Par Valmont le 06.12.2007 @ 6:13 pm

Pour bien des soumises et des dominants, le collier est un élément important du folklore bdsm, au même titre que le code vestimentaire, les tics de langage, la présence de jouets adultes, l’espace de jeu appelé donjon ou que sais-je. Le mousqueton, tiens.

Le collier va néanmoins une coche plus loin que les autres éléments folkloriques. C’est un geste identitaire fort, c’est l’expression d’une forme de marquage au même titre qu’une marque commerciale. Comme dans le branding pratiqué par les grandes agences de communication et les organisations, le collier indique un positionnement. Il défend un territoire et affirme les valeurs propres de la personne dominante et de la personne soumise liées par cette forme de reconnaissance. Il participe d’une culture nourrie, ce collier. Il forme fréquemment un tandem avec cet autre attribut fort de la marque bdsm : le nom, le pseudonyme.

Le collier peut être sacrément important dans la vie d’une personne soumise, dans sa façon de voir et de vivre son bdsm. En ce sens, porter le collier par jeu est tout à fait honorable. Pour être passé par là.

Le collier peut être saprément important dans la vie d’un dominant. Il témoigne de son pouvoir, de sa force, de ses capacités feintes ou réelles de veiller sur une ou quinze soumises. C’est un élément de prestige important.

le dominant met le collier à la soumise en vue de débuter la séance bdsmLe collier comme partie intégrante du folklore bdsm. Combien de gens considèrent impératif ce folklore qui leur permet de se mettre en train? Sans quoi le décollage est ardu voire impossible?

Bien évidemment, penser à tous ces rôles délicieux que nous pouvons jouer avec tel costume attise l’imagination. Parler de ce qu’on peut accomplir avec une croix de Saint-André nous transporte déjà dans des états d’être hors de nous. Bien évidemment, nous n’aurons pas l’impudeur de dire ici que lui faire humer nos bottes… ou la laisser baiser notre main… déclenche une réaction en chaîne proche de la libération de l’atome.

Bref, le folklore oui quand il est au service de notre imagination et de notre volonté. Je veux bien. Ce sont des outils. Ce ne sont que des outils.

Photo : Ken Marcus via cercle O - l’album.

Contrairement au côté impersonnel du donjon et des jouets de toutes formes, le collier (tout comme le costume) revêt une dimension plus personnelle, ancrée dans l’identité. Il marque pour beaucoup la prise de possession de la soumise par le dominant et sa « protection » de l’environnement bdsm réputé âpre et hostile. Il officialise aux yeux de la soumise et du dominant leur « lien bdsm », de même qu’il exprime aux yeux de qui veut bien le lire et l’entendre l’appartenance de la soumise à ce dominant.

Je dis : prise de possession de la soumise par le dominant, appartenance de la soumise au dominant. Ce sont de grands mots. Certains vont parler d’engagement, d’une certaine forme de reconnaissance, ou encore d’une promesse. Pourquoi pas d’une dette? C’est aux membres de l’interaction d’attribuer le sens du collier envisagé ou de toute autre forme de marquage (bijou, tatou, contrat, titre de propriété, etc.), de même que le moment opportun pour le faire.

Je trouve qu’en général, les gens vont beaucoup trop vite dans ce genre de choses. Mais il s’en trouve pour considérer que des gens comme moi vont beaucoup trop lentement, le rythme de la vie étant si infernal qu’il faille ne rien remettre à demain de peur qu’il ne se pointe pas au rendez-vous. Enfin, tout cela est affaire de choix et je suis heureux de constater aujourd’hui que mademoiselle n’est plus aussi pressée par le collier. Il y a des enjeux beaucoup plus passionnants en cours.

En même temps, chez beaucoup d’autres amateurs de bdsm, le collier n’a rien d’honorable. Il fait parfois peur, son symbolisme lourd ne colle pas nécessairement à ce que certaines personnes cherchent dans le bdsm, prenant pour acquis qu’elles cherchent bien quelque chose dans ces pratiques.

Porter le collier pour prouver quoi? À qui?

