« Il est absolument clair que dans l’activité que j’exerce, il n’y a pas place pour les fabulateurs, les psychopathes, les obsédés sexuels qui ne viendraient pas chez moi pour puiser dans la richesse de mes rites et dans l’esthétique de mes pratiques, mais simplement chercheraient à assouvir des pulsions incontrôlables ou déviantes. La satisfaction d’un goût pervers dénué d’aspiration à la beauté sacrée du jeu est exclue; un peu comme dans un camp de naturistes, lorsque des voyeurs habillés viennent mater la nudité des corps et sont immédiatement écartés du groupe.

Les femmes qui me confient leur intimité doivent pouvoir avoir une confiance aveugle en leur Maître, même si la jouissance que je leur procure est fondée sur la peur. Peur, oui, mais une peur dont j’ai fixé le cadre de A à Z, où le risque n’a pas sa place. Je n’ose un instant imaginer que dans l’Alcôve, lorsque je livre la soumise aux godes à pattes, celle-ci se trouve confrontée à un individu qui la violentera pour de bon, qui ne respectera pas les règles de la mise en scène du viol…

Ne resterait que la douleur, l’humiliation sans plaisir, le corps brutalement saccagé. »

Patrick Le Sage dans Journal d’un Maître, récit, Flammarion, 2005.