Par Valmont le 14.05.2008 @ 7:26 pm

J’ai confectionné à l’automne 2006 un petit tableau sous format tableur dans Googledocs, à partir du texte La soumise, la servante, l’esclave, la propriété : les termes de la soumission dans l’échange de pouvoirs érotique.

Je reprends dans ce tableau les termes de la soumission proposés par Sar, chacun avec ses composantes spécifiques et sa définition usuelle.

En y ajoutant la possibilité de noter chaque composante, je me suis rendu compte que cette typologie pouvait m’aider à mieux identifier les besoins et désirs de mademoiselle, à structurer son apprentissage de la soumission sur des bases simples et concrètes, et à orienter mes propres énergies en ce sens.

Dans ce contexte, ce qu’on appelle usuellement les activités bdsm se révèlent alors pour ce qu’elles sont réellement : des moyens à la disposition du guide et non des fins en soi.

En fait, ce tableau m’a confirmé ce que je savais déjà : aussi divertissantes puissent-t-elles être, les activités telles l’usage du fouet ou le ligotage, m’intéressent beaucoup moins que les principes qui les sous-tendent. Exemple, le degré de confiance échangé.

Pour moi, c’est là que ça se passe, le plaisir de la domination.


un ange de corde

Photo : via queenswolf.

En distinguant les activités bdsm de ce que j’appelle les principes à la base de la soumission, cela permet notamment à la personne soumise de savoir si elle est réellement à sa place dans un échange de pouvoirs suivi et encadré, ou si elle est plus attirée par la dimension jeu du bdsm. Cette dimension jeu est tout aussi louable et légitime, mais fort différente et beaucoup moins englobante qu’une relation plus encadrée.

Je considère d’ailleurs qu’il est de ma responsabilité, comme personne dominante, d’établir rapidement où se situe la personne soumise face à ces enjeux, en l’aidant à éclaircir ses besoins et ses désirs.

Ce tableau me donne les moyens de faire cet exercice incontournable. Je peux identifier plus clairement ce que signifient les mots de l’autre : “je veux être une soumise”, “j’aimerais servir un maitre”, “j’ai des fantasmes de reddition”, etc.

Ce tableau trace par le fait même l’étendue des pouvoirs de la personne dominante, ce qu’elle peut attendre de la personne soumise.

Les composantes liées à chaque terme donnent un sens aux mots et aux aspirations de la personne soumise. Ce sont des balises concrètes. Au lieu de n’être qu’un vague mot-clé aux contours très flous et sujets aux fluctuations des humeurs et des personnes, chaque composante devient alors un objectif relativement simple à définir.

Je peux soulever les points sur lesquels je la ferai travailler, la soumise. Je m’en sers du tableau pour gérer sa progression. Pour l’aider à mesurer les changements qui s’opèrent au fil du temps dans sa soumission.

Enfin, ce tableau me permet d’établir les nuances importantes à faire entre l’échange de pouvoirs tout court, l’échange de pouvoirs étendu et l’échange de pouvoirs total. Je sais que d’un point à l’autre, il y a de l’espace, beaucoup d’espace. Le tableau montre concrètement ce qui en est. Cela a pour effet de rassurer la personne soumise sur le fait que l’échange de pouvoirs absolu, ce n’est pas pour demain matin. Que ces choses prennent du temps, de l’énergie, du travail. Qu’obtenir cet état rapidement est une vue de l’esprit. Ou un leurre.

Le tableau

Un petit mot sur l’utilisation du tableau.

le repos du guerrierLa colonne A présente les composantes de chaque terme de la soumission proposé par Sar.

La colonne B sert à indiquer la note (sur 10) que la personne soumise attribue à sa conformité à la composante énoncée.

La colonne C sert à indiquer la note (sur 10) que la personne dominante attribue à la conformité de la personne soumise à la composante énoncée.

La colonne D situe chaque composante à l’aide d’une définition courte tirée de Wikipedia pour la plupart.

Bien entendu, cette note ne doit pas être vue comme une note d’examen à un concours, “zut j’ai 3 sur 10″. C’est davantage un palier à atteindre par la soumise en compagnie de son guide. Commencer à 1, voire à 0 n’a rien de déshonorant.

D’autre part, si la personne dominante et la personne soumise attribuent des notes différentes à une composante donnée, cela leur donne l’occasion de discuter, de vérifier, de valider, ce que l’un et l’autre pense et fait, et comment il le fait.