Le port du collier n’est qu’une activité bdsm parmi d’autres. Ce n’est pas une obligation de la soumise. Il n’y a pas de loi l’imposant. T’es pas moins dominant ou maitre parce que TA soumise ne porte pas TON collier. Le ciel ne craquera pas si une soumise ne porte pas le collier de son maître pour indiquer le sérieux de sa démarche.

Le collier pour quoi faire? La protéger? Le beau leurre. Comme si la soumise ne pouvait se protéger elle-même. Condition première du caractère sain de sa soumission.

Non mais sérieux, un collier pour quoi faire? Te protéger toi, Monsieur le dominant? À ce moment-là, tu vas te rendre compte vite du caractère éphémère de l’interaction bdsm; surtout si tu as l’occasion de te faire dire un jour par la mère de tes enfants devant la Cour supérieure qu’elle était pas d’accord finalement tout ce temps pour faire du bdsm.

Tu vas alors t’apercevoir qu’elle portait ce collier pour se montrer à toi tellement dévouée et soumise, même devant les amis ou la famille. Tu vas comprendre qu’elle se pavanait en collier à la fois par orgueil, pour prouver sa valeur, par défi, pour narguer l’entourage, par bravade, pour montrer qu’elle était capable de le faire, elle; maniant la disponibilité de son dévouement et de sa soumission dans le registre érotique, à la fois pour exciter les autres mâles autour et embêter leurs femmes.

Collier ou corde au cou?En ce qui me concerne, je vois aujourd’hui le recours à tous ces objets du folklore bdsm comme des sources de bruit dans ma relation avec une soumise aspirante. Comme si on ne pouvait réfléchir ressentir vibrer ni même vivre l’interaction bdsm, ou la relation bdsm à plus forte raison, sans l’aide de tout cet attirail qui obscurcit le jugement au lieu de l’éclairer.

Tu vas voir aussi que la valse des colliers dans la communauté le zhumanity bdsm n’est une danse belle à regarder danser. En fait, je la trouve ni belle ni digne de ce que nous sommes réellement capables de faire.

Photo : Audrey Eroshkin via vertigeetsilence.canalblog.com.

Par Valmont le 15.11.2007 @ 8:18 am

Il y a un bout de temps que je souhaitais aborder le sujet des jeux psychologiques dans le contexte des échanges de pouvoirs érotiques.

Il faut croire que le fruit est mûr.

Je ne parle pas ici de scénarios d’humiliation malicieusement distillés dans le cours d’une séance bdsm, dans le but avoué de tourmenter la soumise, ce que les Chinois appellent parfois le mindfucking.

J’entends par jeux psychologiques ces situations où vous obtenez le contraire de ce que vous vouliez. Où vous avez la sensation d’avoir gaspillé votre énergie dans des échanges infructueux et irritants. Où vous concluez une séquence relationnelle avec l’impression de vous être fait avoir. Où c’est toujours le même sujet qui revient sur le tapis entre vous et la soumise, sans pour autant qu’il soit résolu à la fin de l’interaction.

Ces quatre situations sont des signes qui peuvent vous signaler l’existence d’un jeu psychologique, souligne Christel Petitcollin, l’auteur d’une petite plaquette fort instructive intitulée Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?

« En matière de communication, le terme de « jeu » psychologique scandalise souvent la première fois qu’il est entendu. Pourtant, simultanément, d’une façon très intuitive, il sonne juste. Le mot choque pour plusieurs raisons.

Les jeux psychologiques n’étant ni drôles ni ludiques, le terme de jeu paraît d’abord inadéquat. Ensuite, ces échanges infructueux et négatifs semblent involontaires et leurs enjeux sont inconscients. Comme imaginer qu’on puisse faire exprès de se disputer? »

On peut remplacer « se disputer » par « désobéir » ou « saboter » ou…

« Mais le mot sonne juste parallèlement parce que l’exagération, la dramatisation théâtrale, l’insincérité latente sont perceptibles. De même, ces situations négatives sont étrangement standard et semblent obéir à des règles quasiment immuables.

