Par Valmont le 17.02.2008 @ 10:32 am

Source : http://bondage.free.fr/guide01.html (site qui ne semble plus exister).

Le port du corset est un acte de foi. En effet, sans un engagement sincère et une volonté affirmée, les efforts obtenus seront très éloignés des objectifs poursuivis.

Au fond, pourquoi porte-t-on un corset ? Bien entendu, sur le plan physique, le corset entraîne une diminution immédiate et prolongée du tour de taille. En comprimant les muscles et les chairs, la personne ceinte du corset voit sa silhouette modifiée presque immédiatement.

Pourquoi accepter ce drôle de jeu ? Par amour ou par dévotion. Par goût du jeu. Par défi aussi. Car au-delà du défi que le dominant projette sur le dominé, c’est souvent le dominé qui manifeste le besoin et l’envie de se prouver qu’il est capable de changer pour l’autre.

Le port du corset change-t-il vraiment le dominé ? Il n’y a aucun doute sur l’impact psychologique du corset sur la personne qui le porte. Sa présence, la contrainte qu’elle représente, l’imagerie qu’il véhicule empêche toute schizophrénie. Il n’y a plus la personne d’un côté et l’adepte du BDSM de l’autre. Il n’y a qu’une seule entité. Une seule identité : le dominé. Quant au plan physique, il est utile de rappeler les trois données nécessaires à une véritable évolution de la silhouette : un régime alimentaire, le port régulier du corset et l’emploi d’un corset adapté.

Une attention particulière doit être apportée au corps. Le régime doit être sain et préservé les muscles de la taille. L’objectif est de réduire la graisse qui existe aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du corps tout en comprimant l’espace occupé par les organes internes sans pour autant les altérer. Afin de pouvoir concilier le port efficace du corset avec une alimentation appropriée aux besoins de l’organisme, il est usuellement conseillé de faire six petits repas plutôt que les deux repas habituels. Leur petitesse n’exclut pas leur conséquence : le régime se doit d’être sain et compatible avec les besoins du corps humain.

custom heron corset designed by Alexis of Electra DesignsL’aventure vous séduit autant qu’elle vous effraie et vous fascine ? Le moment est venu de choisir votre premier corset. Choisissez-le en mesurant votre tour de taille. Retirez dix centimètres au chiffre obtenu et vous aurez alors opté pour corset performant une fois refermé sur votre taille.

Il est primordial de bien choisir un corset. Il ne doit en aucun être trop petit. Ne soyez pas trop cruel envers votre corps. Le maître mot de ce défi est patience. L’exercice du corset s’inscrit dans la durée et ne peut être considéré autrement pour un objectif concret et durable. Votre santé, et même votre confort, sont deux éléments indissociables. Un corset insupportable n’est pas un bon corset. En conséquence, prenez un corset adapté à vos mesures.

La patience induit-elle la progression ? Si vous suivez les conseils évoqués ci-dessus, la progression est inévitable. Mais comme je le rappelais, le temps est important : le corps mets du temps à s’adapter à la contrainte du corset. La forme, le laçage, la rigidité sont autant d’éléments qui imprimeront au corps un traitement lent mais efficace.

Cette progression se traduira au quotidien dans le meilleur des cas. Mais la progression peut être plus lente : ne vous impatientez pas, n’essayez pas de trop serrer votre corset. Laissez le temps au temps ! L’objectif est simple : le corset doit être de plus en plus serré. Peu importe que s’écoulent un jour ou une semaine avant de pouvoir le serrer un peu plus. Le seul signal que vous devez écouter est le signal émis par votre corps. En progressant lentement, en écoutant votre confort, vous arriverez progressivement à serrer le corset de manière à gagner les fameux dix centimètres.

Lorsque porte ce corset serré au maximum, quand votre tour de taille accuse une perte de dix centimètres sous la pression de ce délicieux accessoire, tout en étant à l’aise, capable de vivre, le moment est venu de changer de corset, d’en prendre un plus petit, et de recommencer le défi en augmentant le handicap.

