Par liberté{+} le 07.10.2007 @ 9:13 pm

Dans son livre Le complexe de Cendrillon, Colette Dowling écrit :

“ La dépendance personnelle — psychologique —, le besoin profond d’être prise en charge par les autres (entendre le prince charmant) est la principale force qui immobilise les femmes aujourd’hui. C’est ce que j’appelle le complexe de cendrillon, soit tout un réseau d’attitudes et de peurs largement refoulées qui maintient les femmes dans une sorte de pénombre et les empêche d’utiliser pleinement leur intelligence et leur créativité.

Le Complexe de CendrillonComme Cendrillon, les femmes attendent encore aujourd’hui qu’un élément extérieur transforme leur vie.

Le désir d’être sauvée

Le fil de mes pensées s’interrompt brusquement et je sais : je suis toujours seule. Elle est apparue soudain, sans préparation aucune, cette vérité que je m’appliquais tant à fuir : je hais la solitude. Je voudrais être un kangourou, vivre à l’intérieur de la peau de quelqu’un d’autre. Plus que d’air, d’énergie, et même de vie, j’ai besoin d’être à l’abri, au chaud, je veux qu’on me prenne en charge. Et je découvre avec stupéfaction que cela n’a rien de nouveau. C’était là, cela fait partie de moi. Depuis longtemps.

Depuis cette journée, j’ai appris qu’il y a d’autres femmes comme moi, que nous sommes des milliers et des milliers à avoir grandi d’une certaine façon et à nous être retrouvées incapables d’affronter la réalité de l’âge adulte, à savoir que nous sommes seules responsables de nous-mêmes. Et si nous le reconnaissons pour la forme, au fond nous ne l’acceptons pas. Tout dans l’éducation que nous avons reçue nous a dit que nous ferions partie de quelqu’un d’autre, que nous serions protégées, entretenues, maintenues à flot par la félicité conjugale jusqu’au jour de notre mort.

Et bien sûr, l’une après l’autre et chacune à notre manière, nous avons découvert qu’on nous avait menti. Mais il a fallu arriver aux années soixante-dix pour que s’amorce notre virage culturel et qu’on prête attention aux femmes, qu’on réfléchisse à leur identité profonde, qu’on les traite autrement que par le passé. On attendait plusieurs choses de nous. on nous disait soudain que nos vieux rêves de petites filles étaient fades et déshonorants et qu’il y avait mieux à désirer : l’argent, le pouvoir et, condition insaisissable entre toutes, la liberté. La capacité de choisir ce que nous allions faire de nos vies, ce que nous penserions, ce que nous jugerions importants. La liberté est préférable à la sécurité, nous disait-on; la sécurité paralyse.

Mais, nous nous en aperçûmes vite, la liberté fait peur. Elle nous offre un champ de possibilités pour lesquelles nous ne sommes pas toujours armées : la promotion, la responsabilité, l’occasion de voyager seules, sans homme qui nous fraie le chemin, la chance de nous faire des amis personnels. De nombreuses perspectives s’ouvrirent très rapidement aux femmes, mais cette liberté s’accompagnait de nouvelles exigences : nous devions devenir adultes et cesser de nous abriter derrière la protection de quelqu’un que nous avions résolu d’estimer « plus costaud » , nous devions commencer à prendre des décisions fondés sur nos propres valeurs, et non plus sur celles de nos maris, de nos parents, ou de quelque professeur.

La liberté exige que nous devenions vraies, fidèles à nous-mêmes. Et c’est là, que soudain tout se complique; lorsque nous renonçons à ne plus être que la bonne épouse, la bonne fille ou l’élève « accomplie ». Il est évident qu’en nous détachant de ces modèles imposés pour nous affirmer seules, nous constatons que les valeurs que nous croyions nôtres ne le sont pas. Elles appartiennent à d’autres — aux personnes marquantes d’un passé tout aussi indélibile et qui englobe tout. L’heure de vérité sonne enfin : « Je n’ai pas vraiment de convictions personnelles. Je ne sais pas vraiment ce que je crois. »

Cette prise de conscience peut être particulièrement éprouvante. Tout ce qui nous paraissait naguère si sûr semble s’ébouler, comme à la suite d’un glissement de terrain, et nous nous retrouvons doutant de tout et terrifiées. La disparition vertigineuse de structures anciennes et dépassées — ces convictions auxquelles nous ne croyons plus —, peut signifier le début de la vraie liberté. Mais le fait qu’elle soit terrifiante peut aussi nous faire battre précipitamment en retraite vers ce qui est sûr, familier, connu.

