Par Valmont le 15.04.2007 @ 8:34 pm

Adaptation par Valmont du texte Submission, Service, Slavery, Surrender : Examining the Terminology of Submission par SarOfTreve @ aol.com, V. 1.0, ©1999. Une autre version de ce texte existe ici.

“Quelle est la différence entre une soumise et une esclave?…” demande-t-on souvent dans les salles de clavardage et les forums à saveur bdsm.

Ah LA belle question.

Combien de fois voyons-nous la discussion se terminer par un : “Bah, soumise ou esclave, l’important ce ne sont pas les mots, mais que les personnes impliquées se sentent bien dans ce qu’elles font : chacun fait son bdsm comme il l’entend.”

Ça tombe sous le sens : la nature de la relation d’échange de pouvoirs érotique entre les partenaires impliqués dépend de chacun. Chacun est bien libre de vivre sa relation à sa façon.

C’est bien vrai aussi que les mots parfois ne recouvrent pas toujours tout à fait la réalité qu’ils prétendent décrire. N’empêche, c’est encore par le biais des mots que l’on peut s’entendre le mieux sur ce que l’on veut et comment on le veut, avec les nuances qui s’imposent.

Après tout, comment atteindre ce que l’on souhaite si nous n’avons pas les mots pour le décrire ?

La soumission sous ses diverses formes

Cet article explore les caractéristiques de la soumission, de la servitude, de l’esclavage et de la propriété, dans le contexte d’une relation d’échange de pouvoirs érotique, appellée aussi la relation bdsm.

Les termes de la soumission : la soumission, la servitude, l'esclavage et la propriété

Vous trouverez chaque terme plus en détail dans ce tableau Googledoc.

La direction des flèches du diagramme ci-dessous semble indiquer une progression “naturelle” de la soumise vers l’esclave puis la propriété, l’esclave étant celle qui réunit les caractéristiques de la soumise et de la servante.

Qu’est-ce que je veux dire par progression ? Si la relation d’échange de pouvoirs érotique tend à évoluer, cela se fera de la gauche vers la droite. Le sens inverse est moins probable.

Si la relation d’échange de pouvoirs érotique tend à évoluer, celle-ci englobera de plus en plus de dimensions entre les partenaires.

Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’une forme de soumission est supérieure ou meilleure ou plus méritoire qu’une autre. Il existe objectivement pour chaque personne soumise une forme de soumission adaptée à sa situation particulière à un moment précis.

Tout comme il existe pour chaque personne dominante une forme de domination adaptée à ses forces, à ses capacités et à ses expériences, à un moment précis.

Les bases de la soumission

Fondamentalement, la soumission c’est la renonciation à certains pouvoirs d’une personne au profit d’une autre. La personne qui renonce à ces pouvoirs est la personne soumise. Celle qui accepte ces pouvoirs et en fait usage est la personne dominante.

scène du film Secretary de Steven ShainbergLa relation de domination/soumission (ou D/s, l’un des trois grands ensembles d’activités dans le bdsm) repose sur un échange de pouvoirs consenti entre deux ou plusieurs personnes.

Cet échange de pouvoirs peut se faire selon différents degrés de soumission, selon les besoins et les désirs de la personne soumise et de la personne dominante.

L’échange de pouvoirs

À la base, l’échange de pouvoirs repose sur un consensus clairement défini, exprimé de part et d’autre, compris et appliqué, entre la personne qui se soumet et la personne qui domine.

Cet accord comporte en général les paramètres et les limites de la relation. Cet accord peut être inclusif ou exclusif.

L’échange de pouvoirs érotique se définit aisément mais ses applications sont plus difficiles à établir, car les pouvoirs échangés entre la personne soumise et la personne dominante varient grandement d’une relation à l’autre.

Exemples de pouvoir échangé :

  1. la permission de s’adresser à la personne dominante;
  2. la permission de quitter la conversation;
  3. la permission de se rendre aux toilettes pour y faire ses besoins.

Chaque partie doit donner son accord sur les paramètres et les limites de l’échange de pouvoirs.

Combien de temps durera le consentement ? Les personnes impliquées doivent s’entendre sur : a) une période de temps déterminée, b) une période de temps non déterminée jusqu’à ce que ce consentement soit retiré, c) une période de temps non déterminée sans que ce consentement ne puisse être retiré.

L’échange de pouvoir est régi par deux ensembles de paramètres : les paramètres liés aux activités et les paramètres de la relation entre les partenaires.