Pourquoi ne pas choisir un corset plus petit de dix centimètres ? Vous poursuivrez alors l’objectif de voir votre tour de taille diminué de vingt centimètres sous le pouvoir du corset. Un pouvoir maléfique qui donnera à votre silhouette une allure démoniaque! En fonction des aptitudes de votre corps, cela prendre de deux à six mois… Peut-être plus… Mais ne désespérez pas et accrochez vous sauf si le défi ne vous trouble plus !

Toute cette lenteur vous rebute ? Sachez simplement que l’assiduité est primordiale. En théorie, le premier corset devrait être employé la nuit, pendant le sommeil. Au fond, il s’agit d’être corsetté(é) en permanence mais la vie quotidienne nous en empêche (pour la toilette notamment). Essayez ne pas être libéré(e) du corset pendant plus d’une heure par jour. N’oubliez pas que le corset travaille de manière à déplacer les organes et les côtes : ce n’est pas une mince affaire ! N’oubliez pas de prêter une écoute aux signaux émis par le corps. Ne soyez jamais inconfortable au risque d’être en danger. Vous ne devez en aucun cas être mal à l’aise en vous asseyant (notamment sur une chaise droite) ! Prenez garde à vous. Prenez soin de votre corps.

Pourquoi dois-je faire attention à mon corps ? Tout d’abord parce qu’il est fragile bien que flexible. Ensuite parce que le port prolongé du corset entraîne des conséquences auxquelles on ne pense pas toujours. Ainsi, porter un corset privera la peau de son exposition à l’air. Vous constaterez peut-être un assèchement de la peau ou d’autres manifestations similaires, en particulier si vous transpirez. Veillez donc à appliquer un lait hydratant après votre toilette ainsi qu’à déposer du talc sur l’épiderme avant de remettre en place le corset.

custom heron corset designed by Alexis of Electra DesignsEst-il utile de préciser qu’un corset doit rester propre ? Une des meilleures solutions consiste à porter une gaine extensible sous le corset. Cela vous obligera à en posséder plusieurs mais vous permettra de changer chaque jour pour une gaine propre et saine.

Le laçage est-il important dans la progression ? La réponse se trouve dans la question. Deux méthodes sont souvent recommandées afin de permettre une application plus facile du corset. Debout, les mains appuyées sur un tabouret de bar ou bien en s’allongeant sur le sol. Vous pouvez chercher la position qui vous convient le mieux. Peu importe la méthode pourvu que les muscles se contractent et que la taille soit réduite à sa plus petite circonférence lors de l’application du corset.

Puis-je mettre un corset sans aide extérieure ? En théorie, la réponse est oui. En pratique, la force exercée sur le corset par personne extérieure sera supérieure à celle de la personne qui porte le corset. Psychologiquement ensuite, le dominant aura tendance à tirer vers le haut, à aider le dominé à se dépasser alors qu’il est humainement difficile de le faire seul. La contrainte est l’objet de vos désirs. Et le corset est un accessoire qui représente et incarne la contrainte.

Qui doit décider ? C’est le dominé qui dicte sa loi. Seul la personne mordue par le corset est capable de ressentir les effets du vêtement. Le dominant saura trancher du bien fondé des remarques ou réserves émises par le dominé. Mais en aucun cas, un bon dominant, ne saurait prendre en compte ces remarques.

Quelle matière choisir ? Chacun choisira en fonction de ses goûts. Un corset en latex sera extrêmement agréable à l’œil et au toucher mais induira une transpiration néanmoins salvatrice l’amincissement. Le cuir épousera aisément le corps tout en le contraignant par sa rigidité. Une personne moins fétichiste orientera peut-être son choix vers un corset d’inspiration plus classique. Si vous aimez la lingerie féminine, vous ferez sans doute ce choix pour commencer. Mais n’oubliez pas d’essayer un jour les sensations que proposent le cuir et le latex. La plupart des corsets sont livrés avec des fils de cotons. Pour un laçage plus strict et plus performant sur la durée, je recommande de les remplacer par des fils de nylon, plus résistants et plus discrets.

Quel modèle de corset choisir ? Concernant sa forme, prenez en compte l’utilisation que vous souhaiterez en faire. En y réfléchissant, vous arriverez à la conclusion suivante : il n’y a pas qu’un type de corset à posséder. La meilleure solution consiste à compléter sa garde-robe de corsets plus spécifiques si le jeu vous séduit et le défi vous trouble. Pourquoi ne pas commencer par un corset de taille et songer aux autres modèles ensuite?

