Skin TWO Films Presents London Fetish Girls
Par Valmont le 10.09.2009 @ 9:18 am

Non Janus, le bdsm n’est pas une fin en soi.

Il faut être capable d’en sortir de l’échange de pouvoirs. De faire autre chose. Du moins dans un cadre relationnel.

C’est d’ailleurs la condition principale établie par le DSM IV de l’American Psychiatric Association sur le caractère sain des pratiques bdsm. Ne pas pouvoir sortir du cadre bdsm, être incapable d’établir la relation d’intimité sur d’autres bases que l’échange de pouvoirs et tout le bataclan, il y a peut-être un problème, Houston.

photo par Eric Charles

Photo : Eric Charles.

Par Valmont le 14.05.2008 @ 7:26 pm

J’ai confectionné à l’automne 2006 un petit tableau sous format tableur dans Googledocs, à partir du texte La soumise, la servante, l’esclave, la propriété : les termes de la soumission dans l’échange de pouvoirs érotique.

Je reprends dans ce tableau les termes de la soumission proposés par Sar, chacun avec ses composantes spécifiques et sa définition usuelle.

En y ajoutant la possibilité de noter chaque composante, je me suis rendu compte que cette typologie pouvait m’aider à mieux identifier les besoins et désirs de mademoiselle, à structurer son apprentissage de la soumission sur des bases simples et concrètes, et à orienter mes propres énergies en ce sens.

Dans ce contexte, ce qu’on appelle usuellement les activités bdsm se révèlent alors pour ce qu’elles sont réellement : des moyens à la disposition du guide et non des fins en soi.

En fait, ce tableau m’a confirmé ce que je savais déjà : aussi divertissantes puissent-t-elles être, les activités telles l’usage du fouet ou le ligotage, m’intéressent beaucoup moins que les principes qui les sous-tendent. Exemple, le degré de confiance échangé.

Pour moi, c’est là que ça se passe, le plaisir de la domination.


un ange de corde

Photo : via queenswolf.

En distinguant les activités bdsm de ce que j’appelle les principes à la base de la soumission, cela permet notamment à la personne soumise de savoir si elle est réellement à sa place dans un échange de pouvoirs suivi et encadré, ou si elle est plus attirée par la dimension jeu du bdsm. Cette dimension jeu est tout aussi louable et légitime, mais fort différente et beaucoup moins englobante qu’une relation plus encadrée.

Je considère d’ailleurs qu’il est de ma responsabilité, comme personne dominante, d’établir rapidement où se situe la personne soumise face à ces enjeux, en l’aidant à éclaircir ses besoins et ses désirs.

Ce tableau me donne les moyens de faire cet exercice incontournable. Je peux identifier plus clairement ce que signifient les mots de l’autre : “je veux être une soumise”, “j’aimerais servir un maitre”, “j’ai des fantasmes de reddition”, etc.

Ce tableau trace par le fait même l’étendue des pouvoirs de la personne dominante, ce qu’elle peut attendre de la personne soumise.

Les composantes liées à chaque terme donnent un sens aux mots et aux aspirations de la personne soumise. Ce sont des balises concrètes. Au lieu de n’être qu’un vague mot-clé aux contours très flous et sujets aux fluctuations des humeurs et des personnes, chaque composante devient alors un objectif relativement simple à définir.

Je peux soulever les points sur lesquels je la ferai travailler, la soumise. Je m’en sers du tableau pour gérer sa progression. Pour l’aider à mesurer les changements qui s’opèrent au fil du temps dans sa soumission.

Enfin, ce tableau me permet d’établir les nuances importantes à faire entre l’échange de pouvoirs tout court, l’échange de pouvoirs étendu et l’échange de pouvoirs total. Je sais que d’un point à l’autre, il y a de l’espace, beaucoup d’espace. Le tableau montre concrètement ce qui en est. Cela a pour effet de rassurer la personne soumise sur le fait que l’échange de pouvoirs absolu, ce n’est pas pour demain matin. Que ces choses prennent du temps, de l’énergie, du travail. Qu’obtenir cet état rapidement est une vue de l’esprit. Ou un leurre.

