Par Valmont le 05.07.2008 @ 11:37 pm

Jouer un jeu, c’est accepter un ensemble de règles.

Il est ridicule de prétendre que le dominant échappe à toute règle (sous prétexte que jamais personne ne va lui dire quoi faire ou décider à sa place).

Par Valmont le 02.06.2008 @ 7:50 pm

Dans son inventaire des représentations du sadomasochisme, Mona Sammoun écrit :

« Le sadomasochisme est un mot qui désigne encore pour un grand nombre de personnes une perversion, une maladie psychologique impliquant la consultation d’un spécialiste pour tenter d’en guérir.

Difficile de faire admettre aux profanes une nouvelle définition de ce mot et les implications esthétiques, culturelles et personnelles qu’elles mettent en œuvre chez tous ceux qui pratiquent le sadomasochisme aujourd’hui comme un rapport subtil et intelligent. Faut-il leur en vouloir?

Rappelons que l’histoire de ce mot est lourde d’un passé commun à toutes les sexualités hors norme. Les différentes formes de sexualités ayant été répertoriées par le célèbre érotologue Krafft-Ebing au dix-neuvième siècle, elles sont désignées comme perversions en face de la fonction de la fonction sexuelle – reproductive -, la seule à être considérée comme normale.

Comment ne pas s’étonner que de cette époque révolue, les noms de Tardieu, Molle ou Havelock Ellis [livres] demeurent les références pour comprendre le sasomasochisme? Les cas décrits par ces médecins, même s’ils méritaient leurs soins et leur attention, représentent des cas extrêmes qui ne correspondent pas à notre observation de la pratique SM d’aujourd’hui. Quel décalage entre leurs analyses et notre vécu! »

Je suis d’accord avec cette appréciation de l’auteur quant aux décalages entre la perception du bdsm vu de l’extérieur et les pratiques vécues de l’intérieur. À deux nuances importantes près.

D’abord, les mots mis de l’avant par Sammoun pour décrire le phénomène : sadomasochisme, douleur, esclave. Déjà, utiliser ces mots nous engluent dans des considérations historiques, sociologiques et culturelles intenables pour obtenir une discussion dénuée de jugements de valeur venant de la part des gens qui ne pratiquent pas le bdsm, qui n’en connaissent rien, et qui ont même raison de douter… parce que nous sommes déjà passés par là, vous vous rappelez?

Dans le maelstrom d’images et de représentations à caractère sexuel justement brossé à grands traits par l’auteur, les gens aujourd’hui mettent tout dans le même sac. À tort ou à raison. Tel est par ailleurs selon moi une partie du génie de cet acronyme bdsm de « résumer » les échanges de pouvoirs érotiques entre adultes consentants, seule base valable pour distinguer une scène bdsm épanouissante d’un acte barbare aliénant.

De là, mettre sur le même pied SM et BDSM me semble un raccourci qui engendre une confusion regrettable. J’en ai parlé à plusieurs reprises de cette confusion dans ce blogue.

Quant à la seconde nuance, je ne suis pas si certain que la pratique du bdsm soit de facto un rapport subtil et intelligent. Je trouve agaçante cette condescendance des adeptes bdsm en regard des pratiques sexuelles conventionnelles. On dirait des adolescents en manque de reconnaissance.

On retrouve très souvent cette même manie de la part des pratiquants des jeux de douleur/plaisir vis-à-vis les amateurs de pratiques bdsm n’impliquant pas la douleur, tel le ligotage, par exemple. Comme si les jeux de douleur étaient plus « sérieux », extrêmes, pour les vrais de vrais. Pour les vrais hommes, pour les vraies soumises. Connerie ! Certains jeux de ligotage, pour rester avec le même exemple, peuvent se révéler tout aussi extrêmes que l’utilisation de la cravache parvenant à faire bleuir le cul d’un soumis pendant un mois.

On croise dans la nébuleuse bdsm des tas de gens aux manières ni subtiles ni intelligentes. C’est d’ailleurs très mal vu de souligner que beaucoup de personnes dominantes et soumises ont des comportements plus réactionnaires que la moyenne. Où l’intelligence des manières et du propos est inversement proportionnelle à la percutance des claques.

Sur ce plan, je rejoins Bob des Amis de Germanicus quand il affirme, en parlant de l’école anglo-saxonne sm dont s’inspirent un grand nombre de clowns, que « les Anglo-saxons, chez nous en Occident, ont, eux aussi, cette réputation justifiée de brutalité souvent gratuite. Quand un «Maître» anglo-saxon prétend faire progresser son (sa) soumis(e), bien souvent, il faut comprendre qu’il augmente progressivement la force des coups qu’il lui inflige. Il y a des gens de valeur parmi les Sm anglo-saxons, j’en connais plusieurs, mais il existe aussi, dans leurs rangs, de véritables malades mentaux. »

Bref, le bdsm a besoin de nouveaux mots.