Pourquoi, alors que nous avons la possibilité d’aller de l’avant, préférons-nous en général tourner les talons ? Parce que les femmes ne sont pas habituées à affronter leur peur et à passer outre. On nous a encouragées à éviter tout ce qui nous effraie, on nous a appris, depuis la petite enfance, à ne faire que ce qui nous procure un sentiment de bien-être et de sécurité.

On ne nous a pas préparées à la liberté; on nous a préparées à son inverse, à la dépendance.

Le conflit s’amorce dès l’enfance, dans cette période où nous étions en sécurité, où l’on s’occupait de tout pour nous et où nous pouvions compter sur papa et maman à chaque fois que nous avions besoin d’eux. Nos nuits ignoraient les cauchemars, les insomnies ou la litanie envahissante et obsédante de ce que nous avions raté ou aurions pu mieux réussir ce jour-là.

Nos nuits, c’était d’être dans nos lits à écouter le bruit du vent dans les arbres jusqu’à ce que vienne le sommeil. Il existe, comme je l’ai appris, un rapport entre notre besoin féminin de tâches domestiques et ces rêveries lénifiantes à propos de l’enfance, qui semblent se situer juste au-dessous de la surface du conscient.

Ce rapport est lié à la dépendance, au besoin de s’appuyer sur quelqu’un - de retrouver l’enfance, d’être nourrie, prise en charge, protégée. Ces besoins de dépendance persistent en nous à l’âge adulte et réclament leur satisfaction au même titre que notre besoin d’indépendance. Jusqu’à un certain point, ils sont parfaitement normaux, chez les hommes comme chez les femmes. Mais chez celles-ci, on encourage dès l’enfance un besoin de dépendance malsain. Pour peu qu’elle s’analyse, n’importe quelle femme sait qu’elle n’a jamais appris à accepter l’idée de se prendre en charge, de se défendre, de s’affirmer. Elle peut, au mieux, avoir joué le jeu de l’indépendance tout en enviant intérieurement les garçons (et plus tard les hommes) pour leur propre indépendance apparamment si naturelle.

Ce n’est pas la nature qui confère aux hommes cette autonomie : c’est leur éducation. Ils apprennent à être indépendants à partir du jour de leur naissance. Et tout aussi systématiquement, les femmes apprennent qu’elles sont hors de la course, qu’un jour, d’une façon ou d’une autre, quelqu’un viendra les sauver. C’est le conte de fées, le message de vie que nous avons en quelque sorte absorbé en même temps que le lait maternel. Nous pouvons aller voir un peu ce qui se passe ailleurs, nous irons à l’université, nous travaillerons, nous voyagerons, peut-être même gagnerons-nous confortablement notre vie, mais sous tout cela subsiste le sentiment que ces expériences ont quelque chose de limité dans le temps. Il nous suffit de tenir bon, de poursuivre le conte de notre enfance, et un jour quelqu’un viendra nous sauver de l’anxiété indissociable d’une vie authentique. (Le garçon, lui, apprend qu’il ne peut compter que sur lui-même.)

Comme Simone de Beauvoir l’observait pertinemment il y a plus d’un demi-siècle, les femmes acceptent leur soumission pour éviter la tension qui naît d’une vie authentique. Parce que bichonner ses plates-bandes, faire sa liste de course et être une bonne « partenaire » — entretenue —, crée moins d’anxiété que le fait d’être lâchée dans le monde adulte et d’avoir à se débrouiller seule. ”

Cendrillon

Photo : jesF.

Par liberté{+} le 26.09.2007 @ 9:56 am

Je m’exprime en tant que soumise. Je suis davantage soumise psychologique que masochiste. Je suis bien consciente que cette soumission a un lien direct avec l’éducation que j’ai reçue.

En grandissant, je suis devenue plus subtile et plus rationnelle dans mon indépendance, dans mon besoin d’obéir.

Les soumises conservent leur besoin de dépendance longtemps après que soit révolue l’étape de leur développement où ce besoin est normal et sain. À l’insu des autres — pire, à notre insu —, nous portons en nous la dépendance comme une maladie qui nous immuniserait de la prise en charge, qui nous éviterait de nous prendre en charge. Elle nous accompagne depuis notre enfance cette dépendance et nous l’insérons dans notre vie professionnelle et dans ce “compromis” adéquat qu’est le mariage.

