Le dominant face à la place de l’amour dans l’échange de pouvoirs… en ce qui me concerne, la chose est entendue : je considère désormais l’échange de pouvoirs érotique comme un prérequis à l’amour.
Je souhaite que le bdsm fasse partie intégrante de ma vie de couple. Il en est la condition première, la pierre de fondation. L’amour surviendra en cours de route… s’il a à survenir.
Enfin, il faudrait définir les mots amour et couple et leurs nombreux avatars, afin de ne pas nous quiproquopater vainement comme des escrimeurs dans le jello.
Je considère de plus en plus avantageux on the long run de découvrir une personne sur d’autres bases que les canons esthétiques ou les critères sociologiques usuels. Je suis sensible à ces rencontres où deux étrangers défient les lois de la probabilité, lorsqu’ils entrent en contact, s’ouvrent et s’entrouvent l’un à l’autre avec la majesté lente des escargots pudiques, ouvrant une fenêtre à la fois, apprenant à se connaître, à s’apprécier par petites touches.
Ça me rappelle cette scène d’un film de cow-boy célèbre où le colonel Dunbar rencontre le loup qu’il tient en joue avant de se raviser, le laissant simplement s’approcher si tel est son souhait.
Pour avoir tenté quelques expériences au fil de l’eau, je pense de plus en plus qu’il est beaucoup plus facile de partir du bdsm pour se rendre à l’amour que de partir de l’amour pour se rendre au bdsm.
Mais je peux me tromper.
Paradoxalement, je n’ai pas besoin du bdsm pour vivre. Je peux très bien me passer de ligoter, de cravacher, d’humilier ma douce deux jours, deux mois, deux ans.
Quand mon garçon est venu au monde il y a (déjà) cinq ans, puis ma pitchounette des neiges, je n’ai eu aucune difficulté à mettre le bdsm de côté. J’ai mis tous les moyens en oeuvre afin que la petite putain puisse goûter les joies de la maman sans aucunes entraves. Que le bum de bonne famille prenne le temps de goûter les joies de la paternité as well.
C’était le moment d’équilibrer les diverses identités qui nous habitaient à ce moment-là, il faut croire.
Il n’y avait pas de bdsm à proprement parler durant cette trêve, pas de séances, pas de jeux érotiques communément étiquetés de pervers. Que de la servitude et du dévouement comme on en trouve chez toutes les bonnes petites beauceronnes. Que de la tendresse et de la clownerie. Que de l’écoute patiente et active. Vivre, quoi.
Je n’étais pas pressé. Nous avions la vie devant nous. Nous avions amplement le temps de revenir au bdsm et poursuivre l’exploration de nos âmes sous toutes leurs coutures.
Bon, les mauvaises langues me diront que je m’étais trompé sur les motivations profondes de ladite petite putain, puisque nous ne sommes jamais revenus au bdsm. Nous nous sommes plutôt retrouvés en Cour Supérieure. How charming.
Pourtant, si c’était à refaire, je referais la même chose, Monsieur le Juge.
Vous savez pourquoi, Son Éminence ? Les pratiques bdsm ont beau prendre naissance dans la chambre à coucher voire dans une pièce obscure appelée donjon, elles irradient tout notre être. Nos pratiques bdsm ont beau être ancrées dans notre sexualité, elles équilibrent notre vie dans plusieurs de ses facettes, et pas nécessairement celles auxquelles vous pourriez spontanément penser dans votre grande expérience des aventures humaines.
N’est-il pas merveilleux d’apprendre à canaliser l’agressivité naturelle normale de l’humain pour en tirer des sucs enivrants et sains pour notre santé, Ô Négus Roi des Rois ?
Avoir eu des enfants a fait de moi un bien meilleur guide pour la soumise, il n’y a pas de doute possible. Que n’apprend-on pas lorsque l’amour inconditionnel est présent ? C’est Foglia avec sa verve coutumière qui disait qu’aimer ses enfants était important lorsqu’ils nous faisaient chier… surtout lorsqu’ils nous faisaient chier… :- ))
Mes expériences bdsm font de moi un papa soucieux de ne pas chercher à contrôler la vie de mes tout-petits de A à Z. Ce n’est pas rien, Grand Schtroumpfissime.
Concilier les rôles de la maman, de la vierge et de la putain dans la même femme n’est-il pas le plus beau projet qu’un homme puisse concevoir pour sa douce, Sa Grandeur ? Ce me semble une démarche tellement saine, drôlement inspirante et nettement plus confortable que de céder à l’hypocrisie de ceux et celles nombreux qui semblent chercher constamment à nier leur animalité par orgueil, honte ou frayeur.
Intimité cacao à la vanille. Eh quoi ? C’est si bon le cacao… et la vanille dans le yogourt sur une peau délicate.
Vivre sans cacao ? Oh ce n’est pas impossible à considérer. Mais pourquoi se priver des bonnes choses de la vie ?
Et puis, quelle est donc cette pudeur idiote autour des plaisirs simples de la sexualité ? Les tenants de l’”idéologie bdsm” auraient-ils des difficultés à partager leur intimité au delà de leurs performances olympiques ?
Image : Ben Glass/Orion Pictures via The New-York Times.
C’est bien difficile de dire à une soumise avec laquelle on chemine depuis
Ce texte est tiré d’un article de la journaliste Silvia Galipeau dans 
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