Par Valmont le 08.11.2007 @ 4:37 pm

La personne dominante n’est pas à l’abri des mauvaises rencontres. Dans le bdsm comme ailleurs, on peut tomber sur une personne soumise qui joue à des jeux psychologiques qui ne sont pas sains, ou qui éprouve des difficultés relationnelles importantes.

Dans les sites de rencontres, les forums et les salles de clavardage à saveur bdsm, combien de soumises ne croise-t-on qui se déclarent des victimes. Victimes de dominants peu scrupuleux, victimes de dominas qui se défoulent sur elles sans égard envers leurs préoccupations et leur santé, victimes de situations désavantageuses, victimes dont personne ne tient compte, sinon pour les inviter à un diner une soirée de cons connes en guise de chair à fessée.

Les victimes de la vie sont nombreuses dans la sphère bdsm.

J’ai déjà abordé brièvement dans ce blogue la question de la confiance, une condition psychologique essentielle à mon sens, et dont le dominant doit tenir compte lorsqu’il souhaite asservir une soumise sur une période plus ou moins longue, au lieu de s’en tenir uniquement aux formes de son cul ou à ses promesses de docilité et de perversités.

Il y a quelque temps à la Grande Bibliothèque, je suis tombé par le plus grand des hasards sur un tout petit bouquin au titre sans équivoque : Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?. Son auteur, Christel Petitcollin, y écrit des trucs fort tripatifs, comme dirait l’autre.

Oui, je sais, vous me direz que les dominants ne se font jamais prendre à aucun piège de la sorte.

“Le rôle de la victime consiste à être pur, innocent et réduit à l’impuissance. La victime est une personne fragile en apparence, plaintive voire pleurnicharde, malheureuse et passive. Pleine de bonne volonté, mais poursuivie par des catastrophes, elle est de surcroit gaffeuse et si énervante qu’on ne peut s’empêcher de la remettre à sa place.

Cela vous semble si loin du bdsm, j’aurais dû m’en douter. Et pourtant, read on por favor.

Elle cherche à vous culpabiliser d’aller bien quand elle est si mal. Elle insinue que vous avez de la chance (et pas elle), niant les moyens que vous vous donnez pour avoir ce que vous avez. Son objectif : vous inspirer de la pitié pour que vous la preniez en charge et vous rendre responsable de sa souffrance comme de son éventuel futur bonheur.

Toujours pas convaincu ? Comme dirait le jeune clerc amouraché d’Emma Bovary, “continue cocher, continue!”

“Pour arriver à ses fins, elle peut aussi se faire séductrice et vous flatter : « Tu es la seule personne qui me comprenne » ou « Je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi ! » Si elle est adroite, elle arrivera même à vous faire croire que vous avez beaucoup à gagner à vous occuper d’elle.

J’attire votre attention sur le fait que grammaticalement, le terme de victime n’existe qu’au féminin. Pourtant, de nombreux hommes sont tout aussi capables que les femmes d’être passifs et gaffeurs, tout aussi doués pour se faire prendre en charge et savent aussi très bien inspirer de la pitié et de la culpabilité.”

Bien entendu, vous n’avez jamais croisé une telle personne soumise victime dans votre vie.

Les bénéfices d’être une victime

Il existe de nombreux bénéfices à jouer le rôle de la victime, et non des moindres.

“Le rôle de victime attire la sympathie et la pitié. Il permet donc de monopoliser beaucoup d’attention. Il assure aussi une impunité totale et donne la possibilité de ne pas répondre de ses actes, puisque le postulat de base est qu’une victime est pure et innocente. La plupart des transactions de victime consistent à faire porter la responsabilité aux autres.

«  C’est la faute de ce cruel bourreau (ou celle de ce mauvais sauveur) si j’en suis là aujourd’hui. Moi je n’y suis pour rien. »

S’il n’y a pas de bourreau à incriminer, la victime pourra s’en tirer en jouant à Stupide : « Je ne l’ai pas fait exprès. Je ne savais pas. Je n’avais pas compris. » En refusant de faire face à ses actes et à leurs conséquences, la personne qui se place en victime cherche surtout à échapper à la honte. Car lorsqu’on ne sait pas s’évaluer avec objectivité et que l’estime de soi est très basse, la prise de conscience de ses imperfections et de ses erreurs est extrêmement cuisante. Heureusement, il n’est nul besoin de faire son auto-critique, dans le coin de la victime !

Dans les bénéfices secondaires du rôle de victime, il faut aussi tenir compte de ce masochisme dont Éric Berne disait qu’il était un « faute de mieux ».