Les femmes, particulièrement les femmes soumises, sont des créatures qui ne vivent qu’en fonction de la relation à l’autre. Elles donnent et ont besoin de recevoir. On nous l’a seriné des années durant : c’est dans notre nature.

Voici votre boisson, Maître

Photo : Suze Randall.

Dans le domaine de l’amour, il me faut être très vigilante dans le choix de mon compagnon. Je dois le choisir dans le but de me partager dans la joie, et non le choisir à cause de mon besoin compulsif et indiscriminé d’être aimée, désirée, approuvée, prise en charge.

C’est aussi ce même besoin qui me pousse à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter les disputes, la désapprobation, les regards sévères, la colère de l’autre. C’est aussi le même besoin qui me cache le fait que tout le monde n’est pas gentil et digne de confiance dans la vie, si bien que je m’effondre dès que l’on est méchant ou hostile avec moi. C’est ce même besoin enfin qui me fait prendre la “seconde place” et endosser automatiquement les reproches. Là, je ne suis plus qu’à un pas du syndrome de la ” pauvre-petite-chose-que-je-suis”.

Je suis de ces femmes mues par la compulsion de me mettre derrière, finissant par endommager mes capacités. Dans une certaine mesure, je deviens ce que je me pousse à devenir moi-même : excessivement vulnérable.

Les séances BDSM me permettent de voir comment je contribue à ma faiblesse et à ma vulnérabilité, comment je nourris et défends ma dépendance profonde. Elles me permettent aussi, lentement et paradoxalement, à me sentir plus forte.

Durant les séances, j’affronte mes conflits intérieurs, je trouve mes propres solutions et je gagne de la liberté et de la force intérieure. Un phénomène remarquable se produit, mon énergie grandit — celle qui se perdait jusque là dans la “fuite d’énergie”—, quand je m’épuisais à refouler les aspects de ma personnalité que je trouvais inacceptables ou effrayants.

En séance, je n’ai plus besoin de défendre ou de protéger cette énergie. Elle devient alors disponible et positive. J’ai moins peur de moi-même. J’ai envie de jouer, je me sens pleinement vivante, plus libre que je ne l’ai jamais été d’exercer des choix, d’accepter ou de refuser en fonction des désirs de mon vrai moi. Je vis mon authenticité lors de ces séances, et ce sont toujours des moments très intenses. Je me sens si bien, si sûre de moi parce que je sais que je peux être moi-même, être aimée pour ce que je suis.

la femme-table se regarde dans le miroir, oeuvre du britannique Allen JonesJ’acquiers cette soumission, cette liberté intérieure. Paradoxalement lors de ces séances je dois renoncer à ma dépendance. Je dois agir, accepter, prendre des initiatives ne serait-ce que dans le fait de choisir. Enfin je suis libre d’aimer à ma façon parallèlement que j’apprends à m’aimer.

Photo : Allen Jones.

Je n’ai jamais trouvé cela dans une relation sexuelle dite “vanille”.

J’aurai toujours besoin des séances BDSM. Pour me connaître, comme je le décris plus haut. Pour le jeu, le plaisir, pour la possibilité de me dépasser dans mes fantaisies, pour le plaisir et le besoin de donner à l’autre.

Ma jouissance est aussi cérébrale que physique. Une relation sexuelle vanille me permet la jouissance physique, mais très peu la jouissance cérébrale.

Il y a plusieurs années maintenant, j’ai choisi le BDSM comme mode de vie, comme philosophie, comme un médium d’apprentissage. Je ne pourrais être très longtemps sans cette façon de vivre, de voir la vie. Sans cette façon d’aimer et d’être aimée. C’est un choix qui me rend pleinement heureuse et sereine.

Il y aura toujours danger de la vie routinière dans le couple, qu’il soit BDSM ou vanille. Il y aura toujours danger aussi de transformer le couple BDSM en couple vanille, avec les mêmes valeurs et façon d’agir, ses principes que nous avons toujours connus. J’ai fait le choix de fuir cette façon de vivre et de penser. À tous les jours cette vieille éducation revient. Je dois la dépasser, y prendre garde, car se serait la facilité et la fuite que d’agir en personne vanille.

Pour vivre de façon BDSM, cela demande une imagination débordante, une écoute de part et d’autre, une authenticité sans faille.

