Je reviens à cette définition de l’humiliation comme une blessure à l’amour-propre, un accroc à l’image que l’on veut donner de soi-même. Elle est intéressante cette définition dans la mesure où elle situe mon action comme dominant lorsque j’utilise l’humiliation à des fins… pédagogiques.
Quelle est l’image d’elle-même que veut donner la soumise? Qu’elle est :
- la plus docile?
- la plus perverse?
- la plus servile?
- la plus masochiste?
- la plus désirable?
- la plus exhibitionniste?
- toutes ces réponses?
À l’écouter la soumise, elle serait toujours plus. Cette prétention est fichtrement intéressante car elle mérite alors validation. Est-elle aussi docile qu’elle le dit? Jusqu’à quel point est-elle exhibitionniste, la nana? Des heuuuuuuures de plaisir en perspective.
Vous me direz : “mais non, Monsieur, il y a des tas de soumises qui se disent pas docile, pas perverse ni servile, ni masochiste, désirable ou exhibitionniste”. Oh, voilà qui est bien vrai. Celles-là aiment bien jouer les cachottières.
Je pense à celle à qui je demande de se tenir droite au mur pendant que je retire sa culotte sous sa robe et qu’elle se laisse faire. Je la regarde alors dans les yeux et lui dit : “vous, pas docile? Allons donc, vous êtes la docilité même, femme soumise”.
Il faut voir alors les lueurs dans son regard… son désir soudain de se laisser glisser sous la moquette, la coquette.
On pourrait avancer que l’humiliation dans un contexte bdsm est une situation donnée où le dominant cherche à valider un comportement de la soumise, à dévoiler un désir caché, une préférence tenue à l’écart, un fantasme.
Le dominant obtient par le fait même un grossissement sur l’image que la soumise a d’elle-même, l’image que les autres ont d’elle, et ce qu’elle pense que les autres pensent d’elle. Et la soumise vit alors une réaction d’humiliation devant le jugement de l’autre et du jugement négatif (culpabilité) qu’elle porte elle-même face à ce qui est révélé avec netteté cette femme offre à d’autres les rênes de sa volonté sur sa personne.
L’humiliation serait une dégradation de l’image de soi, dit la définition. Tout dévoilement de soi à l’autre, d’une partie intime, d’une pensée, d’une intention est dans le contexte bdsm source d’humiliation potentielle de la personne soumise qui devient dès lors dévoilée, mise à nu, percée.
Il s’agit moins de la dégrader son image que d’en souligner les caractéristiques au crayon gras, la crier fortement devant tout le monde, voire s’en moquer, gentiment ou plus férocement, c’est selon l’inspiration du moment.
Lorsque le dominant fait clairement voir à la soumise ce qu’elle ne veut pas (trop) voir, ni montrer ou avouer, cela provoque chez elle un embarras qui se mue en excitation, jusqu’à aller dans le meilleur des cas à une production industrielle de cyprine involontaire…
L’humiliation comme jeu de miroir est un outil extrêmement puissant.