Jacques Salomé va plus loin et nous invite à reconnaître avec honnêteté l’aspect jouissif de la position de victime.

« , Il y a, dit-il, un grand plaisir à geindre, à se plaindre et à se croire réduit à l’impuissance. »”

Le mécanisme de la culpabilisation

Il y a quelque temps, dans le forum BDSM ou Abus : parlez-en ! qui se présente comme un forum d’aide destinées aux victimes de violences physiques et psychologiques liées aux dérapages du bdsm, je fus assez surpris par la violence des réactions à mon propos sur les prédateurs et les prédatrices dans l’univers bdsm.

Après tout, mon discours depuis toujours en est un de responsabilisation de nos actes.

En lisant Petitcollin, je n’ai pu m’empêcher de repenser à cette “discussion” :

“Le victime est d’une certaine façon un gardien de but : le ballon « responsabilité  ne doit absolument pas passer par son coin. Puisqu’une victime est pure et innocente, elle n’a forcément aucune responsabilité dans ce qui lui arrive.

C’est pourquoi, dès qu’on va insinuer qu’elle pourrait peut-être avoir une implication dans ses ennuis, elle va vivement s’indigner, c’est-à-dire bloquer puis relancer le ballon le plus loin possible. Comment osez-vous l’accuser si cruellement alors qu’elle a fait de son mieux et que tout est de la faute d’un bourreau qui la persécute ou d’un sauveur dont l’aide inadéquate l’a mise en difficulté !

Je vous invite à observer l’habileté des victimes à rejeter toute part de responsabilité dans leur propre malheur. C’est quelquefois du grand art, surtout quand elles vous font la prise du judo morale d’abonder dans votre sens en s’autodénigrant. Vous vous sentirez très vite monstrueux d’avoir accablé cette si fragile personne en lui rappelant à quel point elle est nulle, stupide, incapable… Mais si votre victime est une véritable professionnelle du triangle, l’idée qu’elle puisse avoir une quelconque part de responsabilité dans son malheur ne vous effleurera même pas.

Que devient le ballon « responsabilité  lorsque la victime l’a si adroitement bloqué et renvoyé ? Eh bien, il atterrit dans les bras du bourreau ou dans ceux du sauveur. Et l’essai ainsi transformé convertit comme par magie la « responsabilité  en « culpabilité » : culpabilité d’être un si mauvais sauveur qui enfonce sa victime au lieu de la secourir ou culpabilité d’être si cruel avec une personne si vulnérable.

C’est d’ailleurs un avantage non-négligeable de la position de victime : elle est « désarmante », c’est-à-dire qu’elle permet réellement de désarmer l’ennemi.

La culpabilisation consiste à rendre l’autre responsble de ce que l’on vit. La culpabilité, en retour, provient du fait d’accepter de se rendre responsable de ce que vit l’autre. Le grand oublié de ce trafic de responsabilités est le pouvoir d’agir qui devrait y être systématiquement associé.”

Je ne peux que recommander à tout personne dominante de lire Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ?, avant de lui donner son premier rendez-vous à cette garce.

Que voilà quelques soirées de lecture bien investie.

Je reviendrai sur les jeux psychologiques. Ce sont des mécanismes qui à défaut d’être plaisants à vivre, sont très intéressants à “voir” et à démonter.

Par Valmont le 06.11.2007 @ 11:04 am

Je reprends ici un billet pondu dans une mare quelque part.

La distance est un outil extraordinairement utile dans la relation bdsm.

Aimer ou ne pas aimer la relation bdsm à distance me semble un faux débat. C’est comme se demander si on préfère jouer au foot un jour de canicule ou un jour de pluie.

La vraie question me semble plutôt être : s’il pleut, on fait comment pour pas échapper le ballon? :*)

Par Valmont le 02.11.2007 @ 1:03 pm

C’était à l’automne 2000, je crois.

J’étais à ce moment-là fort déçu. Non, pas déçu autant que de très mauvaise humeur. Pour ne pas dire fâché.

Fâché envers une personne, une soumise. Fâché envers un tas de croustelevez qui se réclament du bdsm, et qui sont en réalité des clowns tristes et des pitres insignifiants. Des gens qui manifestement n’ont pas la moindre idée de la difficulté réelle et des périls de la relation fondée sur les échanges de pouvoirs érotiques, mais qui ont l’outrecuidance de se mêler allègrement des affaires des autres, parce que leur vie…

Comme si tout était simple quand il s’agit de dominer, n’est-ce pas? Comme si tout était facile, où les problèmes se résolvent d’un seul claquement de doigts. Car on le sait bien, un dominant n’a qu’à exiger pour obtenir.