Le tableau

Un petit mot sur l’utilisation du tableau.

le repos du guerrierLa colonne A présente les composantes de chaque terme de la soumission proposé par Sar.

La colonne B sert à indiquer la note (sur 10) que la personne soumise attribue à sa conformité à la composante énoncée.

La colonne C sert à indiquer la note (sur 10) que la personne dominante attribue à la conformité de la personne soumise à la composante énoncée.

La colonne D situe chaque composante à l’aide d’une définition courte tirée de Wikipedia pour la plupart.

Bien entendu, cette note ne doit pas être vue comme une note d’examen à un concours, “zut j’ai 3 sur 10″. C’est davantage un palier à atteindre par la soumise en compagnie de son guide. Commencer à 1, voire à 0 n’a rien de déshonorant.

D’autre part, si la personne dominante et la personne soumise attribuent des notes différentes à une composante donnée, cela leur donne l’occasion de discuter, de vérifier, de valider, ce que l’un et l’autre pense et fait, et comment il le fait.

C’est un bel outil en ce sens.

Photo : via human_livestock.

Trois “plausibilités”

  1. Il est possible qu’au fil du temps, cette note augmente, tout comme il y a lieu de croire qu’elle peut descendre.
  2. Il est permis de croire aussi que cette note va évoluer très lentement. Exemple : la confiance d’une personne envers une autre ne passe pas de 0 à 10 en trois mois. Et honnêtement, commencer une relation avec la note 5 sur le plan de la confiance me semble un tantinet exagéré.
  3. Quelques mois après la première “évaluation”, les chiffres vont subir le “test de la réalité”. Ils risquent alors un mouvement vers le bas, de façon à mieux refléter le palier auquel se situe réellement la personne soumise.

Enfin, ce tableau est pour la personne soumise un bon outil de voir si elle est capable d’évaluer sa soumission objectivement, sans se raconter de blagues à elle-même. Et ainsi d’avoir une vue assez précise de sa soumission.

[Prochaine étape : découper davantage chacune des composantes. Par exemple, distinguer la confiance que la soumise a envers son guide de sa confiance en elle-même.]

Par Valmont le 22.04.2008 @ 11:33 am

En parcourant les liens référents à cercle O, je tombe sur cette requête dans Google intitulée “amour redonner sa liberté a quelqu’un qu’on aime“.

Ça me semble une belle réponse au pourquoi des échanges de pouvoir érotiques.

Par Valmont le 19.12.2007 @ 10:59 pm

Je suis bien content de lire Le bonheur dans l’esclavage, la préface que signe Jean Paulhan au livre de sa maîtresse Pauline Réage, l’auteure de la mythique mystique Histoire d’O.

Au delà de la douce ironie de son propos, Paulhan me rassure sur l’humain et sa capacité d’émerveillement. Comme il fut très certainement émerveillé, ce coquin, par cette si longue et farouche lettre d’amour que lui remettait sa maîtresse jour après jour.

Full chaînesUn extrait de la préface Le bonheur dans l’esclavage de Paulhan est cité dans ce texte que m’avait remis une soumise croisée au hasard des réseaux, il y a plus de deux ans.

Elle, c’était une prof de philo au niveau collégial. Son texte Mystiques et libertés sado-maso est de la plume d’un dénommé Lucas Degryse, dont les recherches “s’organisent en trois points : une ontologie inspirée par Philip K. Dick et les penseurs du virtuel, une politique influencée par la sociobiologie et Michel Houellebecq, et une esthétique qui trouve ses sources dans la pop-musique des années 60-70″.

