Par Valmont le 02.07.2008 @ 2:35 pm

Dans cette critique de la lecture de la pièce Les Liaisons dangereuses de Heiner Müller, où Jeanne Moreau et Sami Frey y prêtent tout leur être, cette citation de Descartes :

“L’animal fait voir souvent les signes de la joie, de la colère, ou de la peur; quelquefois même, quand il s’agit d’un animal familier comme un chien, nous croyons qu’il exprime par ses mouvements soit la reconnaissance, soit la honte, soit le repentir.

Les liaisons dangereusesToutefois il y a plus d’une raison de juger que nous lui prêtons ici des pensées qu’il n’a point; et l’idée opposée, qui est que l’animal produit par le seul mécanisme tous ces signes éloquents, éclaire beaucoup, au contraire, les passions de l’homme…

… si nous arrivons à comprendre que, même sans y penser du tout, nous ne produirions pas moins au dehors la plupart des signes de la pitié, de l’indignation, du dégoût, sans en rien éprouver.

D’où l’on conçoit deux choses; la première, qui a été ci-dessus exposée, c’est que tout ce qu’il y a de déraisonnable dans les passions a pour cause la mécanique de notre corps; la deuxième, c’est qu’il n’y a de passions que dans l’âme, c’est-à-dire qu’autant que ces aveugles mouvements du corps changent nos opinions et nos résolutions.”

Par Valmont le 03.01.2008 @ 11:14 pm

Ce texte est une traduction en français par libertas du texte The Chilling Winds of Cyberia.

J’aimerais savoir ce que les autres n’aiment pas des communications Internet, soit les courriels, les canaux de clavardage, les newsgroups, les sites d’annonces, les sites web, les blogues, enfin tout.

Qu’est-ce qui vous a le plus irrité ? Qu’est-ce qui dans la vie virtuelle vous tape le plus sur les nerfs ? Comment, d’après vous, le monde virtuel est-il si différent de la vie réelle ?

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Par Valmont le 26.12.2007 @ 12:31 am

Elle évoque un voyage :

“Voilà un pays “soigneux” et caressant.
C’est l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance.
Ces attitudes sont rassurantes, gratifiantes, tranquilles, sereines.
Le goût du détail, de la beauté, de l’harmonie.
Même la pluie y est douce.
C’est mon plus beau voyage, un magnifique cadeau.”

Sendai - escaliers du templeJe crois deviner l’émotion ressentie par cette femme à ces différences entre le plein et le vide, entre le silence et le bruit.

L’homme de théâtre Robert Lepage disait un jour en revenant du Japon que nous avions la fâcheuse manie en Occident d’exprimer nos émotions “en nous garrochant sur les murs” et “en étalant nos tripes sur la table”, comme si cela prouvait de manière irréfutable que nous les vivions ces émotions et que celles-ci nous atteignaient (Gary parlait de preuves d’existence).

Lepage avait découvert là-bas d’autres modes d’expression des émotions qui, sans être aussi démonstratifs et bavards, n’en n’étaient pas moins valides, via par exemple le kabuki.

Il aurait pu ajouter la pratique du shibari.

Je crois ègalement que nous sommes en mesure d’atteindre la même plénitude où que nous soyons. On n’a pas besoin d’un billet d’avion aller simple vers la campagne nippone pour atteindre le soigneux et le caressant.

Je suis sensible à la capacité de porter en soi ce que j’appelle ces continents intérieurs, tous ces climats psychologiques, ces géographies intimes. Cette attitude qu’Alicine appelle l’honneur, le respect, la politesse, la propreté, les égards, la prévenance, la sérénité. Cette tranquille assurance toute érotique qui gratifie autant la tête que le corps. Est-ce vraiment requis de parcourir la moitié du globe pour fouler le sol de ces terrains argileux? A-t-on vraiment besoin d’attendre après les autres?

Atteindre ce pays en soi est un chemin qui peut s’avérer long. Quand on le trouve, il ne nous quitte plus, nous suit partout.

Comme une soumise au bout de notre laisse.

Photo : Alic’ine Her Wonderland.

Par Valmont le 06.12.2007 @ 6:13 pm

Pour bien des soumises et des dominants, le collier est un élément important du folklore bdsm, au même titre que le code vestimentaire, les tics de langage, la présence de jouets adultes, l’espace de jeu appelé donjon ou que sais-je. Le mousqueton, tiens.

Le collier va néanmoins une coche plus loin que les autres éléments folkloriques. C’est un geste identitaire fort, c’est l’expression d’une forme de marquage au même titre qu’une marque commerciale. Comme dans le branding pratiqué par les grandes agences de communication et les organisations, le collier indique un positionnement. Il défend un territoire et affirme les valeurs propres de la personne dominante et de la personne soumise liées par cette forme de reconnaissance. Il participe d’une culture nourrie, ce collier. Il forme fréquemment un tandem avec cet autre attribut fort de la marque bdsm : le nom, le pseudonyme.