Vivre BDSM c’est se dépasser continuellement. Il est normal pour moi et pour mon compagnon de vivre des temps d’arrêt, mais ces temps d’arrêt sont là pour nous ressourcer, nous comprendre, écouter le cheminement de l’autre. Ces temps d’arrêt sont riches d’enseignements et emplis de BDSM cérébral. Le BDSM demeure toujours présent entre nous, que ce soit par des séances, des jeux, ou tout simplement dans notre façon de communiquer, d’aimer l’autre. Le BDSM est présent dans chaque demande, dans la façon de s’adresser à l’autre. Je ne parle pas ici spécifiquement de vouvoiement, mais dans la façon de prendre les décisions et d’agir.

Le BDSM pour moi ne se résume pas à la sexualité. Il est partout dans notre vie, la sexualité en est le cadeau.

Par liberté{+} le 03.07.2007 @ 3:57 pm

“Si la grosse se donne, la belle se vend.”

Dans Éloge de la graisse d’Olivier Bardolle.

Lorsque j’ai débuté en BDSM, j’imaginais que les soumises étaient toutes de belles femmes minces.

D’ailleurs les sites pornos regorgent de ces beautés à couper le souffle. Comment ne pas être complexée devant de si beaux corps ? Comment ne pas envier le désir qu’elles provoquent ?

Puis je fis connaissance avec des soumises en réel. Ce fut la surprise totale.

Éloge de la graisse d'Olivier BardolleJe ne sais pas si cela est un hasard, mais je constate que sur les canaux de discussions, une très grande majorité de ces femmes sont en surplus de poids. Elles se décrivent comme étant bien en chair, plantureuses, enveloppées, grassettes, et tous les autres synonymes servant à éviter de prononcer le mot obésité.

La plupart ne diront pas leur poids ou passeront sous silence ce léger détail. Du moins elles tairont ce détail jusqu’à ce que des liens se tissent et peut-être ainsi donner une chance que la relation se développe au fil du temps.

Pour d’autres qui font partie des chanceuses, c’est-à-dire celles qui ont un corps selon les critères de beauté actuels, elles seront quand même complexées, comme si 100 % des femmes n’aimaient pas leur corps. On peut constater cela par leurs discours et leurs écrits dans différents blogues.

Aujourd’hui, on offre de soigner la femme au corps plantureux, celle-là même qui faisait tourner les têtes voilà moins d’un siècle. Combien sommes-nous à avoir dit en soupirant, suant et soufflant sur nos appareils de mises en forme : « Je suis née un siècle trop tard » ?

Dans les salles de discussions, on entend un nouveau discours de ce Maître “Soigneur”, spécialiste des troubles du comportement alimentaire. Il ordonne et exige à la soumise de perdre du poids dans un bref délai.

Nouvelle lubie : Si tu es vraiment soumise, tu perdras du poids pour Lui. Et même que tu seras heureuse de le faire pour lui, à la limite tu trouveras cela facile. C’est la première condition et parfois c’est “la” condition pour lui appartenir, porter son collier.

En attendant elle demeurera « soumise en probation ».

Ainsi, elle pourra donner la preuve de sa bonne volonté à développer sa soumission, comme si cette femme n’avait JAMAIS essayé de perdre du poids avant de rencontrer ce Maître Soigneur qui ignore tout de la restriction cognitive, des troubles du comportement alimentaire et de la souffrance que cause les diètes alimentaires.

Malgré que l’on prône allègrement que le Maître sait mieux que sa soumise ce qui est bon pour elle, il ne cherchera nullement à comprendre ce problème, car tout le monde le sait, maigrir ce n’est qu’une question de volonté (comme obéir) et le Maître “Soigneur” a de la volonté à revendre.

Comment peut-on avoir de l’estime pour soi-même, s’aimer un tant soi peu, alors que l’on se sent laide et sans grâce, perpétuellement soupçonnée du péché de gourmandise, de passivité, de manque de volonté ?

Perdre du poids ne suffit pas pour qu’on s’aime et qu’on s’estime davantage.

C’est à ce niveau que les dominants devraient travailler pour faire cheminer leur soumise, mais cela peu le comprennent malheureusement.

Fixer un objectif plus ambitieux que celui de seulement perdre du poids, viser à devenir mince aussi à l’intérieur de soi modifient radicalement les perspectives, l’occasion d’évoluer dans un sens favorable.

Volonté, détermination, discipline, dites-vous Messieurs les Dominants? Et si tel n’était pas le problème?