Que le maulubec vous trousque viets d’aze!

Je venais de donner son 4 % à une soumise, après des semaines à tenter laborieusement un atterrissage en douce. À vouloir recadrer ses énergies et ses priorités. À ralentir la cadence des interactions bdsm avant d’arriver tête première dans le mur.

Parce que dans mon livre à mouah, une femme prête à larguer mari et enfants pour partir avec son Maître sur un tapis volant, c’est le genre de scénario charmant qui fait les délices de la programmation cinéma de Canal-Vie, mais une fois la télé éteinte…

Parce qu’une soumise mariée qui habite à douze heures de route et qui refuse à son maître de se faire une copine, ce n’est plus une question de double standard ou de mauvaise foi, c’est une perte flagrante de perspective et du sens des réalités.

C’est perdre de vue que le bdsm ne doit jamais mettre en péril notre vie quotidienne, nos acquis familiaux, professionnels et amicaux. Voire nos repères amoureux.

Fréquentant assidûment à l’époque le palace Québec-BDSM où j’avais créé un grand nombre de pièces à l’intention des visiteurs désireux de se familiariser avec les activités et la philosophie bdsm, et même une petite page web sur feu Multimania (ô doux souvenirs), ce sont des conversations avec deux soumises d’expérience qui me sauvent de la déroute. D’un certain découragement face aux comportements et agissements d’un grand nombre de femmes se disant soumises, où les désespérées du cœur ou du cul foisonnent.

On entend souvent dire que les bons maîtres sont plus rares que de la marde de pape. On peut en dire autant des soumises, ma très chère sœur.

Ces deux soumises donc, chloé et bijou, me font voir que je ne dois pas généraliser. Que les soumises sérieuses dans leurs démarches, elles existent. Qu’au bout du compte, au lieu de blâmer xyz pour mes déboires et revers, ou de tout lâcher, je suis peut-être mûr pour passer à un autre palier dans ma découverte des échanges de pouvoirs érotiques.

Jusque là, mes expériences bdsm s’étaient toujours déroulé dans la sphère privée, avec des conjointes, des copines ou de pures inconnues rencontrées dans un cadre vanille qui virait au chocolat.

Mais jamais je n’étais sorti en public. À jouer devant des personnes inconnues. Passer de la pratique bdsm privée à la pratique bdsm devant public est un grand pas qui ne se franchit pas aisément, même pour un dominant. Beaucoup ne le franchissent jamais d’ailleurs.

C’est dans la foulée de ces conversations avec les deux soumises susmentionnées qu’un bon soir, l’affriolante chloé (plus masochiste que soumise) m’offrira avec l’accord bienveillant de son maître, une jeune soumise libidineusement délicieuse et allumée pour la durée d’une soirée au Club L’Orage International, le fameux club échangiste à Montréal qui organisait à l’époque des soirées « fetish » de temps à autres.

Comme je me sentais gauche, impressionné. Ébloui par les lieux et son atmosphère ludique. Ébloui par la possibilité de s’offrir sans gêne ni pudeur (enfin, si… un peu). Ébloui par le don de cette femme qui m’accompagnait dans ces plaisirs parallèles. Ébloui par la truculence de mon chaperon. J’étais à ma place, il n’y avait plus de doute possible, bien que ma place restait à faire. Aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau, mais ce n’était pas encore le large.

Ce moment fut néanmoins pour mouah un nouveau départ qui marquait la fin de quelque chose. Une étape cruciale dans mon cheminement bdsm.

Samedi soir dernier, lors d’une soirée privée, tous ces moments me sont revenus à la mémoire en apercevant parmi les convives ladite bijou devenue entretemps Hera. Ciel c’est… bijou Hera !

Un inconnu se présente à moi : ” Bonjour Comte, heu?”…

” Ah non Monsieur, pas Comte… Ce n’est pas encore l’heure du duel. Vicomte, je vous prie. Monsieur le Vicomte de Valmont. (Apercevant bijou du coin de l’oeil) Attendez pas que bi… Hera vous reprenne mon cher ami, elle est assez à cheval sur les dénominations et elle connaît ses classiques…”

Ah qu’il fait bon manier le rire au lugubre d’une soirée sous le signe des vampires.

Plus tard dans la soirée, je me suis dis que le moment était venu de la remercier la Hera alias bijou pour ses judicieux conseils au tournant du millénaire. Je n’avais aucune espèce d’idée du comment lorsque la lumière vint. Et quelle lumière. Ce fut un petit moment d’improvisation pure comme je les aime.