C’est un bel outil en ce sens.

Photo : via human_livestock.

Trois “plausibilités”

  1. Il est possible qu’au fil du temps, cette note augmente, tout comme il y a lieu de croire qu’elle peut descendre.
  2. Il est permis de croire aussi que cette note va évoluer très lentement. Exemple : la confiance d’une personne envers une autre ne passe pas de 0 à 10 en trois mois. Et honnêtement, commencer une relation avec la note 5 sur le plan de la confiance me semble un tantinet exagéré.
  3. Quelques mois après la première “évaluation”, les chiffres vont subir le “test de la réalité”. Ils risquent alors un mouvement vers le bas, de façon à mieux refléter le palier auquel se situe réellement la personne soumise.

Enfin, ce tableau est pour la personne soumise un bon outil de voir si elle est capable d’évaluer sa soumission objectivement, sans se raconter de blagues à elle-même. Et ainsi d’avoir une vue assez précise de sa soumission.

[Prochaine étape : découper davantage chacune des composantes. Par exemple, distinguer la confiance que la soumise a envers son guide de sa confiance en elle-même.]

Par Valmont le 07.02.2008 @ 11:05 pm

un homme traitant une femme avec tous les égardsUn homme fantasmant sur la domination avec sa partenaire de vie écrit dans son blogue :

“Je me sent complètement incapable de devenir un tant soi peu « maître » et pourtant soumettre Evéa me plait dans l’idée. Voila le dilemme !”

Je serais bien curieux que Monsieur développe sa pensée sur le dilemne auquel il dit faire face. Quel est donc ce dilemne? Qu’est-ce qui l’empêche réellement de donner forme à son désir?

Soumettre l’autre à ses désideratas et en prendre soin sont-ils tant incompatibles?

Photo : betoeseses.

Par liberté{+} le 31.01.2008 @ 8:41 pm

Il y a quelques semaines, j’ai eu une discussion fort intéressante avec deux copines « Scélérates ». Un grand merci à vous deux.

Cette discussion portait sur la jalousie et l’infidélité. L’une des copines nous a expliqué sa perception de la jalousie versus l’infidélité génétique, mais également sur le besoin ou fantasme qui semble répandu en BDSM, celui de posséder deux ou plusieurs soumises.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette théorie, je vous explique en quelques lignes.

Robert Wright est journaliste scientifique à l’hebdomadaire The New Republic à Washington. Il y a quelques années, il s’est passionné pour les travaux de Charles Darwin et une nouvelle discipline qui les appliquait à l’homme. En août 1994, son ouvrage L’animal moral est publié aux Etats-Unis. Le succès et la polémique le suivent de près.

Selon M. Wright, l’infidélité masculine est inscrite dans l’évolution de l’espèce. Le but vital de l’homme étant d’assurer sa descendance, il se doit de collectionner les conquêtes féminines. En ce qui concerne les femmes, une fois le géniteur idéal déniché, elles n’auraient aucune raison de batifoler ailleurs…

« Les hommes infidèles prétextent l’ennui alors que les femmes évoquent leur envie d’être heureuse. C’est pourquoi en ayant des relations intimes avec le plus possible de femmes, l’homme augmente ses chances de transmettre ses gènes. Sur le plan de l’hérédité, il a tout intérêt à être polygame, au contraire de la femme qui ne cherche pas à passer sa vie enceinte ! Et des femmes infidèles, pourquoi existent-elles ? Au même titre que les hommes fidèles. Nous effectuons des choix moraux qui peuvent contredire le message émis par nos gènes.

Organisé pour vivre une polygamie sans soucis, le mâle est donc majoritairement monogame. Il doit se soucier de protéger ses gènes qu’il multiplie en ayant des enfants. L’homme qui trompe sa femme, quelque soit le prétexte, a l’appétit du chasseur qui ne peut laisser passer une proie aussi séduisante. À ce stade, le biologique s’oppose au psychique : “nous avons inventé la jalousie pour mettre un peu d’ordre dans les choses”.

L’homme est jaloux pour ne pas voir sa femme transmettre les gènes d’un autre et cette dernière est jalouse pour ne pas être abandonnée. Une inégalité flagrante, pourquoi seul l’adultère féminin est-il condamné dans la majorité des sociétés ? Tout simplement parce que ce sont les hommes qui font les lois! »

Référence: Au bonheur des hommes.