Le collier peut être sacrément important dans la vie d’une personne soumise, dans sa façon de voir et de vivre son bdsm. En ce sens, porter le collier par jeu est tout à fait honorable. Pour être passé par là.

Le collier peut être saprément important dans la vie d’un dominant. Il témoigne de son pouvoir, de sa force, de ses capacités feintes ou réelles de veiller sur une ou quinze soumises. C’est un élément de prestige important.

le dominant met le collier à la soumise en vue de débuter la séance bdsmLe collier comme partie intégrante du folklore bdsm. Combien de gens considèrent impératif ce folklore qui leur permet de se mettre en train? Sans quoi le décollage est ardu voire impossible?

Bien évidemment, penser à tous ces rôles délicieux que nous pouvons jouer avec tel costume attise l’imagination. Parler de ce qu’on peut accomplir avec une croix de Saint-André nous transporte déjà dans des états d’être hors de nous. Bien évidemment, nous n’aurons pas l’impudeur de dire ici que lui faire humer nos bottes… ou la laisser baiser notre main… déclenche une réaction en chaîne proche de la libération de l’atome.

Bref, le folklore oui quand il est au service de notre imagination et de notre volonté. Je veux bien. Ce sont des outils. Ce ne sont que des outils.

Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.

Contrairement au côté impersonnel du donjon et des jouets de toutes formes, le collier (tout comme le costume) revêt une dimension plus personnelle, ancrée dans l’identité. Il marque pour beaucoup la prise de possession de la soumise par le dominant et sa « protection » de l’environnement bdsm réputé âpre et hostile. Il officialise aux yeux de la soumise et du dominant leur « lien bdsm », de même qu’il exprime aux yeux de qui veut bien le lire et l’entendre l’appartenance de la soumise à ce dominant.

Je dis : prise de possession de la soumise par le dominant, appartenance de la soumise au dominant. Ce sont de grands mots. Certains vont parler d’engagement, d’une certaine forme de reconnaissance, ou encore d’une promesse. Pourquoi pas d’une dette? C’est aux membres de l’interaction d’attribuer le sens du collier envisagé ou de toute autre forme de marquage (bijou, tatou, contrat, titre de propriété, etc.), de même que le moment opportun pour le faire.

Je trouve qu’en général, les gens vont beaucoup trop vite dans ce genre de choses. Mais il s’en trouve pour considérer que des gens comme moi vont beaucoup trop lentement, le rythme de la vie étant si infernal qu’il faille ne rien remettre à demain de peur qu’il ne se pointe pas au rendez-vous. Enfin, tout cela est affaire de choix et je suis heureux de constater aujourd’hui que mademoiselle n’est plus aussi pressée par le collier. Il y a des enjeux beaucoup plus passionnants en cours.

En même temps, chez beaucoup d’autres amateurs de bdsm, le collier n’a rien d’honorable. Il fait parfois peur, son symbolisme lourd ne colle pas nécessairement à ce que certaines personnes cherchent dans le bdsm, prenant pour acquis qu’elles cherchent bien quelque chose dans ces pratiques.

Porter le collier pour prouver quoi? À qui?

Le port du collier n’est qu’une activité bdsm parmi d’autres. Ce n’est pas une obligation de la soumise. Il n’y a pas de loi l’imposant. T’es pas moins dominant ou maitre parce que TA soumise ne porte pas TON collier. Le ciel ne craquera pas si une soumise ne porte pas le collier de son maître pour indiquer le sérieux de sa démarche.

Le collier pour quoi faire? La protéger? Le beau leurre. Comme si la soumise ne pouvait se protéger elle-même. Condition première du caractère sain de sa soumission.

Non mais sérieux, un collier pour quoi faire? Te protéger toi, Monsieur le dominant? À ce moment-là, tu vas te rendre compte vite du caractère éphémère de l’interaction bdsm; surtout si tu as l’occasion de te faire dire un jour par la mère de tes enfants devant la Cour supérieure qu’elle était pas d’accord finalement tout ce temps pour faire du bdsm.

Tu vas alors t’apercevoir qu’elle portait ce collier pour se montrer à toi tellement dévouée et soumise, même devant les amis ou la famille. Tu vas comprendre qu’elle se pavanait en collier à la fois par orgueil, pour prouver sa valeur, par défi, pour narguer l’entourage, par bravade, pour montrer qu’elle était capable de le faire, elle; maniant la disponibilité de son dévouement et de sa soumission dans le registre érotique, à la fois pour exciter les autres mâles autour et embêter leurs femmes.