Écoutez-moi bien, mademoiselle : je veux que vous nettoyiez toute la surface des souliers de la dame avec votre langue, sans oublier un seul recoin. Est-ce que mademoiselle a bien compris ce que Monsieur lui demande?Je lui ai tendu la laisse au bout de laquelle se trouvait une soumise masquée, agenouillée à mes pieds. Ai mis ladite soumise en contexte et lui ai gentiment proposé de nettoyer les souliers de la dame avec sa langue.

Si je me fie aux non-dits, je crois bien que Hera a apprécié grandement l’hommage avec la langue prodiguée à ses beauuux souliers par une plus-que-charmante nana docile.

À vrai dire, ladite nana a apprécié tout autant la situation, se permettant d’aller légèrement plus loin avec sa langue que le cuir du soulier pour déborder sur le bas de la dame qui ne s’en est pas formalisée, on se demande bien pourquoi.

Elle aurait dû.

Ce qui me fait penser que je devrais songer à quelque chose pour remercier chloé.

Photo : Captive Girls.

Par liberté{+} le 29.10.2007 @ 6:23 am

“Fidèle ou infidèle” est un interview de Paule Salomon dont la source se trouve sur le site http://1libertaire.free.fr.

Réel : A partir de quel moment les amants forment-ils un couple?

Paule Salomon : Dans son acceptation la plus courante, le mot amant implique un très fort désir sexuel et une relation intense qui mobilise le niveau hormonal, celui de la reproduction, de la séduction, du territoire, du “comment posséder l’autre”, “comment se rassurer par sa possession”, “comment entretenir le feu du désir, le sien et celui de l’autre pour soi.”

Le désir pose la question de la distance. On croit toujours que le désir est physique alors qu’il est sous-tendu aussi par beaucoup d’autres facteurs psychologiques, notamment l’admiration, la fascination de la différence que l’autre incarne. Par exemple je peux être séduite par le côté organisé, ponctuel, sécuritaire de l’autre alors même qu’il m’envie ma fantaisie, mon aspect bohème, artiste et désorganisé. Il y a là un programme d’échanges. Chacun s’efforce de ressentir comment l’autre fait pour être ce qu’il est, quel secret de vie se cache derrière son comportement et porte le projet souvent inconscient de s’enrichir, de se compléter dans cette alliance.

Réel : A quel moment ça va faire couple?

P. S. : Quand les amants s’installent, créent une structure plus permanente, ils s’institutionnalisent. La différence cesse d’être seulement attractive, elle fait le jeu de la complémentarité. Chacun se repose un peu sur l’autre. C’est là qu’il y a danger… car au lieu d’échanger, on risque alors de s’installer dans une différence qui devient peu à peu menaçante.

D’ailleurs nous nous quittons pour les mêmes raisons que celles qui nous ont poussés l’un vers l’autre : la différence de l’autre devient insupportable, comme une privation de liberté et d’espace pour évoluer. Et le désir s’évanouit.

Réel : Et pourrait-on être là, infidèle?

P. S. : Oui. On croit souvent qu’on est infidèle par manque d’amour, mais en fait on l’est pour retrouver un espace de croissance et de liberté. La conception du couple dans la culture actuelle est romantique, fusionnelle, comme telle elle implique un enfermement dans le deux et une exclusion du tiers.

Réel : Par peur?

P.S. : Par peur et par devoir. L’injonction sociale reste celle-ci “Dans la vie de couple, le désir doit être circonscrit sur une seule personne”.

Or la question se pose : Le désir peut-il s’entretenir dans l’exclusivité sexuelle ? N’y a-t-il pas une antinomie entre désir et fermeture ? N’y a-t-il pas dans l’essence du désir une nécessaire liberté de choix ? Le désir implique la distance, sauf chez un couple qui a évolué vers une attraction plus subtile, une relation d’âme. C’est alors un facteur de confiance qui se joue car éventuellement nous mutons au cours de notre existence et la notion d’amour s’ouvre alors vers quelque chose de plus intérieur, de moins clivé autour du sexe et du désir.

Réel : Comment être fidèle à l’autre, fidèle à soi et être libre?

P. S. : C’est une exigence très moderne. Dans le couple, aujourd’hui, il y a cette triple invitation : être fidèle à soi, à l’autre et à ses engagements.

Pour réaliser ce programme, chacun doit accepter un parcours d’évolution, une éclosion créative vers plus d’autonomie et moins de possessivité conflictuelle. Tout se passe comme si nous héritions d’un émotionnel archaïque qui ne connaît que la réactivité de la guerre des sexes.

