Je n’ai jamais compris toutes ces chicanes entre l’inné et l’acquis, chicanes qui prennent feu dans toutes les sphères de la vie humaine.

Je comprends encore moins quand on (se) pose la question en matière d’échange de pouvoirs érotiques, ni à quelles fins cela peut bien réellement servir.

Quel que soit la réponse qu’on souhaite donner à cette question, il n’en demeure pas moins que dans toutes les sphères, l’humain cherche à améliorer ses connaissances, à augmenter ses capacités, à corriger ce qui ne va pas et à rendre meilleur ce qui va déjà bien.

Pourquoi il en serait différent dans la sphère sexuelle?

Tous les matins, les sportifs du monde entier (y compris des millionnaires qui gagnent leur pain de cette façon) se lèvent pour pratiquer, garder la forme, se remettre en train. Des gens d’affaires assistent à des séminaires de formation sur le leadership, la résolution de conflits, les styles de gestion. Des gens de tous les horizons suivent des ateliers sur xyz intérêt. Des mamans et des papas ont l’humilité de reconnaître qu’ils n’ont pas tous les outils pour encadrer leur marmaille et recourent à l’aide disponible.

Pourquoi il en serait différent dans la sphère sexuelle?

Il y a de ces discours continuellement émaillés des termes “naturel”, “instinctif”, “naturellement”, lesquels reflètent le courant de pensée le plus largement partagé dans la mouvance bdsm, courant de pensée selon lequel la domination est naturelle, l’autorité est naturelle, la soumission est naturelle, obéir est naturel, servir est naturel.

On peut avoir de très bonnes intentions, on peut vouloir fort, on peut même être bon et laisser l’amour fleurir. N’empêche qu’apprendre à communiquer ses besoins et ses émotions (que l’on n’apprend nulle part) n’a rien de naturel. Gérer les légitimes et saines tensions au sein de la relation (que l’on n’apprend nulle part) n’a rien de naturel. Si l’autorité ne s’improvise pas, apprendre à distinguer les désirs des besoins de la personne soumise est un long apprentissage, autant pour la personne dominante que la personne soumise. On peut vouloir en faire l’économie, cela regarde chacun.

Oh, entendez-mouah bien : apprendre à manier les boules chinoises ne fait pas de nous un dominant. Lire tous les livres de Pat Califia ou de Jay Wiseman ne fait pas de nous un dominant.

Entendu au début de l’été dans une conversation devant un repas aussi copieux que délectable : “être dominant ne s’apprend pas; dominer s’apprend”.

Je trouve la nuance fort intéressante.

À mon sens, tout ce débat entre l’inné et l’acquis occulte deux points vitaux dans l’approfondissement de la relation basée sur l’échange de pouvoirs érotique :

  • dominer s’apprend,
  • dominer requiert du travail, sur soi et sur l’autre.