Par Valmont le 01.12.2008 @ 1:50 am

Pour une raison qui m’échappe et que je réalise au moment de feuilleter un bel album de photos, je me suis éloigné depuis un certain temps d’une des pratiques que j’apprécie le plus dans les jeux bdsm, c’est-à-dire le nawa shibari, ces figures du ligotage nippon élevé au rang des beaux-arts. Il faudra bien que je me penche sur cet éloignement sous peu.

Entretemps, ci-dessous, un flash tiré d’une soirée libertine en septembre dernier au Balajo.

J’aime beaucoup cette idée d’un “voyage initiatique et sensuel au cœur des multiples facettes artistiques de l’érotisme”, mis de l’avant par l’œil d’Eros.


Shibari performance by Shadow and Mel

Photo : Shibari performance by Shadow and Mel, Cortez77_fr.

Par Valmont le 07.11.2008 @ 2:27 pm

“La fessée permet d’exprimer des pulsions sadomasochistes que nous avons tous en nous, sans nécessairement entrer dans une relation Domination/soumission avec tout ce que cela implique.

Elle peut s’exercer pour le simple plaisir. Je l’ai pratiquée ainsi avec la plupart de mes partenaires. A travers ces expériences j’ai acquis la conviction que la fessée peut être le plus bel rapport érotique qui soit, dans le cadre de rapports de confiance mutuelle et de maîtrise de soi.”

… peut-on lire sur le site L’Art de la Fessée érotique par Arnaud.

L Art de la fessée de Milo Manara et Jean-Pierre ÉnardJe ne saurais être plus en accord avec ce propos. Une fessée chaude et sensuelle est un rapport intime capable de catapulter autant le fesseur que la fessée dans des zones extatiques. C’est beau la vie!

On parle souvent du subspace, cet espace psychique et physiologique où la personne recevant une douleur peut vivre un état second proche de la transe. On pourrait évoquer tout autant cet espace atteint par la personne administrant cette douleur. Non seulement ses mains prennent des teintes vermeil et deviennent chaudes et résonnantes, mais tout le corps vibre, le cerveau devient comme un moteur à explosion.

Ce doit être ça la transmutation du plomb en or. Domspace!

Hum, il est bien terrible de lire et d’écrire sur le sujet. Cela me donne l’envie d’offrir à mademoiselle une bonne fessée comme je les aime.

Lire la suite »

Par Valmont le 28.09.2008 @ 8:02 pm

Le blogue cercle O est la création de Valmont, un homme de 44 ans de la région de Montréal, qui porte ce pseudonyme dans la Toile depuis 1996.

Je m’intéresse aux échanges de pouvoir érotiques depuis plus de dix ans, bien que je m’adonnais à certaines pratiques alors que je n’en connaissais ni le nom ni les principes depuis la fin de l’adolescence.

Monsieur le Vicomte et mademoiselle VolangesJournaliste dans une vie antérieure, oeuvrant dans le marketing et les communications, je guide les pas de mademoiselle inukshuk par l’entremise du blogue Les Miroirs des âmes depuis le printemps 2006.

Pour ceux et celles qui se posent la question, je suis la même personne qui avait mis sur pied le site www.cercleo.com en 2001. Le site cercle O renaît donc de ses cendres sous un format différent.

Pour en savoir davantage sur l’auteur de ces lignes, outre la lecture de ce blogue, je vous invite à parcourir mon profil Facebook, celui de FetLife, ou encore celui de Collarme.

Je suis également l’auteur de quelques ressources bdsm dans le web, dont ce carnet d’adresses Delicious contenant plus de 700 sites en rapport avec les échanges de pouvoirs, une page Facebook consacrée à Pauline Réage de même que le site web, Autour d’O, et une galerie de photos bdsm fort appréciées dans Flickr.

Au plaisir de vous lire.

Photo : John Malkovich en vicomte de Valmont et Uma Thurman en mademoiselle de Volanges dans le film The Dangerous Liaisons de Stephen Frears, une adaptation du roman Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

Traitement photo : phebee ~ janv 2001.