Tant qu’à la soumise, elle affirmera qu’elle n’a aucune volonté, mais avec l’aide de son Maître elle y arrivera. Plus rien ne sera comme avant. Elle aura donné la preuve qu’elle est capable d’accomplir quelque chose de grand, d’admirable. Elle ne sera plus l’esclave de son corps. Elle culpabilisait et se dévalorisait bien avant, maintenant elle saura définitivement que si la relation ne fonctionne pas, c’est à cause de son poids et de son manque de volonté.

Certains admirateurs de grosses (les FA pour les initiés) sont sous le charme de corps féminins ronds, épanouis, bien en chair. Merci à vous, vous donnez l’occasion à des jeunes femmes aux rondeurs exacerbées de prendre leur revanche.

la soumise mince et la soumise rondePar contre, je ne ressens que mépris pour les dominants qui clament haut et fort qu’ils préfèrent jouer avec une grosse soumise. Car ils ont trop peur de blesser une soumise mince, comme si la grosse pouvait tout endurer et qu’il était impossible de la blesser.

Discours méchants qui blessent bien davantage.

Photo : www.saudek.com via cercle O - l’album.

Devons-nous comprendre que les caresses, l’affection, la tendresse et le respect sont réservées à la soumise mince, et la fessée et le fouet et toutes ces douleurs très dures et humiliantes pour la grosse soumise ?

Et si c’était vous et votre façon d’être à l’écoute de votre partenaire qui était en faute, et non la grosseur de votre compagne de jeux?

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Par liberté{+} le 12.06.2007 @ 2:47 am

“Il nous faut toujours un bouc émissaire.” (René Girard)

“Le plus grand courage est d’accepter l’humiliation. L’indispensable courage au combat n’est en soi ni la perfection suprême ni même le dernier mot de la vertu chevaleresque.

Pour retrouver et sauver la reine Guenièvre, Lancelot affronte des adversaires redoutables. Il franchit le Pont de l’Épée, agrippé de ses mains et de ses pieds nus à la lame tranchante, tandis qu’au-dessous gronde « l’onde traîtresse, roide et bruyante, noire et épaisse ».

Mais son exploit éponyme, celui qui lui confère sa vraie grandeur, est d’une tout autre nature. Il est de monter dans une charrette, sur la promesse qu’elle le conduira jusqu’à la reine, alors qu’en ce temps-là, les charrettes ne servaient qu’au transport des condamnés et qu’il était infâmant pour un chevalier d’y prendre place.

Par amour pour la reine, Lancelot accepte de devenir le Chevalier de la Charrette et d’être à ce titre déshonoré, avant de transformer ce déshonneur en gloire. On sait que, quand il aura libéré Guenièvre après avoir risqué mille morts, elle le recevra très mal, lui reprochant, non d’être monté dans la charrette, mais d’avoir hésité le temps de faire trois pas avant de lui sacrifier son honneur.

Mais elle a compris de quoi il est capable.

Plus tard, soupçonnant que le chevalier inconnu qui se couvre de gloire au tournoi pourrait bien être Lancelot, elle envoie, pour s’en assurer, sa suivante lui glisser de sa part de faire au noauz, du pire qu’il pourra.

Aussitôt ce merveilleux chevalier se ridiculise par sa maladresse et sa lâcheté, s’attirant quolibets et huées. C’est donc bien lui ! Il suffit alors à la suivante d’aller lui intimer l’ordre de la reine de faire « au mieux » pour qu’il remporte le tournoi avec aisance.

À l’heure où le bon combat exigeait la dissimulation et où, pour garder l’honneur, il fallait le courage d’affronter l’apparence du déshonneur.

Nous avons le droit de choisir parmi les leçons que le passé nous donne. La force du faible, le courage d’affronter l’opprobre : il n’est rien de plus difficile, rien de plus rare, à toutes les époques.

Si épris qu’il ait été de l’éclat et de la gloire, le Moyen Âge en a connu et médité le sens. L’évangile ne lui permettait pas de l’ignorer. Il a nourri de cette méditation sa pensée morale comme ses chefs-d’œuvre poétiques. C’est par là qu’ils nous touchent, nous à qui les héros de notre temps ont enseigné que le vrai courage est dans la résistance.”

Texte tiré de Prouesse du fort, courage du faible [document pdf], par M. Michel Zink, délégué de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Les personnes soumises connaissent très bien la force du faible, elles démontrent aussi le courage d’affronter l’opprobre. Il est très difficile pour la majorité des gens de comprendre le sens de notre démarche. Tout comme Lancelot et son choix son honneur par amour pour la reine Guenièvre, la soumise ne craint pas le déshonneur apparent, car elle se dirige vers la réalisation de soi.

