Il y a quelques semaines, j’ai eu une discussion fort intéressante avec deux copines « Scélérates ». Un grand merci à vous deux.
Cette discussion portait sur la jalousie et l’infidélité. L’une des copines nous a expliqué sa perception de la jalousie versus l’infidélité génétique, mais également sur le besoin ou fantasme qui semble répandu en BDSM, celui de posséder deux ou plusieurs soumises.
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette théorie, je vous explique en quelques lignes.
Robert Wright est journaliste scientifique à l’hebdomadaire The New Republic à Washington. Il y a quelques années, il s’est passionné pour les travaux de Charles Darwin et une nouvelle discipline qui les appliquait à l’homme. En août 1994, son ouvrage L’animal moral est publié aux Etats-Unis. Le succès et la polémique le suivent de près.
Selon M. Wright, l’infidélité masculine est inscrite dans l’évolution de l’espèce. Le but vital de l’homme étant d’assurer sa descendance, il se doit de collectionner les conquêtes féminines. En ce qui concerne les femmes, une fois le géniteur idéal déniché, elles n’auraient aucune raison de batifoler ailleurs…
« Les hommes infidèles prétextent l’ennui alors que les femmes évoquent leur envie d’être heureuse. C’est pourquoi en ayant des relations intimes avec le plus possible de femmes, l’homme augmente ses chances de transmettre ses gènes. Sur le plan de l’hérédité, il a tout intérêt à être polygame, au contraire de la femme qui ne cherche pas à passer sa vie enceinte ! Et des femmes infidèles, pourquoi existent-elles ? Au même titre que les hommes fidèles. Nous effectuons des choix moraux qui peuvent contredire le message émis par nos gènes.
Organisé pour vivre une polygamie sans soucis, le mâle est donc majoritairement monogame. Il doit se soucier de protéger ses gènes qu’il multiplie en ayant des enfants. L’homme qui trompe sa femme, quelque soit le prétexte, a l’appétit du chasseur qui ne peut laisser passer une proie aussi séduisante. À ce stade, le biologique s’oppose au psychique : “nous avons inventé la jalousie pour mettre un peu d’ordre dans les choses”.
L’homme est jaloux pour ne pas voir sa femme transmettre les gènes d’un autre et cette dernière est jalouse pour ne pas être abandonnée. Une inégalité flagrante, pourquoi seul l’adultère féminin est-il condamné dans la majorité des sociétés ? Tout simplement parce que ce sont les hommes qui font les lois! »
Référence: Au bonheur des hommes.
Je trouve que cette théorie est la plus belle excuse pour déculpabiliser et excuser l’homme. « Je n’y peux rien c’est dans mes gènes ».
Tromper n’est plus l’apanage des hommes. Les femmes sont aujourd’hui aussi nombreuses qu’eux à tenter l’aventure extraconjugale.
Lorsque j’amène la situation qu’une « soumise » aimerait aussi ou qu’elle a aussi comme fantasme de connaître l’expérience BDSM avec d’autres dominants que le sien, on allègue que les « hommes et particulièrement dominants » peuvent facilement dissocier amour et sexualité, « les femmes et les soumises libertines » elles, s’engagent davantage dans une relation affective que sexuelle. Plus portées à éprouver un sentiment de culpabilité, elles ont également plus d’états d’âme.
L’infidélité les amène à s’interroger sur le sens du bonheur, de leur couple, de leur vie. Elles sont tentées de tout remettre en cause. Selon certaines études, les femmes sont aussi plus enclines à tout quitter pour leur amant, tandis que les hommes n’envisagent presque jamais de poser un tel geste. Autre différence : l’infidélité féminine semble moins préméditée.
Les hommes repèrent, s’organisent, partent en chasse, puis trompent. Leurs compagnes succombent presque par hasard, par accident. Il suffit d’un élément déclencheur, d’une rencontre inattendue.