Par Valmont le 06.01.2008 @ 8:14 pm

Comparant les revendications gaies au manque de revendications des adeptes bdsm, Mona Sammoun dans Tendance SM – Essai sur la représentation sadomasochiste, relaie cette diatribe lancée par des participants à la SM Pride londonienne  :

« Pourquoi être membre d’une organisation SM? Parce que nous sommes renvoyés de notre boulot en tant que SM. Parce que nos enfants nous sont retirés. Parce que nous sommes harcelés par les médias et persécutés par la police. Parce que nous sommes qualifiés de ‘malades mentaux’. Parce que notre consentement n’est pas considéré comme une défense. Parce qu’on nous apprend à nous haïr nous-mêmes. Parce qu’on est accusés de ‘maltraitance’. Parce que nous sommes de plus en plus nombreux à sortir du placard tous les jours. Parce que nous refusons l’intimidation. Parce que nous avons tous le droit à une vie privée. Parce que nous sommes fiers. »

Je récuse fortement cette vision par trop « adolescente » des choses. Ma propre histoire personnelle, en regard de ces questions, dément ces faits. Vous me direz que je vis au Québec, et non au Maryland, dans le Lincolnshire, en Val-et-Marne ou dans le Vaudois. Et qu’il y a possiblement des différences d’appréciation entre les endroits, sauf pour une chose : l’expression publique des fantasmes bdsm.

Mais je vous le demande : a-t-on vraiment besoin de promener sa soumise en laisse à quatre pattes durant l’heure de pointe? Qu’a-t-on à prouver exactement?

Si les gais et les lesbiennes ont besoin de reconnaissance et de protection, c’est que ces gens ne choisissent pas d’être gais ni lesbiennes, quoi qu’en disent l’imam Jaziri et Benoit XVI.

De nombreux gais et lesbiennes font le choix de cacher leur orientation sexuelle pour mille raisons. Cela les regarde.

En matière de bdsm, il ne faut pas confondre l’organe et la fonction. L’amateur de pratiques bdsm a toujours le choix. Le choix de reconnaître ou non ses désirs de servitude ou ses fantasmes de domination érotique. Le choix d’entrer dans des interactions bdsm avec autant de personnes que voulues. En toute connaissance de cause. Quitte à se lancer dans du power exchange diving sans précaution ni sécurité, aimant flirter avec le réel danger, comme les amateurs de barebacking qui désigne ces rapports non protégés entre séronégatifs. Autrement dit, entre gens qui portent en eux le virus du VIH.

Le bdsm peut devenir une partie importante de notre identité, j’en conviens, mais il n’est pas notre identité. On peut très bien se définir comme une personne pratiquant le bdsm, et pourtant se passer du bdsm durant une longue période de temps et ne pas s’en porter plus mal.

Freud a beau dire que tous les enfants portent en eux des pulsions sadiques et masochistes, et qu’en grandissant normalement, ces pulsions se résorberaient d’elles-mêmes, je ne saisis pas le point de vue des gens qui affirment que le bdsm est une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité. Le bdsm transcende les orientations sexuelles.

Laissons parler Sammoun :

« Contrairement aux homosexuels dont la préférence sexuelle est vécue comme une marque de leur identité, les sadomasochistes peuvent être en même temps hétéros, homos, bisexuels, travestis ou transsexuels. Leur pratique remet en question la plupart des repères définis par la médecine : les notions de féminin, masculin, actif, passif, etc. Le discours sur la sexualité élaboré au XIXe siècle, et poursui par les psychanalystes jusqu’à aujourd’hui, suscite le débat. La déconstruction de ce discours est en cours et la déculpabilisation des tendances sexuelles et minoritaires se poursuit. »

Bref, l’adepte bdsm a toujours le choix de faire du bdsm. Mais il pourrait tout aussi bien sublimer son agressivité en s’adonnant à la boxe. Il pourrait très bien assumer ses pulsions de soumission dans la plongée sous-marine. Ou vivre les plus grands frissons en sautant en parachute ou en gagnant le gros lot à l’émission Le Banquier.