Bon que je me disais, voilà un autre de ces déracinés asexués. Un autre de ces chantres de l’avènement du nouvel homme au propos délibérément obscur comme les aiment tous les descendants des seigneurs Humevesne et Baysecul qui s’écoutent parler et tarifent au mot comme Théophile Gautier et Dumas. À leur décharge, ces deux derniers furent des haschischins divertissants à lire.

Ce qui me fait tiquer dans la dialectique psychanalysante de Degryse, dans la lignée de Lacan et ses clowns clones, c’est de présenter le bdsm comme une destruction. Un prolongement dans la sphère intime de l’histoire avec un grand H, ce recueil de litanies sans fin des rapports Dominants-dominés entre les hommes et les femmes, entre les peuples… toute cette merde dialectique propre à justifier leur vide existentiel, que je me dis des fois.

Me faire dire que l’avenir de l’humanité passe par l’asexuation, le rejet identitaire et l’amitié entre les hommes et les femmes.

Il ne s’y trompe pas, Paulhan, qu’on cite pourtant à l’envers.

Il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui (comme il arrive aux amoureux et aux mystiques) et se voir, enfin ! débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels.

Paulhan ne pouvait mieux qualifier l’abandon livresque de son amante, formidable détonateur après le coup de butoir du divin marquis un siècle et demi plus tôt.

L’échange de pouvoir érotique tient certainement à la fois du rapport amoureux et du rapport mystique : du rapport amoureux dans la capacité de donner sans espérer recevoir en retour; du rapport mystique dans la capacité (la folie?) de se donner à son Dieu, ce qui revient au même.

Hegel et la lutte des glaces

Or, de un, l’échange de pouvoir érotique, nettement préférable à l’expression SM qui n’explique rien et complique tout, n’est pas une oeuvre de destruction : ça le dit, c’est un échange. C’est un jeu avec ses codes. C’est un transfert de pouvoir progressif qui s’effectue à la base dans la sphère érotique, sur une base “contractuelle”, avec un début et une fin.

Laissons de côté les relations BDSM “à temps plein” pour le moment.

De deux, l’échange de pouvoir érotique a un but, une visée, ce qui va bien au delà du mantra “c’est pour t’aider à repousser tes limites, mon enfant”. Cette phrase répétée partout est vide de sens au sens où il est impérieux d’identifier et de connaître ses limites d’abord, avant de penser les dépasser.

Et se pourrait-il que repousser ses limites va bien au delà du nombre de taloches que les fesses et les seins de la personne soumise sont capables de prendre ?

Combien de soumises et de soumis se sentent comme un morceau de viande que l’on frappe à loisir et sans discernement pour leur intégrité physique et psychologique ?

De trois, l’échange de pouvoir érotique est bien davantage une déconstruction non destinée à détruire l’autre, mais à la débarrasser de ses intérêts et complexes personnels, à la purifier de toute cette gangue historique et la délivrer de ces archétypes sociaux et surtout sexuels.

Les femmes (et les hommes avec) sont toujours prisonnières de cette infâme “trichotomie” maman-vierge-putain.

Par Valmont le 16.06.2007 @ 9:34 pm

Une femme fantasmant sur la soumission écrit :

> Est-ce que se donner, laisser l’autre décider, c’est renoncer à ses envies, ses rêves, son plaisir ?

Bien au contraire.

C’est d’abord accepter de les reconnaître en soi, ces envies, ces rêves, ce plaisir. D’oser se dire d’abord oui à soi-même. Avant de les partager comme on chuchote dans la pénombre.

Par Valmont le 21.04.2007 @ 1:35 am

Defense and tenderness

Suite à la publication de cette image dans l’album-photos de cercle O, Tender Enforcer que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève, écrit en guise de commentaire :

“What an intimate insight…

There’s no true submission, no deep devotion and no real dominance without a solid base of trust, respect and love.”

Et si la tendresse était une limite de dom ?..

Photo : Dmitry sur bricabrac.