Si les femmes éprouvent une jalousie émotionnelle et redoutent que leur douce moitié ne s’attache à une autre et les abandonne, elles et leur progéniture, les hommes craignent surtout que leur compagne ait des rapports sexuels avec un autre et qu’elle soit fécondée à leur insu. Cette jalousie sexuelle typiquement masculine s’expliquerait par la crainte des mâles de devoir prendre en charge un enfant qui n’est pas le leur. Comme le dit l’adage : « On sait toujours qui est la mère, mais on ne sait jamais qui est le père. »
Peut-être que cela avait du sens il y a quelques années. Mais aujourd’hui, sachant que la femme prend des moyens contraceptifs, qu’elle se protège, car même aujourd’hui cela appartient à la femme de voir à cela, je me demande pourquoi les « hommes dominants » ou certains « hommes dominants » afin de ne pas généraliser, pourquoi ces hommes refusent que leurs soumises soit « prêtées » ou simplement accepter qu’elle vive leur sexualité avec d’autres partenaires.
On demande à la soumise de canaliser, contrôler, dépasser sa jalousie lors de l’arrivée d’une autre soumise, mais je trouve que certains dominants se cachent derrière des prétextes comme « tu n’es pas prête »ou « je dois voir à ton éducation car elle est loin d’être parfaite » ou « je dois voir à ta sécurité », prétextes selon moi, pour ne pas affronter leur propre jalousie, craintes ou peurs. Refuser à une soumise certaines libertés et en plus lui imposer une forte abstinence jusqu’à ce que le Maître décide que cela suffit à son éducation (!!) il ne reste à ce moment à la soumise que le choix entre un désir qui sera toujours inapaisé, l’infidélité ou la névrose.
Pourquoi la soumise doit-elle accepter d’être monogame tandis que le dominant soit polygame ? Il y a quelques choses de faux lorsque l’on demande d’accepter d’autres partenaires et de ne pas permettre la réciproque. Je ne crois pas à cette infidélité génétique pour justifier le désir de posséder d’autres soumises. Je ne crois pas davantage que cela fasse partie intégrante de l’évolution, du cheminement de la personne soumise.
Il y a des couples pour qui ce cheminement est accepté de part et d’autres, pour des raisons qui leur appartiennent et c’est très bien. Il y a aussi des hommes et des femmes qui veulent expérimenter la pluralité et c’est aussi très bien. Nous ne parlons plus d’infidélité à ce moment mais d’un choix de cheminement. Mais lorsqu’un couple affiche la monogamie et pour une raison quelconque, l’un des partenaires choisit d’introduire une tierce personne et que l’autre doit assumer ce choix (le plus souvent ce que je vois ou entend c’est la soumise qui doit accepter) alors oui il y a des questions à se poser.
L’infidélité n’a rien d’une fatalité génétique. Ses véritables origines ? Des besoins légitimes insatisfaits tout simplement.
Plusieurs soumises comparent leur couple ou relation BDSM à un mariage. La même philosophie et principes s’y rattachent, du moins de la part de la soumise. Plusieurs expriment qu’elles ne désirent surtout pas reproduire le « mariage vanille » qu’elles ont connu pendant des années. Pourtant, plusieurs d’entre elles veulent transformer leur « Maître » en mari. Elles n’ont pas compris qu’en faisant cela, elles ne récolteront « qu’un mari » justement.
L’inverse est aussi vrai. Interdire d’expérimenter la pluralité chez sa soumise, c’est vouloir aussi la transformer en « épouse » et c’est ce qu’ils récolteront « qu’une épouse ».
Est-ce possible de dissocier le mari, l’amant et le Maître en nous ?
Est-ce possible de dissocier la soumise, l’épouse, et la putain en nous ?
Les soumises travaillent très fort pour canaliser leur jalousie pour cheminer vers une relation différente de ce qu’elles ont apprise ou connue. Certaines d’entre elles arriveront à dépasser ce sentiment afin que son partenaire puisse vivre librement ses fantasmes. Malheureusement je vois très rarement le contraire, les dominants se cachant derrière l’éducation de leur soumise pour refuser de faire ce même cheminement ou alléguant l’infidélité génétique.
Photo : Terry Richardson via thistle138.
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