À chaque étape le changement en soi est si radical qu’il exige un changement de penser et de raisonner. Elle doit traverser plusieurs « crises » avant de pouvoir s’accomplir. De même que Lancelot, elle peut aussi hésiter d’avancer de trois pas avant de sacrifier son honneur.

Ce n’est pas différent de la vie de tous les jours. Nous avons tous différentes « crises »à traverser dans nos vies, (perte d’emploi, deuil, infidélité, divorce, etc.) la personne soumise a simplement choisi un chemin différent pour se réaliser. Pour elle, le courage n’est pas dans la résistance. Elle sait que chaque séance qu’elle accepte, agréable ou non, est là pour l’instruire et aider son âme à évoluer.

L’humiliation n’existe que dans la volonté d’humilier du « bourreau » et dans le sentiment d’être humiliée de la « victime ». En BDSM, il n’y a ni victime, ni bourreau, nous sommes tous responsables de nos pensées, de nos paroles, de nos actions, et de nos réactions.

Les personnes pratiquant le BDSM sont en général équilibrées. Elles connaissent leurs valeurs véritables et elles assument la responsabilité de leurs choix. Lorsqu’elles choisissent leur partenaire, elles le font sur un pied d’égalité, dans une attitude de confiance, d’honnêteté et de transparence réciproque.

Lorsque nous comprenons et acceptons cela, nous ne pouvons culpabiliser personne d’autre pour ce qui nous arrive. Nous n’avons pas davantage à prendre la responsabilité des actions d’une autre personne, nous ne devons pas croire que nous devons assumer les conséquences de leurs décisions ou réactions.

C’est vrai que nous sommes tous endormis, c’est-à-dire inconscient de cette loi, ce qui fait que nous nous créons parfois des choses pour ensuite nous en plaindre et en rejeter la responsabilité sur autrui.

Par liberté{+} le 31.05.2007 @ 5:12 pm

Ce texte écrit par liberté{+} est librement inspiré de The Gift Theory : submission as a “gift”, de Simon S. Ays, copyright 1999, paru dans le site The Fetish Information Exchange.

Lorsque j’entends une soumise affirmer qu’elle offre sa soumission en « cadeau »… je me questionne sur le sens de ce « cadeau ».

Qu’est-ce qu’un cadeau ?

Selon Le Grand Dictionnaire terminologique de la langue française, le cadeau est une “chose que l’on donne volontairement, sans recevoir de compensation en retour, pour souligner un anniversaire, un événement, ou pour faire plaisir à quelqu’un.”

Je conviens que d’offrir sa soumission en cadeau est une image très romantique.

Je conviens aussi qu’il y a des soumises qui font ce « cadeau » sincèrement, dans le but de faire plaisir, de consentir à se soumettre et que son Maître pourra disposer de ce « cadeau » comme bon lui semblera.

Alors, oui c’est un vrai cadeau offert, précieux et rare.

Mais lorsqu’une soumise « offre » sa soumission à son Maître, avec l’attente de recevoir quelque chose en retour, ne serait-ce que de la reconnaissance, de l’amour, prouver à son Maître qu’elle est une chose précieuse, qu’il doit en prendre soin… alors est-ce vraiment un cadeau pour faire lui plaisir ?

Est-ce que l’on peut reprendre un cadeau offert ?

Est-ce que l’on peut reprendre un cadeau offert et le remettre à quelqu’un d’autre ?

Si ce même cadeau est repris et offert à plusieurs, alors quelle est la valeur réelle de ce cadeau ? Est-ce une chose si précieuse, puisqu’il est offert allègrement ?

Laisse tendueQuel terme devons-nous employer pour nommer ce cadeau ? Un cadeau-hameçon ? Toujours selon Le Grand Dictionnaire terminologique de la langue française, le cadeau-hameçon est le “cadeau que le donneur demande qu’on lui rende”.

Alors la soumise doit dire : “Maître, je vous offre ma soumission en cadeau-hameçon, car j’ai bien l’intention de le reprendre lorsque je ne serai plus en accord avec votre vision, vos demandes, vos choix et j’espère bien l’offrir à un autre éventuellement.”

Une soumise qui négocie constamment la façon dont elle veut être soumise, les instruments utilisés, l’endroit, le moment, le jeu, alors c’est un cadeau très lourd qui est offert, car on est très loin du cadeau remis sans rien attendre en retour, sauf le simple plaisir de celui à qui l’on offre ce cadeau.