Astuces & suggestions

  • Pour réduire la dureté du traitement au début du traitement : portez un tee-shirt sous le corset.
  • Pour augmenter l’esthétisme de votre tenue en améliorant la tenue du buste : portez des talons hauts.

Photos : Custom corset designed by Alexis of Electra Designs, via rattengift.

Par Valmont le 09.01.2008 @ 9:05 pm

L’expression des sexualités alternatives est devenue un véritable fourre-tout. Si plusieurs personnes mangent à tous les rateliers (rien ne les en empêche, nous vivons dans des temps libres), rien ne différencie plus un amateur de bdsm d’un amateur d’échangisme d’un amateur de parade de mode. Réunir ces trois-là dans la même pièce entraîne des conflits regrettables dont on pourrait très bien se passer.

Ce n’est pas parce qu’on porte du cuir ou que notre cou est orné d’un collier de chien, que nous pratiquons les échanges de pouvoirs.

De la même manière que ce n’est pas parce que nous sillonnons les routes sur une rutilante Harley-Davidson of a bitch que nous sommes de facto membre d’une organisation criminelle.

Depuis une bonne vingtaine d’années, la mode des grands couturiers emprunte allègrement à l’imagerie bdsm sans partager aucune de ses pratiques, sauf à de très rares exceptions, souligne Mona Sammoun dans Tendance SM – Essai sur la représentation sadomasochiste, publié à La Musardine en 2004. Cela génère par le fait même des malentendus et des incompréhensions chez les gens qui abordent le bdsm. Par la force des choses, beaucoup en arrivent à confondre le signe et la pratique.

Il est si facile de se laisser tromper par les apparences.

« Dans la liste des comportements sexuels répertoriés par Krafft-Ebing, le fétichisme apparaît entre le sadisme/masochisme et l’exhibitionnisme. Il est caractérisé comme la “prédilection prononcée pour une partie déterminée du corps de l’autre”.

Comme cela est bien expliqué dans Le Fétichisme dans la collection Que sais-je? de Paul-Laurent Assoun, l’usage de ce mot est d’abord ethnologique : “L’enquête historique révèle l’élaboration progressive d’une conception de la croyance aux fétiches entre la seconde moitié du XVIe siècle – date ou le terme ‘fétichisme’ s’impose.” D’origine portugaise, le mot est inventé en France par de Brosses en 1750. Il se réfère au “culte… de certains objets terrestres et matériels appelés Fétiches chez les Nègres africains, parmi lesquels ce culte subsiste, et que pour cette raison, j’appellerai Fétichisme”.

Ce mot désignait pendant longtemps “un comportement social religieux primitif”, il subira une mutation au début du vingtième siècle pour indiquer “un comportement individuel sexuel moderne”.

Redéfinie par Freud, la notion de fétichisme allie les deux origines, ethnologique et sexologique, produisant un concept psychanalytique concernant aussi bien une réinterprétation de la perversion sous son angle pathologique qu’une définition de quelque chose d’essentiel propre à l’amour dans un comportement normal. »

Aujourd’hui, quand une personne aborde le bdsm et cherche autour d’elle les signes de cette présence, elle croisera ici et là des annonces du type “bar fetish”, “soirée fetish”, “fetish night”, “Latex Night”. Elle y verra plus souvent qu’autrement des femmes aux formes étourdissantes que moulent des tenues affriolantes où règnent le cuir, le latex et le pvc, et où les uniformes et le look gothique sont à l’honneur. C,est là le fameux “strict dress code” que l’on traduirait simplement par tenue vestimentaire si l’on cessait de singer les anglos-saxons.

Le hic dans ces soirées, c’est que très souvent les échanges de pouvoirs sont mal vus!

Sammoun encore :

Le fétichisme se distingue par deux interprétations actuelles.

Une première interprétation évoque l’attirance de certaines personnes pour un vêtement ou un costume (lingerie fine, nuisettes, costume d’infirmière ou de flic), une matière (cuir, latex, pvc, etc.) ou un accessoire particulier, les plus souvent des escarpins à talons aiguilles ou des bottes.