Je reviens à ma propre histoire, en regard à la citation au début de ce billet.

Ça m’a pris un certain temps à le comprendre et l’accepter, mais je constate que je ne perds pas la garde de mes enfants parce que je pratique le bdsm.

On me retire la garde de mes enfants parce que leur mère prétend que si elle se prêtait au jeu au départ, elle a changé d’idée en cours de route. Qu’elle n’était plus d’accord, qu’elle n’était plus consentante aux échanges de pouvoirs. Et que par conséquent, elle vivait sous une emprise négative, maléfique, la peur, la crainte pour elle et ses enfants. Elle n’a pas besoin de le prouver formellement. Seule sa crainte suffit.

Cela n’est malheureusement pas différent des cas classiques de violence conjugale où devant la femme qui prétend avoir été battue, le père voit fondre ses recours parce que l’appareil judiciaire a mis en place (et avec raison) des mécanismes permettant de protéger les femmes des abus et de la violence.

Or, la Cour ne doit pas me considérer si dangereux pour mes enfants malgré des affirmations odieuses de leur mère et malgré les allégations les plus surréalistes. Car la Cour me confie la garde des enfants une fin de semaine sur deux, seul, sans supervision ni encadrement, sans personne pour prendre des notes sur mes paroles, mes gestes et mes comportements envers mes enfants.

La Cour ne doit pas me considérer dangereux car je n’ai jamais fait l’objet d’aucune plainte, je n’ai jamais été arrêté ni inculpé de quelque chef que ce soit, bien que j’aie confessé volontiers et sans honte faire du bdsm sur une base régulière devant la Cour et les services sociaux.

La mère a prétendu devant le magistrat qu’elle m’avait retiré son consentement, mais que je n’étais pas d’accord à ce qu’elle sorte du jeu bdsm. Or, c’est amusant de constater qu’au moment où elle fait cette affirmation sous serment, il y avait déjà deux ans que nous avions remisé le bdsm sous le boisseau, avec la venue d’un premier enfant, puis d’un second. En d’autres termes, elle se mêle dans ses pinceaux, la madame. Elle jongle avec les faits. Elle manie adroitement les demi-vérités. Elle prétend que je ne respecte pas son consentement face aux jeux bdsm, mais il y a déjà deux ans que nous n’avons plus aucune interaction bdsm.

Quelle emprise! Quel manque de choix! Quelle malheureuse petite victime d’un grand méchant loup!

Sans le dire ouvertement, je sens que les juges devant lesquels nous sommes passés depuis 2004 ne la croient pas cette mère. Sinon, ils ne me laisseraient pas les enfants. Elle peut faire de l’obstruction en refusant de collaborer, et multiplier les plaintes et les procédures, nous revenons toujours à la case de départ : on ne peut empêcher des enfants de voir un père qui ne représente aucun danger pour eux et qui veille à leurs besoins.

De l’autre côté, sauf conditions bien spécifiques, ces juges ne peuvent pas m’accorder la garde partagée car selon la loi, pour ce faire, il faut qu’en dernier recours, madame soit d’accord pour parvenir à cet équilibre dans les responsabilités parentales des uns et des autres.

Bienvenue dans le domaine de l’arbitraire. Tout le contraire de l’échange de pouvoirs sainement consenti.

Par Valmont le 06.12.2007 @ 6:13 pm

Pour bien des soumises et des dominants, le collier est un élément important du folklore bdsm, au même titre que le code vestimentaire, les tics de langage, la présence de jouets adultes, l’espace de jeu appelé donjon ou que sais-je. Le mousqueton, tiens.

Le collier va néanmoins une coche plus loin que les autres éléments folkloriques. C’est un geste identitaire fort, c’est l’expression d’une forme de marquage au même titre qu’une marque commerciale. Comme dans le branding pratiqué par les grandes agences de communication et les organisations, le collier indique un positionnement. Il défend un territoire et affirme les valeurs propres de la personne dominante et de la personne soumise liées par cette forme de reconnaissance. Il participe d’une culture nourrie, ce collier. Il forme fréquemment un tandem avec cet autre attribut fort de la marque bdsm : le nom, le pseudonyme.