Certaines disputes, par exemple, sont répétitives au point qu’on pourrait mettre en route l’enregistrement des répliques d’une dispute antérieure pour continuer les échanges verbaux rituels jusqu’à l’ultime claquement de porte ou à la crise de larmes finale. »

Les dominants qui lisent ce billet n’ont jamais eu une dispute avec leur soumise. Encore moins plusieurs disputes ayant pour objet le même thème.

« Éric Berne définit le jeu comme « un ensemble de transactions doubles, périodique, récurrent, plausible en apparence, avec une motivation cachée », ou plus familièrement comme « une série de coups avec un piège ou un truc ». La fin du jeu intervient au moment d’un dénouement incontestable, équivalant à un but ou à « échec et mat ».

Il est possible de différencier facilement un jeu d’une relation normale. Par exemple, je peux avoir besoin de réconfort, le demander et l’obtenir. C’est une séquence relationnelle saine et normale. Dans le jeu, la transaction est piégée. Mon besoin de réconfort sera feint ou bien ma demande sera indirecte et manipulatrice, on encore, le réconfort offert sera rejeté. »

L’exemple suivant donné par Petitcollin dans son bouquin n’est pas en rapport direct au contexte d’un échange de pouvoirs érotique. Mais en creusant un peu, je suis certain que nous pourrions trouver plusieurs « situations équivalentes » les doigts dans le nez.

« Pourquoi n’ai-je pas dit à mon mari : « S’il te plaît, j’ai eu une dure journée. J’aurais besoin de me blottir un moment dans tes bras. Veux-tu bien laisser ton ordinateur pendant un quart d’heure? » Souvent, c’est la peur du refus de l’autre qui empêche de formuler des demandes simples et claires. C’est peut-être la même peur d’être critiqué ou rejeté qui a empêché mon mari de venir me saluer chaleureusement à mon arrivée.

Mais dans la majorité des cas, c’est une peur plus profonde, la peur de l’intimité et des échanges affectifs qui fait préférer les jeux à des relations positives. Lorsqu’on perçoit la proximité avec l’autre comme potentiellement dangereuse, on peut combler son vide affectif avec les sensations négatives mais fortes que procurent les jeux psychologiques. »

On pourrait croire a priori que les jeux psychologiques auxquels fait référence Petitcollin sont le fait de personnes « victimes ». Et pourtant…

Par Valmont le 13.11.2007 @ 7:33 am

Je lisais récemment dans le blogue d’une curieuse du bdsm, un billet sur la domination-soumission qui me permet d’approfondir un truc qui me chicote depuis un bout :

On parle souvent d’échange de pouvoir. Je n’aime pas ce terme et je lui préfère celui de “don”. Le pouvoir est donné oui, mais en aucun cas “échangé”. Il faut être clair, un seul des deux partenaires a le pouvoir, un seul guide, un seul fait avancer l’autre.

Oui, le don, le fameux don de la soumise. Dans sa première contribution à cercle O, liberté{+} nous avait fait le plaisir de relayer un texte important sur cette notion galvaudée et à la limite dangereuse.

Qu’on le veuille ou non, ce type de propos nous ramène encore à cette notion du maître-tout-puissant-qui-sait-tout et de la soumise-tête-de-linotte-qui-ne-sait-rien à qui l’Unique le dom charmant montrera tout ce qu’elle devra savoir, afin de la sculpter à son image.

Mais ce n’est pas tout à fait ce que m’inspire le billet de cette curieuse N. Je souhaite davantage creuser ici cette dynamique qui survient entre le dominant et la soumise lorsque se met en place le cadre bdsm. Je veux parler de cette tension qui apparaît petit à petit entre eux. Cette tension distingue nettement la relation bdsm d’une relation amoureuse classique.

Débroussaillons un peu au préalable.

Dans une interaction bdsm équilibrée, l’échange de pouvoirs n’est jamais définitif. C’est une dynamique fondée sur le ponctuel et non sur une durée continue. C’est le cas même dans les couples dits bdsm quand on y pense bien.

La soumise n’offre pas ses pouvoirs une fois pour toutes. Je ne crois pas un seul instant à ce fantasme si répandu de part et d’autre du manche. Sinon pour des laps de temps très courts. Et encore.