Offrir le cadeau-hameçon à son Maître, c’est affirmer le contrôle sur la relation.

Je n’offre pas ma soumission, je prends le contrôle par un chantage romantique que sous-entend ma précieuse soumission en cadeau. Il doit mériter ma soumission sous peine que je reprenne ce cadeau, alors que j’ai consenti à me soumettre préalablement. Que veut dire mon consentement ?

La soumission est une grande quête d’amour. Une quête d’amour envers soi et envers l’autre. La soumise se soumets aussi par besoin, pour ses propres besoins, elle a avant tout besoin de ce cadeau pour elle-même, pour s’accomplir et se réaliser.

La domination est aussi une grande quête d’amour. Une quête d’amour envers soi et envers l’autre. Il domine aussi par besoin et pour ses propres besoins, pour s’accomplir et se réaliser. Nous sommes complémentaires l’un envers l’autre. C’est un cadeau mutuel que nous nous offrons.

Oui, cela peut être un don suprême à l’autre, fait avec cœur et sincérité, mais ce cadeau est offert sans rien attendre en retour et sans but de le reprendre un jour, quoiqu’il arrive.

C’est un pensez-y bien avant d’offrir sa soumission en cadeau, comme d’offrir sa domination en cadeau !

Photo : Via l’album de cercle O.

Par liberté{+} le 21.05.2007 @ 6:17 am

Ma soumission est quelque chose qui « m’appartient et que je possède » entièrement. Donc c’est un état d’être dont je suis la seule responsable. Dans ce contexte, « choisir » un dominant, c’est un choix qui m’appartient entièrement.

Au cours de ce voyage que nous ferons à deux, j’accepte de m’en remettre à votre volonté, à votre contrôle, à vos décisions.

C’est un choix de grande importance puisque que je me remets pleinement entre vos mains.

Je me dois donc d’apprendre à bien vous connaître. Il en va de ma sécurité physique, mentale, émotionnelle. En choisissant mon Maître, je prends une dernière décision : je lui donne mon consentement de faire de moi ce que bon lui semblera.

Je prends cette décision parce que je le désire, pour vivre ma vie comme je le conçois, comme j’ai besoin qu’elle soit, afin d’être qui je suis.

Chaque personne a sa vision d’une relation « idéale » BDSM. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises réponses. Ce questionnaire signifie simplement que je recherche une personne qui a les mêmes convictions que moi, que mes choix et ma vision sont aussi les siens.

Autorité, pouvoir, contrôle

  1. Que signifient pour vous les mots autorité, pouvoir, contrôle ?

La soumise recherchée

  1. Décrivez-moi svp une soumise idéale selon vos critères.
  2. Est-ce une occasion pour vous d’apprendre ou d’acquérir de l’expérience ?
  3. Est-ce pour le sexe ?
  4. Voulez-vous quelqu’un pour vous servir ? Quelles sortes de services ?
  5. Appréciez-vous le dressage ? Recherchez-vous quelqu’un à dresser ?
  6. Recherchez-vous quelqu’un vous permettant d’utiliser votre besoin de contrôle ?
  7. Recherchez-vous quelqu’un s’impliquant émotionnellement ?
  8. Recherchez-vous quelqu’un de fort et de déterminé ou quelqu’un de tranquille et adaptable ?
  9. Recherchez-vous quelqu’un recherchant le défi ?
  10. Recherchez-vous quelqu’un pouvant vous permettre d’exprimer votre cruauté, votre sadisme ?
  11. Recherchez-vous une soumise avec qui construire une famille ?
  12. Quels sont les degrés de responsabilités que vous voulez prendre avec votre soumise ?
  13. Combien de temps avez-vous à consacrer à votre soumise ?
  14. Quelle est la place de l’amour dans votre relation ?

La soumission

  1. Qu’est-ce que la soumission selon vous ?
  2. Est-ce que vous croyez que votre soumise est votre égale ? Expliquez svp votre contexte d’égalité ou non.
  3. Qu’aimeriez-vous enseigner à votre soumise ?
  4. Quelle est la richesse, l’expérience, que vous aimeriez léguer à votre soumise ?
  5. Quelle est votre réaction devant une résistance de votre soumise ?
  6. Quels sont vos moyens pour éliminer cette résistance ?
  7. Quelles sortes de récompenses ou d’encouragements utilisez-vous ?
  8. Quels sont vos buts ?
  9. Comment a fonctionné votre dernière relation ?
  10. Décrivez-moi votre liste de priorités d’une soumise envers vous ?
  11. Quelles tâches votre soumise devra accomplir pour vous ?
  12. Voulez-vous présenter votre soumise à des collègues ? À d’autres soumis(es) ?
  13. De quelle façon surveillez-vous le progrès de votre soumise ?
  14. Utilisez-vous des disciplines ou punitions particulières lors du dressage de votre soumise ?