La deuxième interprétation est plus générale. L’adjectif « fétichiste » s’emploie pour désigner tout objet, lieu, support, concernant des personnes pratiquant le sado-masochisme et/ou des personnes simplement intéressées par la mode fétichiste. Cet adjectif renvoie aux codes esthétiques liés au sadomasochisme et au fétichisme. »

Les amateurs de bdsm ont intérêt à se débarrasser du mot « fétichiste » au plus sacrant, car il engendre plus de problèmes qu’il n’en résoud. Entre apprécier la mode et pratiquer de façon effective les échanges de pouvoirs, il y a un pas immense que la majorité des fashionitas ne franchissent pas.

Des problèmes? Les soirées et événements “fétiches” se tenant ici et là sont dans la majorité des cas organisés par… des boutiques qui ont des fringues à vendre. Naturellement, ce genre de soirée attire davantage de gens attirés par les tenues affriolantes que de joueurs bdsm. Pourquoi donc? Pour des raisons plus pratiques que philosophiques : jouer dans un espace rempli à craquer ne favorise pas les élans de martinet. Aussi, jouer dans un espace où la musique est assourdissante ne favorise pas la communication entre la personne dominante et la personne soumise. Or, une scène bdsm sans communication… Sans oublier la présence de l’alcool qui, si elle a le bonheur de désinhiber la timidité naturelle chez certaines, elle a aussi l’horreur de faire apparaître des comportements désagréables chez d’autres.

D’un autre côté, rares sont les événements strictement bdsm car économiquement non viables. Si une soirée annuelle peut faire ses frais sans trop forcer, les soirées mensuelles ou hebdomadaires connaissent leur part de difficultés. Je ne sais si c’est ainsi à Prague ou à Bordeaux, mais à Montréal, c’est nettement le cas. Deux facteurs principaux semblent expliquer ce manque de viabilité financière. D’abord le nombre plutôt restreint de joueurs. Si les amateurs de bdsm sont peu nombreux, il existe encore moins de gens en mesure de se lancer dans une scène bdsm devant public.

L’autre facteur qui rend la viabilité financière d’un bar à vocation bdsm est l’absence de vente d’alcool. Cela évite aux organisateurs (du moins au Québec) d’avoir des comptes à rendre à l’église la Régie qui régit les permis d’alcool. Le hic, c’est avec l’alcool que les bars font leur beurre.

Par Valmont le 10.09.2007 @ 5:47 am

La nuit des masques, au Montreal Fetish Weekend 2007Je ne suis pas un fan des soirées fetish, ces parades de mode latex-cuir-etc. Ces rencontres entre amateurs de bdsm et fetish dolls ne sont jamais très constructives.

Il convient néanmoins de souligner des événements ayant lieu au Québec, comme ce Montreal Fetish Weekend 2007. Ces événements sont la partie visible du iceberg kinky.

Photo : ErosArtist.

Par Valmont le 25.09.2006 @ 4:54 pm

Le fétichisme mis à nu à Macadam Tribus. Un reportage d’Émilie Dubreuil le vendredi 22 septembre 2006.

Par Valmont le 05.09.2006 @ 7:23 am

Article de Josée Blanchette paru dans le journal Le Devoir, le vendredi 11 février 2000, dans la page Plaisirs, page B1.

Le fétichisme influence la mode depuis une trentaine d’années. Derrière ces corsets lacés, juchés sur des bottes accroche-coeur, ligotés dans le cuir, le latex et leurs fantasmes souples comme du vinyle, des adeptes s’affichent pour le plus grand bonheur des voyeurs.

« Les gens ’’normaux’’ sont facile à reconnaître — ’C’est nous’’ —, à condition d’ignorer toutes ces petites activités perverses polymorphes que nous appelons ’’préliminaires’’. » - Fétiche, Valerie Steele

dames de cuir, dames de latexIls ont tous l’air d’être sortis de la même boutique, découpés dans le même rouleau de vinyle, cousus main dans une immense peau de vache tannée par des esclaves et luisante comme le miroir du temps, enfantés en vrac par un metteur en scène passablement pervers, sans beaucoup d’imagination mais les fantasmes aussi nus qu’une page vierge dans un journal intime.