Les paramètres liés aux activités

L’établissement des paramètres liés aux activités bdsm comme telles est le fruit d’un accord explicite entre la personne dominante et la personne soumise, à l’effet qu’ils ne s’engageront pas dans certaines activités bdsm spécifiques, si tel est le souhait de la personne soumise… ou celui de la personne dominante.

Car il faut bien le dire, les personnes dominantes ne sont pas intéressées par tous les jeux.

femme dominante ayant manifestement beaucoup de plaisirExemple de paramètre lié aux activités : “nous ne jouerons pas aux jeux d’aiguilles”.

Cette limite est fixée entre les partenaires selon leurs goûts, leurs envies et leurs habiletés.

La personne dominante pourrait par exemple exprimer son manque d’intérêt ou de compétences pour jouer avec les aiguilles… alors que la personne soumise fantasme fort sur cette activité depuis longtemps.

Il pourrait alors convenir avec la personne soumise qu’au moment venu, il lui permettra de vivre ces jeux avec une autre personne mieux qualifiée en ces matières, sous sa supervision.

Photo : WalterTVdevot.

Les paramètres de la relation entre les partenaires

Les paramètres de l’interaction entre les partenaires, quant à eux, touchent les champs d’application de l’échange de pouvoirs. Exemple de paramètre lié à l’interaction : “nous jouons seulement durant la durée des scènes et pas à l’extérieur de celles-ci”.

Autre exemple de paramètre lié à l’interaction : “je suis mariée et j’ai des enfants, mon Maître n’est pas mon mari, mais un autre homme, et notre relation bdsm ne touche pas cet autre aspect de ma vie”.

Un accord inclusif ou exclusif

Un accord inclusif définit à l’avance les activités qui seront pratiquées, alors qu’un accord exclusif ne définit que les activités qui ne seront pas pratiquées. Cette nuance est importante. Car de un, le nombre d’activités BDSM peut se décliner à l’infini et on ne peut pas tout prévoir dès le départ. De deux, dans un accord exclusif, les activités qui seront pratiquées peuvent devenir à la seule discrétion de la personne dominante.

En d’autres mots, dans un accord inclusif, la personne dominante n’engagera la personne soumise que dans des activités bdsm pour lesquelles le consentement a été expressément défini et obtenu. Cela signifie que toute nouvelle activité n’ayant pas été prévue au programme devra faire l’objet d’un nouveau consentement de la personne soumise.

L’accord inclusif est bien évidemment la formule à recommander aux personnes ayant peu d’expérience des échanges de pouvoirs érotiques.

L’accord exclusif devient intéressant lorsque les partenaires ont une bonne expérience l’un de l’autre.

Par Valmont le 23.03.2007 @ 1:07 pm

“Censorship, I believe, is the most dangerous enemy to all human communication, and piety of intention is probably the most dangerous, the most virulent and the most self-satisfying.”

Chuck Jones

Par Valmont le 12.03.2007 @ 6:39 am

La question de la distance revient souvent dans les forums bdsm. Par exemple (en anglais) et .

Pour moi, la distance est un outil extraordinairement utile dans la relation bdsm.

Est-ce qu’une relation bdsm “sérieuse” à distance peut marcher? Très certainement. Parcourant la vaste toile bdsm depuis 1998, combien de fois ai-je croisé des soumises québécoises avec des Goréens de l’Ouest canadien ou des doms du Vieux-Continent?

Ayant connu la vie de couple avec bdsm sous le même toit et la relation bdsm à distance avec une soumise mariée à un autre, je constate avec le recul à quel point la distance est bien utile pour creuser les motivations au bdsm de l’autre et d’abord les siennes.

Selon mon appréciation, la distance sert les quatre éléments suivants de la relation d’échange de pouvoir érotique : la mise en place du cadre, l’adaptation des parties, le temps requis et le recul nécessaire.

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Par Valmont le 01.03.2007 @ 11:56 pm

N.B. Désolé pour le repostage.

Florent écrit :

En général, les relations D/s sont régies par un code tacite qui pourrait se résumer brutalement ainsi : Le Maître fixe le “cadre” et la soumise doit s’y soumettre, faute de quoi elle est punie.

Quoi ? Le Maître tient une boite de cadres dans ses poches et il applique l’un de ceux-là selon sa fantaisie à la première soumise qui se pointe ?

Le Maître fixe le “cadre”… quel cadre? Il existe un cadre unique pour toutes les soumises? Vous rêvez mon ami.