Le collier peut être sacrément important dans la vie d’une personne soumise, dans sa façon de voir et de vivre son bdsm. En ce sens, porter le collier par jeu est tout à fait honorable. Pour être passé par là.

Le collier peut être saprément important dans la vie d’un dominant. Il témoigne de son pouvoir, de sa force, de ses capacités feintes ou réelles de veiller sur une ou quinze soumises. C’est un élément de prestige important.

le dominant met le collier à la soumise en vue de débuter la séance bdsmLe collier comme partie intégrante du folklore bdsm. Combien de gens considèrent impératif ce folklore qui leur permet de se mettre en train? Sans quoi le décollage est ardu voire impossible?

Bien évidemment, penser à tous ces rôles délicieux que nous pouvons jouer avec tel costume attise l’imagination. Parler de ce qu’on peut accomplir avec une croix de Saint-André nous transporte déjà dans des états d’être hors de nous. Bien évidemment, nous n’aurons pas l’impudeur de dire ici que lui faire humer nos bottes… ou la laisser baiser notre main… déclenche une réaction en chaîne proche de la libération de l’atome.

Bref, le folklore oui quand il est au service de notre imagination et de notre volonté. Je veux bien. Ce sont des outils. Ce ne sont que des outils.

Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.

Contrairement au côté impersonnel du donjon et des jouets de toutes formes, le collier (tout comme le costume) revêt une dimension plus personnelle, ancrée dans l’identité. Il marque pour beaucoup la prise de possession de la soumise par le dominant et sa « protection » de l’environnement bdsm réputé âpre et hostile. Il officialise aux yeux de la soumise et du dominant leur « lien bdsm », de même qu’il exprime aux yeux de qui veut bien le lire et l’entendre l’appartenance de la soumise à ce dominant.

Je dis : prise de possession de la soumise par le dominant, appartenance de la soumise au dominant. Ce sont de grands mots. Certains vont parler d’engagement, d’une certaine forme de reconnaissance, ou encore d’une promesse. Pourquoi pas d’une dette? C’est aux membres de l’interaction d’attribuer le sens du collier envisagé ou de toute autre forme de marquage (bijou, tatou, contrat, titre de propriété, etc.), de même que le moment opportun pour le faire.

Je trouve qu’en général, les gens vont beaucoup trop vite dans ce genre de choses. Mais il s’en trouve pour considérer que des gens comme moi vont beaucoup trop lentement, le rythme de la vie étant si infernal qu’il faille ne rien remettre à demain de peur qu’il ne se pointe pas au rendez-vous. Enfin, tout cela est affaire de choix et je suis heureux de constater aujourd’hui que mademoiselle n’est plus aussi pressée par le collier. Il y a des enjeux beaucoup plus passionnants en cours.

En même temps, chez beaucoup d’autres amateurs de bdsm, le collier n’a rien d’honorable. Il fait parfois peur, son symbolisme lourd ne colle pas nécessairement à ce que certaines personnes cherchent dans le bdsm, prenant pour acquis qu’elles cherchent bien quelque chose dans ces pratiques.

Porter le collier pour prouver quoi? À qui?

Le port du collier n’est qu’une activité bdsm parmi d’autres. Ce n’est pas une obligation de la soumise. Il n’y a pas de loi l’imposant. T’es pas moins dominant ou maitre parce que TA soumise ne porte pas TON collier. Le ciel ne craquera pas si une soumise ne porte pas le collier de son maître pour indiquer le sérieux de sa démarche.

Le collier pour quoi faire? La protéger? Le beau leurre. Comme si la soumise ne pouvait se protéger elle-même. Condition première du caractère sain de sa soumission.