Je trouve que cette théorie est la plus belle excuse pour déculpabiliser et excuser l’homme. « Je n’y peux rien c’est dans mes gènes ».

Tromper n’est plus l’apanage des hommes. Les femmes sont aujourd’hui aussi nombreuses qu’eux à tenter l’aventure extraconjugale.

une femme entre deux hommesLorsque j’amène la situation qu’une « soumise » aimerait aussi ou qu’elle a aussi comme fantasme de connaître l’expérience BDSM avec d’autres dominants que le sien, on allègue que les « hommes et particulièrement dominants » peuvent facilement dissocier amour et sexualité, « les femmes et les soumises libertines » elles, s’engagent davantage dans une relation affective que sexuelle. Plus portées à éprouver un sentiment de culpabilité, elles ont également plus d’états d’âme.

L’infidélité les amène à s’interroger sur le sens du bonheur, de leur couple, de leur vie. Elles sont tentées de tout remettre en cause. Selon certaines études, les femmes sont aussi plus enclines à tout quitter pour leur amant, tandis que les hommes n’envisagent presque jamais de poser un tel geste. Autre différence : l’infidélité féminine semble moins préméditée.

Les hommes repèrent, s’organisent, partent en chasse, puis trompent. Leurs compagnes succombent presque par hasard, par accident. Il suffit d’un élément déclencheur, d’une rencontre inattendue.

Si les femmes éprouvent une jalousie émotionnelle et redoutent que leur douce moitié ne s’attache à une autre et les abandonne, elles et leur progéniture, les hommes craignent surtout que leur compagne ait des rapports sexuels avec un autre et qu’elle soit fécondée à leur insu. Cette jalousie sexuelle typiquement masculine s’expliquerait par la crainte des mâles de devoir prendre en charge un enfant qui n’est pas le leur. Comme le dit l’adage : « On sait toujours qui est la mère, mais on ne sait jamais qui est le père. »

Peut-être que cela avait du sens il y a quelques années. Mais aujourd’hui, sachant que la femme prend des moyens contraceptifs, qu’elle se protège, car même aujourd’hui cela appartient à la femme de voir à cela, je me demande pourquoi les « hommes dominants » ou certains « hommes dominants » afin de ne pas généraliser, pourquoi ces hommes refusent que leurs soumises soit « prêtées » ou simplement accepter qu’elle vive leur sexualité avec d’autres partenaires.

On demande à la soumise de canaliser, contrôler, dépasser sa jalousie lors de l’arrivée d’une autre soumise, mais je trouve que certains dominants se cachent derrière des prétextes comme «  tu n’es pas prête »ou « je dois voir à ton éducation car elle est loin d’être parfaite » ou « je dois voir à ta sécurité », prétextes selon moi, pour ne pas affronter leur propre jalousie, craintes ou peurs. Refuser à une soumise certaines libertés et en plus lui imposer une forte abstinence jusqu’à ce que le Maître décide que cela suffit à son éducation (!!) il ne reste à ce moment à la soumise que le choix entre un désir qui sera toujours inapaisé, l’infidélité ou la névrose.

Pourquoi la soumise doit-elle accepter d’être monogame tandis que le dominant soit polygame ? Il y a quelques choses de faux lorsque l’on demande d’accepter d’autres partenaires et de ne pas permettre la réciproque. Je ne crois pas à cette infidélité génétique pour justifier le désir de posséder d’autres soumises. Je ne crois pas davantage que cela fasse partie intégrante de l’évolution, du cheminement de la personne soumise.

Il y a des couples pour qui ce cheminement est accepté de part et d’autres, pour des raisons qui leur appartiennent et c’est très bien. Il y a aussi des hommes et des femmes qui veulent expérimenter la pluralité et c’est aussi très bien. Nous ne parlons plus d’infidélité à ce moment mais d’un choix de cheminement. Mais lorsqu’un couple affiche la monogamie et pour une raison quelconque, l’un des partenaires choisit d’introduire une tierce personne et que l’autre doit assumer ce choix (le plus souvent ce que je vois ou entend c’est la soumise qui doit accepter) alors oui il y a des questions à se poser.

L’infidélité n’a rien d’une fatalité génétique. Ses véritables origines ? Des besoins légitimes insatisfaits tout simplement.