Ah vous voulez dire un contrat bdsm peut-être ? Tous les contrats bdsm sont pareils ? Le Maître se promène avec un contrat dans ses poches au cas où une soumise se pointe… “allez, au pied salope… voilà notre contrat… c’est à ça que je veux que notre relation Dominant-soumise ressemble… Et je ne tolère pas les questions, garce !”

Je veux bien croire que la soumise est la toile et le maitre le… pinceau, mais cadre ou contrat, cette structure ne s’élabore-t-elle pas conjointement ?

N’y a-t-il pas tableau au contact de l’un et de l’autre ?

Avec les matériaux de l’un et de l’autre ?

Et non, suivant un “idéal” déjà tout fantasmé, construit, fixé à l’avance ?

Sinon, ce n’est pas comme si le metteur en scène arrivait à la première répétition avec sa mise en scène déjà toute faite ? On imagine la tête des acteurs.

L'emprise, peinture de Marc SainteulAprès tout, l’échange de pouvoirs érotique devrait englober à la fois les besoins et désirs de la personne dominante et les besoins et désirs de la personne soumise.

J’irais plus loin : il me semble sage de partir d’elle pour monter vers lui, et non l’inverse.

Après tout, la relation d’échange de pouvoir commence avec le pouvoir que la personne soumise veut bien donner au dominant. Le voilà le socle, la structure de base. Le noyau.

Qu’est-ce qui me faire dire ça?

De un, donner tous les pouvoirs n’est évidemment pas quelque chose qui se fait d’un simple claquement de doigts.

Photo : L’Emprise, par Marc Sainteul. Huile sur toile. 81 x 100.

De deux, pour appliquer le cadre de soumission qui convient à une soumise x, encore faut-il alors bien la connaître cette soumise x. Lui tailler le “programme d’apprentissage” qui lui fera à elle à cet instant précis.

Quand on sait aussi qu’un tel cadre peut convenir à un moment y de la vie de cette soumise, mais pas à un moment z. Et quand on sait combien de temps ça prend pour connaître quelqu’un…

Est-ce que ce cadre est vraiment fait d’une structure rigide ? J’aurais envie d’écrire que ce cadre est fluide, volatile, comme une montre molle.

Bref, cadre de soumission ou de relation bdsm… contrat bdsm.. programme d’apprentissage… de quoi parle-t-on ?

Musique : Chris Isaak via RadioblogClub.

Par Valmont le 09.02.2007 @ 6:52 am

Dans un forum il y a quelque temps était posée la question de la faisabilité de la relation bdsm à distance…

Il y a les pour et les contre, forcément… et cette poésie de la plus belle plume vivante au Québec… un journaliste typographe… pis un spaghetti en plus… :- )

Mathias Brunet demande à Pierre Foglia dans son livre Paroles d’hommes…

>Qu’est-ce que ça prend pour réussir sa vie amoureuse bdsm?

«Tu veux dire en plus de tout le reste? Je dirais que ça prend de l’espace. De l’espace réel, en mètres carrés, une grande maison, au moins une pièce à soi, où tu peux te retirer pour lire ou écrire, et de l’espace virtuel, des territoires où tu vas seul, moi c’est le vélo, le jogging, la lecture; elle c’est le jardin, le bricolage, les minous font les liens… C’est un luxe, remarque.

Quand t’as trois enfants, l’espace est forcément moins grand. Faut s’en aménager absolument. Des plages de temps où tu te fais bronzer tout seul. C’est peut-être drôle à dire, mais la vie à deux c’est mieux quand tu peux en faire des grands bouts tout seul.»

Par Valmont le 24.11.2006 @ 8:34 am

Avant de jouer avec une nouvelle personne ou Quelques règles de gros bon sens dans le monde BDSM, est une traduction en français par libertas du texte COME HITHER: A Commonsense Guide to Kinky Sex de Gloria G. Brame, avec quelques retouches par Valmont.

Dans ce texte, l’expression BDSM désigne une relation fondée sur les échanges de pouvoir érotiques at large. Les jeux de DS (domination-soumission) étant plus spécifiquement des jeux de rôles sans que n’interviennent les jeux de douleur/plaisir et les jeux de restriction.

Ce texte sur la sécurité dans le monde BDSM aborde six questions essentielles pour toute personne qui débute une nouvelle relation BDSM, ou qui assiste à des réceptions et événements où des étrangers jouent ensemble.