En fait, elle ne donne rien, la soumise, mon vieux. Au mieux, si on n’aime pas le terme “échanger”, on peut dire qu’elle te prête, sur une base temporaire, sa bouche, ses yeux, ses mains, ses orifices, sa luette, son esprit, son temps, ses idées, ses énergies, ses ressources, alouette. Pour un laps de temps x à des conditions y. C’est du donnant-donnant. C’est un prêt avec intérêt. Il y a même espérance d’un retour sur investissement.

L’exercice du pouvoir généré par ce prêt est le résultat d’un équilibre de fil de fériste; il existe une tension entre les partenaires impliqués, une tension positive. L’aura, l’aura pas? Me donnera-t-il ou ne me donnera-t-il pas ce que je veux, ce que j’attends et espère? Je crois de plus en plus fermement que l’équilibre relationnel bdsm naît de cette nécessaire, légitime et saine tension entre la soumise et le dominant, entre les désirs de l’une et les désirs de l’autre, entre leurs motivations respectives, leurs besoins, leurs fantasmes.

Une soumise trop faible, ou son contraire, une soumise trop têtue… un dom trop conciliant, ou un dom qui se la pète… et l’équilibre peut foutre le camp à tout moment.

Au mieux, la soumise se donne petit à petit, elle s’abandonne, mais jamais elle ne donne entièrement tous ses pouvoirs, ni trop rapidement. D’ailleurs, on les connait les résultats quand elle se donne trop vite, trop tôt : le dominant se désintéresse, il trouve la soumise “trop facile” et part à la recherche de d’autres partenaires, soit dans le cadre de leur relation (le fameux triolisme) ou hors-cadre. Je charrie à peine.

Attention : je ne dis pas que la soumise doit se battre avec le dominant, qu’elle doit se rebeller et jouer à la polissonne, afin de conserver l’intérêt du dominant, n’est-ce pas mlle liberté[+] ?

C’est là un lieu commun chez beaucoup de femmes se disant soumises de jouer les dures, de se montrer difficiles à mater, de se montrer fortes (on ne donnera pas de noms). Comme si elles attribuaient à leur soumission une valeur, alors qu’elles ne souhaitent rien de moins que de lâcher les rênes. J’y vois là une contradiction fondamentale : elle veut se donner mais elle résiste. Elle cherche à contrôler les paramètres au lieu de simplement laisser le dom “faire sa job”. Au lieu de goûter les sucs grisants de l’abandon, elle s’étourdit à vouloir tout prévoir, tout deviner, tout contrôler.

Bien sûr que durant les négociations, la soumise doit contrôler son environnement. Il en va de son… intérêt.

À chevalBien sûr que durant cette phase pré-séances dont on fait trop souvent l’économie sous divers prétextes, la soumise doit disposer de tous ses leviers, si elle ne veut pas se retrouver en fâcheuse posture lorsque le dominant en face d’elle dévoilera sa vraie nature, une fois passée la danse du coq.

Bien sûr qu’au retour de voyage, lors de l’après-séance, la soumise reprend le contrôle de ses leviers, rééquilibre son vaisseau d’or, retrouve ses amis, ses enfants… parfois même son mari.

Je reviens à la phase de négociations.

Durant cette phase, si le dominant est en mesure de se maîtriser, c’est à lui de ne pas sauter à pieds joints sur la soumise, de la laisser venir à lui, de ralentir la cadence de l’interaction afin de la poser sur les bases les plus solides qui soient, afin de la créer justement cette tension utile, créatrice. C’est au dominant de remettre à la soumise ses pouvoirs, si celle-ci, trop excitée ou inconsciente des dangers, va trop loin trop vite.

C’est en cela que l’échange de pouvoirs érotique comporte une tension que je compare au courant alternatif. Cette tension va de l’un à l’autre constamment, parfois pour une courte période de temps, parfois plus longuement. Ce pouvoir n’est jamais complètement 100 à 0, où 100 correspondrait au pouvoir ultime du dom, dans une configuration de propriété, et où 0 correspondrait à la situation où la soumise garde la mainmise sur tous ses faits et gestes.