Le corps déployé, ils sont prêts à toutes les éventualités, même celle d’être laissés en plan, grosse bite comme devant. Mais ça n’arrive jamais, foi de limousine blanche (un huit places spacieux avec tapis shaggy) qui attend sagement à la porte la fin de ces préliminaires en boîte.

Corsets victoriens, laisses, chaînes, bottes hautes, jambières de cuir (chaps), g-string à fermeture éclair (il est beau ton zipper!), minijupe moulante et seins nus au silicone, chaque premier samedi du mois, la fièvre s’empare du Club Cream du boulevard Saint-Laurent (à Montréal). La discothèque ouvre ses portes aux voyeurs et aux exhibitionnistes de tout poil qui viennent y pavaner leurs fétiches préférés et s’exciter le duvet du cuir ou du latex.

Des univers dissonants

La clientèle, très fortysomething, salon de bronzage et banlieue swingante, regroupe en une rare harmonie des univers sexuels complètement dissonants : l’homosexuel de sauna et de gym, tout muscles et sueur, la gouine de cuir, le travesti à perruques et talons gauts corseté comme une soprano, l’hétéro poilu assorti de sa guenon très épilée, le Rock Machine impassible traînant ses deux femmes enchaînées l’une à l’autre : la gentille habillée en noir et la méchante déshabillée en blanc. Pour la libération de la femme, on repassera dans quelques siècles.

Un cagoulard se fraie un chemin vers la piste de danse, un noir costaud vêtu en bourreau du Moyen-Âge s’assoit près de moi au bar, torse nu et regard fixe.

la cigarette négligenteQu’est-ce qu’on se dit ?

«Vous permettez que je touche à votre guillotine?»; «J’aimerais que vous me fassiez perdre la tête»; «Votre bronzage, c’est électrique ou génétique?»

Je n’ai jamais été très portée sur le small talk, surtout lorsqu’il faut hurler pour enterrer la musique. Je me taie d’oreiller, je me muette comme une carpe, j’attend et je voyeurisme.

J’ai enfilé ma combinaison catwoman en vinyle qui me fait ressembler à un préservatif géant, mon manteau de velours rouge à col de fourrure noire Cruella et ma perruque de jais passe-partout. J’aurais revêtu un habit de motoneige ou un wet suit de plongée sous-marine que l’effet aurait été le même.

Ici, on exhibe ses plus beaux sous-vêtements en guise de parure et tout ce qu’on cache semble des plus suspects.

La mode «Club» est poussée à l’extrême et chacun pavane ce qu’il a de mieux à offrir. Le sexe «vanille» (à la papa-maman) est un parfum inconnu au Club Cream. Musc, phéromones, cyprine et Eau d’Yssey chargent l’atmosphère à la fois tribale et conviviale.

Je m’attendais à trouver beaucoup plus d’esclaves et de dominatrices mais l’endroit est avant tout fétichiste et poseur du samedi.

La mise en scène S&M est bien mièvre et peu convaincante.

Tous les fétichistes ne sont pas des sadomasochistes, certains trimballent leur biberon, d’autres leur moignon (plusieurs infirmités ont la cote, et si on trouve des sites Web de fétichistes amateurs de fumeuses de cigarettes, on en trouve aussi qui vénèrent les anorexiques). Selon l’Association américaine de psychiatrie, le fétichisme se définit comme «un ensemble de fantasmes récurrents, sexuellement excitants, de pulsions sexuelles ou de comportements impliquant l’utilisation d’objets inanimés (comme des sous-vêtements féminins)».

«Les connotations de déviance sont vendeuses, explique Valerie Steele dans son excellent essai Fétiche - Mode, sexe et pouvoir (Abbeville). C’est aussi l’une des raisons principales de la reprise des thèmes fétichistes dans la mode.»