Non mais sérieux, un collier pour quoi faire? Te protéger toi, Monsieur le dominant? À ce moment-là, tu vas te rendre compte vite du caractère éphémère de l’interaction bdsm; surtout si tu as l’occasion de te faire dire un jour par la mère de tes enfants devant la Cour supérieure qu’elle était pas d’accord finalement tout ce temps pour faire du bdsm.

Tu vas alors t’apercevoir qu’elle portait ce collier pour se montrer à toi tellement dévouée et soumise, même devant les amis ou la famille. Tu vas comprendre qu’elle se pavanait en collier à la fois par orgueil, pour prouver sa valeur, par défi, pour narguer l’entourage, par bravade, pour montrer qu’elle était capable de le faire, elle; maniant la disponibilité de son dévouement et de sa soumission dans le registre érotique, à la fois pour exciter les autres mâles autour et embêter leurs femmes.

Collier ou corde au cou?En ce qui me concerne, je vois aujourd’hui le recours à tous ces objets du folklore bdsm comme des sources de bruit dans ma relation avec une soumise aspirante. Comme si on ne pouvait réfléchir ressentir vibrer ni même vivre l’interaction bdsm, ou la relation bdsm à plus forte raison, sans l’aide de tout cet attirail qui obscurcit le jugement au lieu de l’éclairer.

Tu vas voir aussi que la valse des colliers dans la communauté le zhumanity bdsm n’est une danse belle à regarder danser. En fait, je la trouve ni belle ni digne de ce que nous sommes réellement capables de faire.

Photo : Audrey Eroshkin via vertigeetsilence.canalblog.com.

Par Valmont le 02.11.2007 @ 1:03 pm

C’était à l’automne 2000, je crois.

J’étais à ce moment-là fort déçu. Non, pas déçu autant que de très mauvaise humeur. Pour ne pas dire fâché.

Fâché envers une personne, une soumise. Fâché envers un tas de croustelevez qui se réclament du bdsm, et qui sont en réalité des clowns tristes et des pitres insignifiants. Des gens qui manifestement n’ont pas la moindre idée de la difficulté réelle et des périls de la relation fondée sur les échanges de pouvoirs érotiques, mais qui ont l’outrecuidance de se mêler allègrement des affaires des autres, parce que leur vie…

Comme si tout était simple quand il s’agit de dominer, n’est-ce pas? Comme si tout était facile, où les problèmes se résolvent d’un seul claquement de doigts. Car on le sait bien, un dominant n’a qu’à exiger pour obtenir.

Que le maulubec vous trousque viets d’aze!

Je venais de donner son 4 % à une soumise, après des semaines à tenter laborieusement un atterrissage en douce. À vouloir recadrer ses énergies et ses priorités. À ralentir la cadence des interactions bdsm avant d’arriver tête première dans le mur.

Parce que dans mon livre à mouah, une femme prête à larguer mari et enfants pour partir avec son Maître sur un tapis volant, c’est le genre de scénario charmant qui fait les délices de la programmation cinéma de Canal-Vie, mais une fois la télé éteinte…

Parce qu’une soumise mariée qui habite à douze heures de route et qui refuse à son maître de se faire une copine, ce n’est plus une question de double standard ou de mauvaise foi, c’est une perte flagrante de perspective et du sens des réalités.

C’est perdre de vue que le bdsm ne doit jamais mettre en péril notre vie quotidienne, nos acquis familiaux, professionnels et amicaux. Voire nos repères amoureux.

Fréquentant assidûment à l’époque le palace Québec-BDSM où j’avais créé un grand nombre de pièces à l’intention des visiteurs désireux de se familiariser avec les activités et la philosophie bdsm, et même une petite page web sur feu Multimania (ô doux souvenirs), ce sont des conversations avec deux soumises d’expérience qui me sauvent de la déroute. D’un certain découragement face aux comportements et agissements d’un grand nombre de femmes se disant soumises, où les désespérées du cœur ou du cul foisonnent.

On entend souvent dire que les bons maîtres sont plus rares que de la marde de pape. On peut en dire autant des soumises, ma très chère sœur.