1. Qui est cette personne avec qui je suis sur le point de jouer ?
2. Comment savoir à qui je peux faire confiance ?
3. Comme c’est compliqué ! Ne puis-je jamais jouer avec des étrangers ?
4. Est-ce que ça signifie que je ne peux jamais jouer avec quelqu’un que je viens tout juste de rencontrer ?
5. Alors comment me protéger jusqu’à ce que je connaisse bien quelqu’un ?
6. Mais mon droit de veto ne me protège-t-il pas ?

le dragon

6. Mais mon droit de veto ne me protège-t-il pas ?

Pas nécessairement. Dans la situation d’abus mentionnée au point 1, la soumise utilisait un droit de veto (safe word). Mais elle s’est aussi fait dire que si elle l’employait, elle serait bannie des lieux et n’aurait jamais plus de contact avec les personnes concernées.

Maintenant, avec le recul, vous devez vous dire que toute personne soumise menacée de cette façon devrait avoir le bon sens de partir, à ce moment-là.

En réalité, j’ai rarement connu une personne soumise qui pouvait s’éloigner facilement dans une telle situation.

Tout bêtement, une personne soumise est soumise : c’est une personne qui est, par nature, vulnérable et qui veut faire plaisir. Il/elle peut déjà sentir une sorte de lien avec la personne dominante, il/elle peut être empressé-e de vivre ses fantasmes, ou encore, très inexpérimenté-e, il/elle pense que “le dominant sait toujours ce qu’il faut faire”, et il/elle souffrirait beaucoup plutôt que de risquer de perdre ce lien ou de décevoir le dominant.

La plus merveilleuse et adorable qualité du soumis (le désir de servir et de plaire) est précisément celle que les abuseurs traquent.

Maintenant, considérez ceci : si vous ne connaissez pas bien votre partenaire, comment pouvez-vous être sûr que cette personne arrêtera lorsque vous utiliserez votre veto ? Il y eut un crime notoire dans la scène BDSM à New-York il y a quelques années. Un mâle dominant trouvait ses soumis dans un bar gay cuir. Il les assurait qu’il respectait leurs limites et qu’il leur accordait leur veto. Devinez ce qui se passait, cependant, quand ils étaient seuls une fois à l’appartement ?

Si vous avez deviné qu’il ignorait leur droit de veto et même, qu’il faisait tout pour qu’ils ne puissent le dire (parce qu’ils étaient baillonnés avec du ruban adhésif), vous avez deviné juste.

Finalement, pour ne pas laisser les dominants en reste, eux aussi peuvent avoir des problèmes : s’il-vous-plaît souvenez-vous que tous les soumis ne sont pas crédibles ou authentiques non plus. Il y a pléthore de soumis “fais-moi-ça”, c’est-à-dire des joueurs et des gens qui ne cherchent pas nécessairement une dynamique BDSM, mais simplement quelqu’un pour tirer un coup quand et comment ils le veulent.

Il y a des novices qui n’ont aucune idée de quand et comment utiliser le droit de veto.

Prenez bien votre temps pour être certain que vous comprenez l’un et l’autre vos dynamiques respectives. Ainsi vous vous épargnerez bien des peines et de l’amertume.

On sait aussi que des soumis-es expérimentés-ées peuvent utiliser le veto pour contrôler ou manipuler la personne dominante, plutôt que de s’en servir pour leur indiquer quand ils ont atteint leur vraie limite.

Une des plus troublantes situations est qu’une personne soumise n’utilise pas le droit de veto quand il/elle le devrait. Cela mène le dominant à croire que tout baigne dans l’huile - pour finalement découvrir, des heures, des jours ou des mois plus tard que cette personne soumise a trouvé que vous êtes allé bien trop loin.

Pourquoi les soumis-es n’utilisent pas le droit de veto alors qu’il est fait pour l’être ? Ce peut être un désir irrésistible de la part des soumis de voir les dominants lire dans leurs pensées. Parfois, c’est de la naïveté pure; d’autre fois, c’est dû à un orgueil têtu. Quelques soumis veulent se prouver à eux-mêmes qu’ils sont capables de prendre tout ce que le dominant donne, même s’ils en sont incapables.

C’est une attitude dangereuse pour toutes les personnes concernées.

Les personnes soumises et les personnes dominantes doivent de la même façon se protéger en ne laissant jamais un veto leur permettre de se bercer d’un sentiment de satisfaction de soi. C’est un outil pour jouer en sécurité, mais il n’en est pas une garantie absolue.

Souvenez-vous : jouez prudemment ! Restez prudent ! Et ne laissez pas votre sexe parler quand votre santé est en jeu.