Dès que le dominant et la soumise s’entendent sur les conditions et entrent dans l’interaction bdsm, le dominant détient dès lors les rênes du pouvoir (dans la limite des pouvoirs conférés) dans le sens qu’il supervise la scène, il oriente son déroulement, il amène la soumise là où il croit utile, amusant, excitant de la mener.

Durant la scène, la tension est là, palpable. Dans ses yeux. Dans ses sourires, dans ses mots balbutiés, dans ses gestes…

>”Il faut être clair, un seul des deux partenaires a le pouvoir, un seul guide, un seul fait avancer l’autre”.

Le dominant guide la soumise. Lui seul fait avancer l’autre. Comme cela est charmant de poésie chevaleresque. Mais le guide, d’où tient-il ce qu’il faut savoir pour guider l’autre ? Un soir d’illumination sur le mont Sinaï ?

Il n’y a pas que le dom qui fait avancer la soumise. La soumise aussi fait avancer le dom. C’est un two-way switch cette affaire-là. L’échange de pouvoirs érotiques est un processus bi-directionnel. C’est justement lorsque l’échange ne se fait que dans un sens que se produisent les conflits, les errances, le déséquilibre.

Par l’expression de ses besoins et de ses désirs, la soumise aiguille le dominant sur les voies à suivre pour l’envoyer en orbite. Elle lui fait part de ses craintes, de ses malaises, de ses doutes. Elle lui fait part de son histoire personnelle, ce qui va éclairer le dominant sur certaines réactions qu’elle peut avoir dans certaines situations particulières.

Par Valmont le 08.11.2007 @ 4:37 pm

La personne dominante n’est pas à l’abri des mauvaises rencontres. Dans le bdsm comme ailleurs, on peut tomber sur une personne soumise qui joue à des jeux psychologiques qui ne sont pas sains, ou qui éprouve des difficultés relationnelles importantes.

Dans les sites de rencontres, les forums et les salles de clavardage à saveur bdsm, combien de soumises ne croise-t-on qui se déclarent des victimes. Victimes de dominants peu scrupuleux, victimes de dominas qui se défoulent sur elles sans égard envers leurs préoccupations et leur santé, victimes de situations désavantageuses, victimes dont personne ne tient compte, sinon pour les inviter à un diner une soirée de cons connes en guise de chair à fessée.

Les victimes de la vie sont nombreuses dans la sphère bdsm.

J’ai déjà abordé brièvement dans ce blogue la question de la confiance, une condition psychologique essentielle à mon sens, et dont le dominant doit tenir compte lorsqu’il souhaite asservir une soumise sur une période plus ou moins longue, au lieu de s’en tenir uniquement aux formes de son cul ou à ses promesses de docilité et de perversités.

Il y a quelque temps à la Grande Bibliothèque, je suis tombé par le plus grand des hasards sur un tout petit bouquin au titre sans équivoque : Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?. Son auteur, Christel Petitcollin, y écrit des trucs fort tripatifs, comme dirait l’autre.

Oui, je sais, vous me direz que les dominants ne se font jamais prendre à aucun piège de la sorte.

“Le rôle de la victime consiste à être pur, innocent et réduit à l’impuissance. La victime est une personne fragile en apparence, plaintive voire pleurnicharde, malheureuse et passive. Pleine de bonne volonté, mais poursuivie par des catastrophes, elle est de surcroit gaffeuse et si énervante qu’on ne peut s’empêcher de la remettre à sa place.

Cela vous semble si loin du bdsm, j’aurais dû m’en douter. Et pourtant, read on por favor.

Elle cherche à vous culpabiliser d’aller bien quand elle est si mal. Elle insinue que vous avez de la chance (et pas elle), niant les moyens que vous vous donnez pour avoir ce que vous avez. Son objectif : vous inspirer de la pitié pour que vous la preniez en charge et vous rendre responsable de sa souffrance comme de son éventuel futur bonheur.

Toujours pas convaincu ? Comme dirait le jeune clerc amouraché d’Emma Bovary, “continue cocher, continue!”

