu bdsm. Or, c’est amusant de constater qu’au moment où elle fait cette affirmation sous serment, il y avait déjà deux ans que nous avions remisé le bdsm sous le boisseau, avec la venue d’un premier enfant, puis d’un second. En d’autres termes, elle se mêle dans ses pinceaux, la madame. Elle jongle avec les faits. Elle manie adroitement les demi-vérités. Elle prétend que je ne respecte pas son consentement face aux jeux bdsm, mais il y a déjà deux ans que nous n’avons plus aucune interaction bdsm.
Quelle emprise! Quel manque de choix! Quelle malheureuse petite victime d’un grand méchant loup!
Sans le dire ouvertement, je sens que les juges devant lesquels nous sommes passés depuis 2004 ne la croient pas cette mère. Sinon, ils ne me laisseraient pas les enfants. Elle peut faire de l’obstruction en refusant de collaborer, et multiplier les plaintes et les procédures, nous revenons toujours à la case de départ : on ne peut empêcher des enfants de voir un père qui ne représente aucun danger pour eux et qui veille à leurs besoins.
De l’autre côté, sauf conditions bien spécifiques, ces juges ne peuvent pas m’accorder la garde partagée car selon la loi, pour ce faire, il faut qu’en dernier recours, madame soit d’accord pour parvenir à cet équilibre dans les responsabilités parentales des uns et des autres.
Bienvenue dans le domaine de l’arbitraire. Tout le contraire de l’échange de pouvoirs sainement consenti.
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