De Jean-Paul Gaultier à Vivienne Westwood ou Karl Lagerfeld, de Betty Page aux Sex Pistols ou Madonna, cette mode théâtralisée épouse les formes du corps et sexualise le moindre mouvement conscient ou non, provoqué ou suggéré, flirtant tantôt avec le chic terroriste, tantôt avec un sex-appeal mutin. «Le corset a été l’un des premiers vêtements fétiches et reste l’un des plus importants», prétend Valerie Steele. À Montréal, la London Life League défend et encourage le port du corset pour les hommes et les femmes.

«L’homme moderne devrait être fier d’appartenir à une dynastie qui remonte aux Minoens et se perpétue jusqu’à l’officier et au dandy britannique», peut-on lire dans l’un de ses bulletins. «On rencontre maintenant, dans les boîtes, des jeunes, surtout homosexuels, qui portent des corsets ouvertement, comme vêtements», ajoute l’auteur de Fétiche.

Le talon haut : bon second

Les souliers, bien sûr, ne sont pas en reste et le fétichisme du pied remonte au bandage des pieds chez les Chinois, qui appréciaient la démarche vacillante d’une femme et estimaient que les bandelettes aidaient à muscler le vagin.

talon haut sur bois francLe talon haut arrive bon second au palmarès de la culture fétichiste.

«L’angoisse de la performance est une peur masculine et c’est peut-être pour cette raison, parmi d’autres, que le fétichisme est presque toujours une perversion masculine», soutient Valerie Steele pour qui le fétichisme exprime l’angoisse de l’acte sexuel et permet de transcender la terrifiante réalité de «la viande».

Restent les sous-vêtements, qu’on porte généralement dessus et qui font l’objet d’un trafic très spécial au Japon depuis quelques années. Des hommes d’affaires japonais auraient installé (dans les toilettes de bars?) quatre-vingt-dix distributrices à petites culottes «garanties déjà portées par des écolières japonaises». Vous n’êtes pas obligés de me croire, mais la police nipponne envisageait d’inculper l’entreprise pour «commerce non déclaré d’antiquités».

Appris : que les policiers assistaient à la sortie des habitués du Club Cream à la fermeture du bar chaque premier samedi du mois. Le fantasme de l’uniforme, ça vous dit quelque chose? C’est bien le seul endroit en ville où l’on est content de voir des flics. Ces soirées fétiches organisées par la boutique Il Boléro (6842, rue Saint-Hubert, 514.270.6065) servent avant tout à écouler la marchandise en magasin.

Aperçu : deux de mes ex au Club Cream (5777, boulevard Saint-Laurent), dont un qui ne m’a pas reconnue. J’imagine que je ne suis plus son «genre» en noire.

Trouvé : l’adresse de la London Life League (boîte postale 119, Place Bonaventure, Montréal H5A 1H1). Pour recevoir son bulletin d’information, il faut envoyer 15 $ (quatre numéros). Vous saurez tout, tout, tout, sur le corset et ses adeptes.

Lu : La Débauche, une bédé policière signée Daniel Pennac et Jacques Tardi. Les dessins sont superbes et les répliques délicieuses, vachement modernes. Et on y plante les flics. Un beau cadeau de Saint-Valentin, et moins cul-cul que le chocolat. 24,95 $ chez Gallimard.

Peinture au chocolat sur le corpsÉcouté : le Tom Jones Show en lisant la Débauche ( pas du tout incompatible, vous essaierez). Le chanteur de 103 ans pratique la méthode Nadeau sur scène en chantant She’s A Woman. Et il porte à gauche, contrairement à l’Autriche, c’est visible comme une croix en or dans le shaggy. Chacun ses fétiches (ou son commerce d’antiquités), le mien est au canal Bravo, le mardi à 20h30.

Assisté : au show Le Blues du toaster au Lion d’Or (jusqu’au 13 février). Linda Sorgini, France Castel et Monique Richard donnent un show généreux, tout en voix et en mimiques. Rien à voir avec le fétichisme, mais je leur baiserais les pieds tellement elles donnent envie d’être femme et de se tenir «deboutte». Billeterie : 514.845.7277.

Reçu : de la peinture liquide chocolatée pour le corps avec un pinceau, très in chez les fétichistes du chocolat ou les artistes ratés. Je vous refile ma recette de mousse au chocolat ou ça ira comme ça?