Ces deux soumises donc, chloé et bijou, me font voir que je ne dois pas généraliser. Que les soumises sérieuses dans leurs démarches, elles existent. Qu’au bout du compte, au lieu de blâmer xyz pour mes déboires et revers, ou de tout lâcher, je suis peut-être mûr pour passer à un autre palier dans ma découverte des échanges de pouvoirs érotiques.

Jusque là, mes expériences bdsm s’étaient toujours déroulé dans la sphère privée, avec des conjointes, des copines ou de pures inconnues rencontrées dans un cadre vanille qui virait au chocolat.

Mais jamais je n’étais sorti en public. À jouer devant des personnes inconnues. Passer de la pratique bdsm privée à la pratique bdsm devant public est un grand pas qui ne se franchit pas aisément, même pour un dominant. Beaucoup ne le franchissent jamais d’ailleurs.

C’est dans la foulée de ces conversations avec les deux soumises susmentionnées qu’un bon soir, l’affriolante chloé (plus masochiste que soumise) m’offrira avec l’accord bienveillant de son maître, une jeune soumise libidineusement délicieuse et allumée pour la durée d’une soirée au Club L’Orage International, le fameux club échangiste à Montréal qui organisait à l’époque des soirées « fetish » de temps à autres.

Comme je me sentais gauche, impressionné. Ébloui par les lieux et son atmosphère ludique. Ébloui par la possibilité de s’offrir sans gêne ni pudeur (enfin, si… un peu). Ébloui par le don de cette femme qui m’accompagnait dans ces plaisirs parallèles. Ébloui par la truculence de mon chaperon. J’étais à ma place, il n’y avait plus de doute possible, bien que ma place restait à faire. Aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau, mais ce n’était pas encore le large.

Ce moment fut néanmoins pour mouah un nouveau départ qui marquait la fin de quelque chose. Une étape cruciale dans mon cheminement bdsm.

Samedi soir dernier, lors d’une soirée privée, tous ces moments me sont revenus à la mémoire en apercevant parmi les convives ladite bijou devenue entretemps Hera. Ciel c’est… bijou Hera !

Un inconnu se présente à moi : ” Bonjour Comte, heu?”…

” Ah non Monsieur, pas Comte… Ce n’est pas encore l’heure du duel. Vicomte, je vous prie. Monsieur le Vicomte de Valmont. (Apercevant bijou du coin de l’oeil) Attendez pas que bi… Hera vous reprenne mon cher ami, elle est assez à cheval sur les dénominations et elle connaît ses classiques…”

Ah qu’il fait bon manier le rire au lugubre d’une soirée sous le signe des vampires.

Plus tard dans la soirée, je me suis dis que le moment était venu de la remercier la Hera alias bijou pour ses judicieux conseils au tournant du millénaire. Je n’avais aucune espèce d’idée du comment lorsque la lumière vint. Et quelle lumière. Ce fut un petit moment d’improvisation pure comme je les aime.

Écoutez-moi bien, mademoiselle : je veux que vous nettoyiez toute la surface des souliers de la dame avec votre langue, sans oublier un seul recoin. Est-ce que mademoiselle a bien compris ce que Monsieur lui demande?Je lui ai tendu la laisse au bout de laquelle se trouvait une soumise masquée, agenouillée à mes pieds. Ai mis ladite soumise en contexte et lui ai gentiment proposé de nettoyer les souliers de la dame avec sa langue.

Si je me fie aux non-dits, je crois bien que Hera a apprécié grandement l’hommage avec la langue prodiguée à ses beauuux souliers par une plus-que-charmante nana docile.

À vrai dire, ladite nana a apprécié tout autant la situation, se permettant d’aller légèrement plus loin avec sa langue que le cuir du soulier pour déborder sur le bas de la dame qui ne s’en est pas formalisée, on se demande bien pourquoi.

Elle aurait dû.

Ce qui me fait penser que je devrais songer à quelque chose pour remercier chloé.

Photo : Captive Girls.