J’ai confectionné à l’automne 2006 un petit tableau sous format tableur dans Googledocs, à partir du texte La soumise, la servante, l’esclave, la propriété : les termes de la soumission dans l’échange de pouvoirs érotique.
Je reprends dans ce tableau les termes de la soumission proposés par Sar, chacun avec ses composantes spécifiques et sa définition usuelle.
En y ajoutant la possibilité de noter chaque composante, je me suis rendu compte que cette typologie pouvait m’aider à mieux identifier les besoins et désirs de mademoiselle, à structurer son apprentissage de la soumission sur des bases simples et concrètes, et à orienter mes propres énergies en ce sens.
Dans ce contexte, ce qu’on appelle usuellement les activités bdsm se révèlent alors pour ce qu’elles sont réellement : des moyens à la disposition du guide et non des fins en soi.
En fait, ce tableau m’a confirmé ce que je savais déjà : aussi divertissantes puissent-t-elles être, les activités telles l’usage du fouet ou le ligotage, m’intéressent beaucoup moins que les principes qui les sous-tendent. Exemple, le degré de confiance échangé.
Pour moi, c’est là que ça se passe, le plaisir de la domination.

Photo : via queenswolf.
En distinguant les activités bdsm de ce que j’appelle les principes à la base de la soumission, cela permet notamment à la personne soumise de savoir si elle est réellement à sa place dans un échange de pouvoirs suivi et encadré, ou si elle est plus attirée par la dimension jeu du bdsm. Cette dimension jeu est tout aussi louable et légitime, mais fort différente et beaucoup moins englobante qu’une relation plus encadrée.
Je considère d’ailleurs qu’il est de ma responsabilité, comme personne dominante, d’établir rapidement où se situe la personne soumise face à ces enjeux, en l’aidant à éclaircir ses besoins et ses désirs.
Ce tableau me donne les moyens de faire cet exercice incontournable. Je peux identifier plus clairement ce que signifient les mots de l’autre : “je veux être une soumise”, “j’aimerais servir un maitre”, “j’ai des fantasmes de reddition”, etc.
Ce tableau trace par le fait même l’étendue des pouvoirs de la personne dominante, ce qu’elle peut attendre de la personne soumise.
Les composantes liées à chaque terme donnent un sens aux mots et aux aspirations de la personne soumise. Ce sont des balises concrètes. Au lieu de n’être qu’un vague mot-clé aux contours très flous et sujets aux fluctuations des humeurs et des personnes, chaque composante devient alors un objectif relativement simple à définir.
Je peux soulever les points sur lesquels je la ferai travailler, la soumise. Je m’en sers du tableau pour gérer sa progression. Pour l’aider à mesurer les changements qui s’opèrent au fil du temps dans sa soumission.
Enfin, ce tableau me permet d’établir les nuances importantes à faire entre l’échange de pouvoirs tout court, l’échange de pouvoirs étendu et l’échange de pouvoirs total. Je sais que d’un point à l’autre, il y a de l’espace, beaucoup d’espace. Le tableau montre concrètement ce qui en est. Cela a pour effet de rassurer la personne soumise sur le fait que l’échange de pouvoirs absolu, ce n’est pas pour demain matin. Que ces choses prennent du temps, de l’énergie, du travail. Qu’obtenir cet état rapidement est une vue de l’esprit. Ou un leurre.
Le tableau
Un petit mot sur l’utilisation du tableau.
La colonne A présente les composantes de chaque terme de la soumission proposé par Sar.
La colonne B sert à indiquer la note (sur 10) que la personne soumise attribue à sa conformité à la composante énoncée.
La colonne C sert à indiquer la note (sur 10) que la personne dominante attribue à la conformité de la personne soumise à la composante énoncée.
La colonne D situe chaque composante à l’aide d’une définition courte tirée de Wikipedia pour la plupart.
Bien entendu, cette note ne doit pas être vue comme une note d’examen à un concours, “zut j’ai 3 sur 10″. C’est davantage un palier à atteindre par la soumise en compagnie de son guide. Commencer à 1, voire à 0 n’a rien de déshonorant.
D’autre part, si la personne dominante et la personne soumise attribuent des notes différentes à une composante donnée, cela leur donne l’occasion de discuter, de vérifier, de valider, ce que l’un et l’autre pense et fait, et comment il le fait.
C’est un bel outil en ce sens.
Photo : via human_livestock.
Trois “plausibilités”
- Il est possible qu’au fil du temps, cette note augmente, tout comme il y a lieu de croire qu’elle peut descendre.
- Il est permis de croire aussi que cette note va évoluer très lentement. Exemple : la confiance d’une personne envers une autre ne passe pas de 0 à 10 en trois mois. Et honnêtement, commencer une relation avec la note 5 sur le plan de la confiance me semble un tantinet exagéré.
- Quelques mois après la première “évaluation”, les chiffres vont subir le “test de la réalité”. Ils risquent alors un mouvement vers le bas, de façon à mieux refléter le palier auquel se situe réellement la personne soumise.
Enfin, ce tableau est pour la personne soumise un bon outil de voir si elle est capable d’évaluer sa soumission objectivement, sans se raconter de blagues à elle-même. Et ainsi d’avoir une vue assez précise de sa soumission.
[Prochaine étape : découper davantage chacune des composantes. Par exemple, distinguer la confiance que la soumise a envers son guide de sa confiance en elle-même.]