Aimer s’apprend par un double mouvement d’acceptation de soi et de l’autre. Ma différence s’affirme, celle de l’autre aussi et pourtant nous nous comprenons toujours davantage. La relation d’alter ego suppose un dépassement de l’un et de l’autre. Seule la relation d’alter ego peut créer un espace de liberté dans l’amour.

Réel : Cette évolution fait-elle s’estomper la jalousie?

P. S. : Notre propre liberté est une conquête qui peut être assez facile, mais aimer la liberté de l’autre est quelque chose de plus difficile car elle signifie ne plus être jaloux. La jalousie est-elle une question de nature ou de culture ?

Serge Chaumier a introduit en sociologie la notion de couple fissionnel. Nous sommes tous les deux d’accord pour considérer la jalousie comme une question de culture. Par expérience, j’ai vu qu’une partie de moi-même reste toujours possessive, archaïquement possessive, essayant de se rassurer par son territoire. Mais une autre partie de moi évolue vers plus de liberté. En aimant ma propre liberté, je me suis rendu compte que le sentiment de jalousie n’était plus aussi violent. C’était comme si ma mâchoire intérieure se desserrait. Finalement, assez naturellement, la jalousie s’en est allée. Que l’autre puisse aimer, regarder ou même faire l’amour avec quelqu’un d’autre ne m’exclut pas nécessairement. La fidélité du cœur peut aller de pair avec un nomadisme sexuel.

Réel : Cette polyfidélité que vous proposez, est-ce une nouvelle culture?

P. S. : Effectivement. La polyfidélité suppose de pouvoir rester fidèle à plusieurs passions, amoureuses, artistiques ou autres. Elle est une ouverture sur l’amour non exclusif. Mais tout le monde n’est pas “polyfidèle”. Il y a des gens qui sont plus “mono” que “poly”. Certains hommes ont plus une structure de Tristan que de Don Juan. Tristan est l’homme d’une seule femme, Don Juan l’homme de plusieurs.

De même certaines femmes sont plus Eve que Lilith ou inversement, Eve incarnant la femme d’un homme et Lilith celle qui n’appartient à personne.

Nous sommes tous structurés mono ou poly selon les conditions de notre éducation et nous cherchons une marge de sécurité. Mais il nous faut en même temps une marge d’insécurité. La personne ” mono ” sera amenée à beaucoup plus dramatiser une infidélité que ne le fera la personne ” poly ” mais dans les deux cas c’est finalement l’amour de soi et l’autonomie qui garantiront le mieux une sécurité affective quoi que fasse l’autre.

C’est pour traduire cette complexité paradoxale que j’ai adopté ce titre “Bienheureuse infidélité” dans mon dernier livre. L’infidélité est une insécurité, et en même temps, une occasion de grandir. Beaucoup de personnes ont pu évoluer à travers leurs infidélités, et des couples ont mûri en traversant cette épreuve.

On peut même se demander parfois si les couples ne se créent pas des occasions d’infidélité pour se redonner des conditions d’éveil.”

Par Valmont le 22.10.2007 @ 6:19 am

Vous avez entendu parler de Big Love, cette télésérie américaine traitant de la vie d’un homme ayant… trois femmes ?

Je visionnais hier soir le premier épisode de la seconde saison. Exit le conte de fées et les fantasmes désincarnés.

Bienvenue dans la réalité contemporaine complexe d’un polygame vivant à Salt Lake City dans l’état américain d'’Utah, qui compose sa vie avec… trois femmes, sept enfants et une avalanche de problématiques, dont certaines que les pratiquants bdsm n’ignorent pas : la crainte des jugements et du rejet, les frontières entre notre vie et celles de nos enfants, le difficile équilibre entre vie privée et vie publique, la conciliation ardue entre nos principes, nos désirs et ceux d’autrui, la jalousie des envieux.

Dans l’océan d’insignifiance télévisuelle, Big Love est une île sur laquelle il fait bon échouer.

scène de Big Love, une télésérie au canal HBO

Par Valmont le 20.10.2007 @ 10:09 am

Trop souvent, la gêne et la honte viennent brider nos corps à corps. L’écrivain Françoise Simpère nous invite à redécouvrir la dimension archaïque de la sexualité. Oublier les mots, communiquer par les souffles, la sueur, les odeurs…

Et si faire l’amour comme des bêtes était finalement très humain?

Ceci n’est pas une invitation à oublier les mots, ce qui est trop souvent évoqué pour justifier le manque de transparence face à l’autre…. et peut-être d’abord face à soi-même.