“Pour arriver à ses fins, elle peut aussi se faire séductrice et vous flatter : « Tu es la seule personne qui me comprenne » ou « Je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi ! » Si elle est adroite, elle arrivera même à vous faire croire que vous avez beaucoup à gagner à vous occuper d’elle.

J’attire votre attention sur le fait que grammaticalement, le terme de victime n’existe qu’au féminin. Pourtant, de nombreux hommes sont tout aussi capables que les femmes d’être passifs et gaffeurs, tout aussi doués pour se faire prendre en charge et savent aussi très bien inspirer de la pitié et de la culpabilité.”

Bien entendu, vous n’avez jamais croisé une telle personne soumise victime dans votre vie.

Les bénéfices d’être une victime

Il existe de nombreux bénéfices à jouer le rôle de la victime, et non des moindres.

“Le rôle de victime attire la sympathie et la pitié. Il permet donc de monopoliser beaucoup d’attention. Il assure aussi une impunité totale et donne la possibilité de ne pas répondre de ses actes, puisque le postulat de base est qu’une victime est pure et innocente. La plupart des transactions de victime consistent à faire porter la responsabilité aux autres.

«  C’est la faute de ce cruel bourreau (ou celle de ce mauvais sauveur) si j’en suis là aujourd’hui. Moi je n’y suis pour rien. »

S’il n’y a pas de bourreau à incriminer, la victime pourra s’en tirer en jouant à Stupide : « Je ne l’ai pas fait exprès. Je ne savais pas. Je n’avais pas compris. » En refusant de faire face à ses actes et à leurs conséquences, la personne qui se place en victime cherche surtout à échapper à la honte. Car lorsqu’on ne sait pas s’évaluer avec objectivité et que l’estime de soi est très basse, la prise de conscience de ses imperfections et de ses erreurs est extrêmement cuisante. Heureusement, il n’est nul besoin de faire son auto-critique, dans le coin de la victime !

Dans les bénéfices secondaires du rôle de victime, il faut aussi tenir compte de ce masochisme dont Éric Berne disait qu’il était un « faute de mieux ».

Jacques Salomé va plus loin et nous invite à reconnaître avec honnêteté l’aspect jouissif de la position de victime.

« , Il y a, dit-il, un grand plaisir à geindre, à se plaindre et à se croire réduit à l’impuissance. »”

Le mécanisme de la culpabilisation

Il y a quelque temps, dans le forum BDSM ou Abus : parlez-en ! qui se présente comme un forum d’aide destinées aux victimes de violences physiques et psychologiques liées aux dérapages du bdsm, je fus assez surpris par la violence des réactions à mon propos sur les prédateurs et les prédatrices dans l’univers bdsm.

Après tout, mon discours depuis toujours en est un de responsabilisation de nos actes.

En lisant Petitcollin, je n’ai pu m’empêcher de repenser à cette “discussion” :

“Le victime est d’une certaine façon un gardien de but : le ballon « responsabilité  ne doit absolument pas passer par son coin. Puisqu’une victime est pure et innocente, elle n’a forcément aucune responsabilité dans ce qui lui arrive.

C’est pourquoi, dès qu’on va insinuer qu’elle pourrait peut-être avoir une implication dans ses ennuis, elle va vivement s’indigner, c’est-à-dire bloquer puis relancer le ballon le plus loin possible. Comment osez-vous l’accuser si cruellement alors qu’elle a fait de son mieux et que tout est de la faute d’un bourreau qui la persécute ou d’un sauveur dont l’aide inadéquate l’a mise en difficulté !

Je vous invite à observer l’habileté des victimes à rejeter toute part de responsabilité dans leur propre malheur. C’est quelquefois du grand art, surtout quand elles vous font la prise du judo morale d’abonder dans votre sens en s’autodénigrant. Vous vous sentirez très vite monstrueux d’avoir accablé cette si fragile personne en lui rappelant à quel point elle est nulle, stupide, incapable… Mais si votre victime est une véritable professionnelle du triangle, l’idée qu’elle puisse avoir une quelconque part de responsabilité dans son malheur ne vous effleurera même pas.