Collier ou corde au cou?En ce qui me concerne, je vois aujourd’hui le recours à tous ces objets du folklore bdsm comme des sources de bruit dans ma relation avec une soumise aspirante. Comme si on ne pouvait réfléchir ressentir vibrer ni même vivre l’interaction bdsm, ou la relation bdsm à plus forte raison, sans l’aide de tout cet attirail qui obscurcit le jugement au lieu de l’éclairer.

Tu vas voir aussi que la valse des colliers dans la communauté le zhumanity bdsm n’est une danse belle à regarder danser. En fait, je la trouve ni belle ni digne de ce que nous sommes réellement capables de faire.

Photo : Audrey Eroshkin via vertigeetsilence.canalblog.com.

Par liberté{+} le 19.10.2007 @ 6:39 am

Pour être accepté par le “milieu” BDSM, pour y faire sa place, nous devons nous conformer aux normes établis en BDSM. Les comportements sont beaucoup plus conditionnés par les normes en vigueur qu’on ne le pense; par le consensus, par cette culture underground du « Tout le monde le fait ainsi, fais-le donc ».

Mais jusqu’où peut-on se conformer sans perdre son autonomie et sa liberté ? C’est là la question. La pression exercée par le milieu est telle qu’il est difficile de s’y soustraire, même relativement, sans être perçu comme “déviant” et risquer l’exclusion.

La société tolère mal que nous soyons différent de la norme, que l’on choisisse de vivre différemment.

Dans le monde BDSM, cela est encore plus criant.

Tout est conçu dans ce monde underground de telle sorte qu’il faille se conformer, se dépersonnaliser, s’adapter … Cela est criant des deux côtés. Un « vrai » dominant fera ceci ou cela. Une « vraie soumise dans l’Âmmmmmme » agira de telle façon, elle apprendra cela, elle exaucera tous les désirs de son “Masterrrrrr”, sous peine d’être traités de « faux » et de « fausses » et d’être ainsi rejetés par cette même communauté qui… prône l’acceptation de la différence.

Nous assistons à un cocooning BDSM, c’est-à-dire à une façon de vivre au milieu de son confort, préoccupé par son seul bien-être, d’un repli sur soi, d’un refus d’assumer la responsabilité de ses choix.

Le BDSM est-il devenu seulement « voyeur » et non plus acteur de nos vies?

J’ai de la difficulté à croire que les personnes BDSMistes préfèrent se contenter d’un rôle de figurant au rôle principal de leur propre vie.

Choisir une sexualité alternative comme le BDSM, c’est accepter d’être rejeté, mis à part de la société. Et cela je le savais dès le départ, au moment de mon choix.

Ce que je ne savais pas, c’est que cela voulait dire aussi être mis à part du « milieu » si tu n’obéis pas au code et règles de vie et comportements. Alors même que l’on affiche sa marginalité, que l’on exige le respect de sa différence, à l’intérieur même de cette micro-société, on exige la normalité et le conformisme.

M. Jacques Languirand exprime très bien la différence et l’excentricité dans ce passage :

« L’initié, c’est celui qui a le courage de mourir à l’être collectif, à l’être indifférencié, pour naître à l’être individuel; qui a le courage d’être autonome et d’affirmer sa différence en ne craignant pas d’agir, de penser, de vivre autrement que tout le monde; qui a le courage de se définir en dehors de la norme et d’être libre.

Si vous êtes conformiste dans votre manière d’être, d’agir et de penser, il est grand temps que vous mettiez fin à ce comportement dangereux pour votre équilibre tant physique que psychique. Surtout si vous aspirez à demeurer jeune longtemps ! Devenez donc créateur de votre vie. Ouvrez-vous à ce qui est différent. Faites preuve d’imagination et comportez-vous autrement. Votre salut est dans la folie… À la rigueur je consens à dire : dans une certaine folie.

Car les gens vieillissent comme ils ont vécu. Si aujourd’hui vous pensez toujours comme tout le monde, si vous agissez toujours comme tout le monde, bref, si vous êtes comme tout le monde : conformiste, terne et plat, vous le serez de plus en plus en prenant de l’âge; vous vieillirez comme tout le monde et vous mourrez d’ennui – comme à peu près tout le monde.

Il est donc capital, à l’occasion, de transgresser les règles. À la condition, bien sûr, que ça ne fasse de tort à personne. Transgresser les règles est une expérience libératrice.

Être libre c’est être différent de tout le reste. Être différent, c’est être vivant.

La vie se manifeste dans la diversité. Étonnez-vous les uns les autres ! Soyez différents les uns des autres mais soyez-le rapidement avant que nous ne mourions tous d’ennui… Naissez à vous-mêmes ! Soyez vivants !»

Chacun de nous à des valeurs fondamentales qui constituent sa personnalité et qui ne peuvent être détruits, pas même par amour.

Si vous n’êtes pas Vous, qui le sera?