Plusieurs soumises comparent leur couple ou relation BDSM à un mariage. La même philosophie et principes s’y rattachent, du moins de la part de la soumise. Plusieurs expriment qu’elles ne désirent surtout pas reproduire le « mariage vanille » qu’elles ont connu pendant des années. Pourtant, plusieurs d’entre elles veulent transformer leur « Maître » en mari. Elles n’ont pas compris qu’en faisant cela, elles ne récolteront « qu’un mari » justement.

L’inverse est aussi vrai. Interdire d’expérimenter la pluralité chez sa soumise, c’est vouloir aussi la transformer en « épouse » et c’est ce qu’ils récolteront « qu’une épouse ».

Est-ce possible de dissocier le mari, l’amant et le Maître en nous ?

Est-ce possible de dissocier la soumise, l’épouse, et la putain en nous ?

Les soumises travaillent très fort pour canaliser leur jalousie pour cheminer vers une relation différente de ce qu’elles ont apprise ou connue. Certaines d’entre elles arriveront à dépasser ce sentiment afin que son partenaire puisse vivre librement ses fantasmes. Malheureusement je vois très rarement le contraire, les dominants se cachant derrière l’éducation de leur soumise pour refuser de faire ce même cheminement ou alléguant l’infidélité génétique.

Photo : Terry Richardson via thistle138.

Par Valmont le 24.01.2008 @ 8:46 am

« Le Maître peut être amoureux – ces sortes d’amour n’étant compréhensibles que par un petit nombre de personnes. »

Patrick Le Sage dans Journal d’un Maître, récit, Flammarion, 2005.

Par Valmont le 17.12.2007 @ 10:59 pm

Petitcollin encore :

“Il est à noter que les jeux psychologiques servent également à éviter soigneusement toute solution constructive aux problèmes qu’ils soulèvent. Cela se comprend lorsqu’on sait que les problèmes évoqués lors des jeux ont pour fonction d’alimenter notre besoin d’échanges.

Ce garage en désordre est une vraie bénédiction. Que de belles parties nous nous sommes offertes grâce à lui! Ce serait une catastrophe que mon mari finisse par le ranger. C’est pourquoi ma demande sera toujours formulée de façon à attiser sa rébellion, plus qu’à lui donner la motivation de s’y mettre.”

Pour ceux qui seraient de croire que ces jeux ne s’appliquent qu’aux autres :

“Comme le jeu est involontaire, répétitif, prévisible et pourtant surprenant, nous le prenons souvent pour une simple communication ratée. Son aspect confus et ambigu nous donne l’impression qu’il est inévitable, et surtout qu’il a été généré par l’autre. Plus ou moins long, plus ou moins désagréable, le jeu nous fait mobiliser nos comportements les plus négatifs.”

Ou encore ceci :

“Un coup d’envoi, des enjeux, des règles codifiées… tout y est pour parler de jeu. (…) Ainsi, à chaque fois que vous vivez une relation négative, décourageante et frustrante, il y a fort à parier que vous vous êtes fait entraîner dans un jeu de triangle.

On peut même parler de jeu de rôles car vous retrouverez dans les instigateurs de vos difficultés, un des profils suivant :

Une victime : elle est pure et innocente, passive et impuissante, plaintive et pitoyable mais étrangement gaffeuse et souvent exaspérante.

Un bourreau : critique et dévalorisant, blessant et cruel, menaçant voire violent, il est en overdose d’une frustration qu’il cherche à évacuer sur… une victime innocente, bien sûr.

Un sauveur : bon et généreux, fort et altruiste, protecteur et infantilisant, mais surtout très culpabilisant. « Avec tout ce que j’ai fait pour toi! » est son leitmotiv.

Bref, la victime apitoie, attire, énerve, excite.
Bref, le bourreau attaque, brime, donne des ordres et provoque la rancune.
Bref, le sauveur étouffe, apporte une aide inefficace, crée la passivité par l’assistanat.

Vous êtes peut-être déjà en train de vous demander quelle est votre place dans ce triangle, et vous vous êtes probablement reconnu partiellement dans les trois rôles. C’est normal, car si nous avons tous notre rôle préféré pour entrer dans le jeu, nous allons nous faire voler notre place, à un moment ou à un autre, comme au jeu des chaises musicales.

À partir du moment où on se laisse embarquer dans le triangle, on va alternativement passer par les trois cases et jouer les trois rôles.”