Que devient le ballon « responsabilité  lorsque la victime l’a si adroitement bloqué et renvoyé ? Eh bien, il atterrit dans les bras du bourreau ou dans ceux du sauveur. Et l’essai ainsi transformé convertit comme par magie la « responsabilité  en « culpabilité » : culpabilité d’être un si mauvais sauveur qui enfonce sa victime au lieu de la secourir ou culpabilité d’être si cruel avec une personne si vulnérable.

C’est d’ailleurs un avantage non-négligeable de la position de victime : elle est « désarmante », c’est-à-dire qu’elle permet réellement de désarmer l’ennemi.

La culpabilisation consiste à rendre l’autre responsble de ce que l’on vit. La culpabilité, en retour, provient du fait d’accepter de se rendre responsable de ce que vit l’autre. Le grand oublié de ce trafic de responsabilités est le pouvoir d’agir qui devrait y être systématiquement associé.”

Je ne peux que recommander à tout personne dominante de lire Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?, avant de lui donner son premier rendez-vous à cette garce.

Que voilà quelques soirées de lecture bien investie.

Je reviendrai sur les jeux psychologiques. Ce sont des mécanismes qui à défaut d’être plaisants à vivre, sont très intéressants à “voir” et à démonter.

Par Valmont le 06.11.2007 @ 11:04 am

Je reprends ici un billet pondu dans une mare quelque part.

La distance est un outil extraordinairement utile dans la relation bdsm.

Aimer ou ne pas aimer la relation bdsm à distance me semble un faux débat. C’est comme se demander si on préfère jouer au foot un jour de canicule ou un jour de pluie.

La vraie question me semble plutôt être : s’il pleut, on fait comment pour pas échapper le ballon? :*)

Par Valmont le 02.11.2007 @ 1:03 pm

C’était à l’automne 2000, je crois.

J’étais à ce moment-là fort déçu. Non, pas déçu autant que de très mauvaise humeur. Pour ne pas dire fâché.

Fâché envers une personne, une soumise. Fâché envers un tas de croustelevez qui se réclament du bdsm, et qui sont en réalité des clowns tristes et des pitres insignifiants. Des gens qui manifestement n’ont pas la moindre idée de la difficulté réelle et des périls de la relation fondée sur les échanges de pouvoirs érotiques, mais qui ont l’outrecuidance de se mêler allègrement des affaires des autres, parce que leur vie…

Comme si tout était simple quand il s’agit de dominer, n’est-ce pas? Comme si tout était facile, où les problèmes se résolvent d’un seul claquement de doigts. Car on le sait bien, un dominant n’a qu’à exiger pour obtenir.

Que le maulubec vous trousque viets d’aze!

Je venais de donner son 4 % à une soumise, après des semaines à tenter laborieusement un atterrissage en douce. À vouloir recadrer ses énergies et ses priorités. À ralentir la cadence des interactions bdsm avant d’arriver tête première dans le mur.

Parce que dans mon livre à mouah, une femme prête à larguer mari et enfants pour partir avec son Maître sur un tapis volant, c’est le genre de scénario charmant qui fait les délices de la programmation cinéma de Canal-Vie, mais une fois la télé éteinte…

Parce qu’une soumise mariée qui habite à douze heures de route et qui refuse à son maître de se faire une copine, ce n’est plus une question de double standard ou de mauvaise foi, c’est une perte flagrante de perspective et du sens des réalités.

C’est perdre de vue que le bdsm ne doit jamais mettre en péril notre vie quotidienne, nos acquis familiaux, professionnels et amicaux. Voire nos repères amoureux.

Fréquentant assidûment à l’époque le palace Québec-BDSM où j’avais créé un grand nombre de pièces à l’intention des visiteurs désireux de se familiariser avec les activités et la philosophie bdsm, et même une petite page web sur feu Multimania (ô doux souvenirs), ce sont des conversations avec deux soumises d’expérience qui me sauvent de la déroute. D’un certain découragement face aux comportements et agissements d’un grand nombre de femmes se disant soumises, où les désespérées du cœur ou du cul foisonnent.