Le contrôle

  1. Êtes-vous un fervent de contrôle ?
  2. Que faites-vous pour affirmer votre contrôle ?
  3. Quels sont les domaines où vous exercez le mieux votre contrôle ?
  4. Quels sont les domaines où vous devez améliorer le contrôle ?
  5. À quels moments abandonnez-vous le contrôle dans votre vie ?
  6. Quels critères utilisez-vous pour décider par quelle sorte d’actions de prise de contrôle vous débutez avec une nouvelle soumise ?
  7. Comment décidez-vous à quels moments qu’il faut y aller lentement ?
  8. Nommez-moi trois situations qui vous mettent hors de vous ?
  9. Quels sont des aspects négatifs du contrôle selon vous ?
  10. Quels sont les aspects positifs du contrôle selon vous ?

La maîtrise

  1. Croyez-vous pouvoir maîtriser l’esprit de votre soumise ?
  2. Quel(s) niveau(x) de l’esprit de votre soumise vous intéresse le plus ?
  3. Quels sont vos points forts dans une relation BDSM ?
  4. Quels sont vos points faibles dans une relation BDSM ?

La dominance

  1. Comment mettez-vous en valeur votre dominance ?
  2. Nommez-moi trois situations qui déclenchent automatiquement votre dominance en vous.
  3. Décrivez-moi le plaisir que vous ressentez lors d’une séance de domination.
  4. Décrivez-moi votre comportement dans ces situations (êtes-vous agressif, dominant, décisif, sans voix, timide… ?)
    • réunion avec la famille
    • réunion avec les amis
    • situations avec les enfants présents
    • situations avec quelqu’un de malade
    • situations avec des soumises présentes
    • une rencontre avec une soumise en tête-à-tête
    • situation qui requiert de la diplomatie
    • situation avec conflit potentiel physique ou verbal
    • situation où un don en particulier est nécessaire

(Référence : Le livre du contrôle)

La communication

  1. Quel est votre style de communication ?
  2. Est-ce que votre soumise peut vous appeler par votre prénom en dehors des jeux ?
  3. Utilisez-vous toujours un ton de voix de dominant ?
  4. Utilisez-vous toujours l’impératif lorsque vous vous adresser à votre soumise ?
  5. Quels sortes de rituels utilisez-vous pour libérer votre soumise ?
  6. Utilisez-vous le droit de veto (safeword) pour mettre fin ou ralentir une scène avec votre soumise ?
  7. Comment évitez-vous la confusion pour votre soumise lors des jeux : punitions, motivations ?
  8. Permettez-vous des discussions ouvertes avec votre soumise ?
  9. Utilisez-vous un système d’évaluation, afin de déterminer le degré de bien-être de chacun dans la relation ?

La sexualité

  1. Quelle est la place de la sexualité dans votre relation ?
  2. Qu’est-ce qui vous excite particulièrement ?
  3. Qu’est-ce que vous n’aimez pas en sexualité ?
  4. Qu’est-ce que vous aimeriez vivre sexuellement avec votre soumise ?
  5. Nommez-moi les jeux de rôle que vous préférez…
  6. Décrivez-moi deux fantasmes que vous aimeriez explorer…
  7. Quelles sont les expériences qui sont inexplorables pour vous ?
  8. Appréciez-vous que votre soumise prenne le contrôle en sexualité ?
  9. Est-ce que votre sexualité est toujours accompagnée de jeux BDSM ?
  10. Désirez-vous, recherchez-vous des relations sexuelles à trois ? En groupe ?
  11. Êtes-vous bisexuel ? Êtes-vous bisexuellement curieux ?
  12. Vous avez déjà eu une relation sexuelle avec un autre homme ?
  13. Portez-vous automatiquement un condom lors de relations sexuelles ?
  14. À quand remonte votre dernier examen médical complet ?

Les rituels

  1. Est-ce que vous aimez les discours, les cérémonies, les protocoles, les règles ?
  2. Quels sont vos rituels exigés en général ?
  3. Quels rituels avez-vous comme dominant ?