On entend souvent dire que les bons maîtres sont plus rares que de la marde de pape. On peut en dire autant des soumises, ma très chère sœur.

Ces deux soumises donc, chloé et bijou, me font voir que je ne dois pas généraliser. Que les soumises sérieuses dans leurs démarches, elles existent. Qu’au bout du compte, au lieu de blâmer xyz pour mes déboires et revers, ou de tout lâcher, je suis peut-être mûr pour passer à un autre palier dans ma découverte des échanges de pouvoirs érotiques.

Jusque là, mes expériences bdsm s’étaient toujours déroulé dans la sphère privée, avec des conjointes, des copines ou de pures inconnues rencontrées dans un cadre vanille qui virait au chocolat.

Mais jamais je n’étais sorti en public. À jouer devant des personnes inconnues. Passer de la pratique bdsm privée à la pratique bdsm devant public est un grand pas qui ne se franchit pas aisément, même pour un dominant. Beaucoup ne le franchissent jamais d’ailleurs.

C’est dans la foulée de ces conversations avec les deux soumises susmentionnées qu’un bon soir, l’affriolante chloé (plus masochiste que soumise) m’offrira avec l’accord bienveillant de son maître, une jeune soumise libidineusement délicieuse et allumée pour la durée d’une soirée au Club L’Orage International, le fameux club échangiste à Montréal qui organisait à l’époque des soirées « fetish » de temps à autres.

Comme je me sentais gauche, impressionné. Ébloui par les lieux et son atmosphère ludique. Ébloui par la possibilité de s’offrir sans gêne ni pudeur (enfin, si… un peu). Ébloui par le don de cette femme qui m’accompagnait dans ces plaisirs parallèles. Ébloui par la truculence de mon chaperon. J’étais à ma place, il n’y avait plus de doute possible, bien que ma place restait à faire. Aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau, mais ce n’était pas encore le large.

Ce moment fut néanmoins pour mouah un nouveau départ qui marquait la fin de quelque chose. Une étape cruciale dans mon cheminement bdsm.

Samedi soir dernier, lors d’une soirée privée, tous ces moments me sont revenus à la mémoire en apercevant parmi les convives ladite bijou devenue entretemps Hera. Ciel c’est… bijou Hera !

Un inconnu se présente à moi : ” Bonjour Comte, heu?”…

” Ah non Monsieur, pas Comte… Ce n’est pas encore l’heure du duel. Vicomte, je vous prie. Monsieur le Vicomte de Valmont. (Apercevant bijou du coin de l’oeil) Attendez pas que bi… Hera vous reprenne mon cher ami, elle est assez à cheval sur les dénominations et elle connaît ses classiques…”

Ah qu’il fait bon manier le rire au lugubre d’une soirée sous le signe des vampires.

Plus tard dans la soirée, je me suis dis que le moment était venu de la remercier la Hera alias bijou pour ses judicieux conseils au tournant du millénaire. Je n’avais aucune espèce d’idée du comment lorsque la lumière vint. Et quelle lumière. Ce fut un petit moment d’improvisation pure comme je les aime.

Écoutez-moi bien, mademoiselle : je veux que vous nettoyiez toute la surface des souliers de la dame avec votre langue, sans oublier un seul recoin. Est-ce que mademoiselle a bien compris ce que Monsieur lui demande?Je lui ai tendu la laisse au bout de laquelle se trouvait une soumise masquée, agenouillée à mes pieds. Ai mis ladite soumise en contexte et lui ai gentiment proposé de nettoyer les souliers de la dame avec sa langue.

Si je me fie aux non-dits, je crois bien que Hera a apprécié grandement l’hommage avec la langue prodiguée à ses beauuux souliers par une plus-que-charmante nana docile.

À vrai dire, ladite nana a apprécié tout autant la situation, se permettant d’aller légèrement plus loin avec sa langue que le cuir du soulier pour déborder sur le bas de la dame qui ne s’en est pas formalisée, on se demande bien pourquoi.

Elle aurait dû.

Ce qui me fait penser que je devrais songer à quelque chose pour remercier chloé.

Photo : Captive Girls.