Bien évidemment que que nous avons besoin de nouveaux mots : nous n’avons pas encore fait passer nos pratiques des corridors des ailes psychiatriques aux espaces de socialisation acceptés et reconnus.

Nous sommes encore aux prises avec des définitions datant d’Aristote, de Krafft-Ebing, de Freud.

Nous sommes encore aux prises avec la dialectique hégélienne qui veut que le monde ait besoin de patrons et d’employés, de maîtres et d’esclaves, alors que plusieurs d’entre nous sommes dans un rapport ludique, franc et direct avec notre libido. Où il n’y a réellement ni maître ni esclave, mais une personne qui guide, qui supervise, qui oriente, et une personne qui se laisse guider, qui se laisse superviser, qui se laisse orienter.

Sammoun la dit à quelques reprises dans son ouvrage, cette difficulté à cerner le sujet.

Voilà qui me semblerait une entreprise plus belle et plus porteuse que tous ce garrochage de roches entre amateurs de bdsm.

Image : Planète Typographie.

Par Valmont le 22.04.2008 @ 11:33 am

En parcourant les liens référents à cercle O, je tombe sur cette requête dans Google intitulée “amour redonner sa liberté a quelqu’un qu’on aime“.

Ça me semble une belle réponse au pourquoi des échanges de pouvoir érotiques.

Par Valmont le 15.01.2008 @ 8:01 am

Les dominants parlent si rarement, on va écouter ce qu’ils ont à dire quand ils osent se confier :

« Je suis un Maître : un prédateur. J’attire à moi les soumises, qui me confient leur éducation sexuelle, une éducation très spéciale, que l’on nomme anglaise, et qui consiste à faire jaillir le désir hors de toute limite, à le sublimer jusqu’aux confins de la souffrance et de l’orgasme.

Les corps sous mes doigts, sous mes punitions voluptueuses et tranchantes, donnent naissance à d’autres corps, d’autres femmes, bien vite droguées par le plaisir et par les spasmes illimités qui les emportent en vagues immenses, déferlantes, meurtrières et créatrices du dépassement absolu de soi. »

J’ai lu au cours des derniers jours des critiques virulentes à l’endroit de l’auteur de ces lignes, un dénommé Patrick Le Sage, lequel serait une figure connue de la scène bdsm parisienne. Je ne me prononce pas plus avant. Je ne connais pas le bonhomme et je me fous qu’il ait un voilier ou qu’il soit sarkozyste, voire qu’il fasse écrire ses flûtes par un nègre une négresse, fut-elle verte.

Je m’en tiens à ce qui est écrit. Je me suis fort bien amusé à faire la lecture de ce récit entouré de toutes ces mines patibulaires dans les transports en commun, bien que la plume l’ayant composé ne partage pas le souffle de Ducharme, tsé.

Anyway, je n’entre nullement ici dans le lynchage public, les procès d’intention et les règlements de comptes. Je laisse ces minces plaisirs aux blogues bdsm qui donnent dans la pureté quasi ethnique, cette lubie qui frappe tous les groupes minoritaires et pas seulement en Bosnie.

Je poursuis la présentation de ce dominant :

« Elles viennent à moi, ces femmes de tous milieux, de toutes régions, de tous pays, d’horizons et de niveaux sociaux multiples, mariées la plupart du temps, car c’est leur propre mari qui les conduit dans mon antre.

N’imaginez pas, en lisant ce préambule, que ces femmes, ces épouses, ces maris sortent tout droit d’un ghetto d’obsédés sexuels ou de pervers jamais rassasiés, ou encore de personnes à la santé mentale douteuse, qui auraient plutôt besoin d’un psychiatre.

Non : ces femmes, ces hommes, vous les croisez dans la rue, vous partagez leurs dîners, ils font partie de votre entourage, exercent des activités professionnelles parfois très haut placées, sont banquiers, avocats, médecins, journalistes, patrons d’entreprise, et sont parfaitement intégrés dans leur vie sociale. Il sont « normaux ». En somme, cela pourrait être vous. En lisant ce qui va suivre, ayez toujours à l’esprit que votre meilleure amie, votre supérieure hiérarchique, ou simplement votre boulangère habituelle est peut-être passée entre les mains du Maître. »

Patrick Le Sage dans Journal d’un Maître, récit, Flammarion, 2005.

Par Valmont le 19.12.2007 @ 10:59 pm

Je suis bien content de lire Le bonheur dans l’esclavage, la préface que signe Jean Paulhan au livre de sa maîtresse Pauline Réage, l’auteure de la mythique mystique Histoire d’O.

Au delà de la douce ironie de son propos, Paulhan me rassure sur l’humain et sa capacité d’émerveillement. Comme il fut très certainement émerveillé, ce coquin, par cette si longue et farouche lettre d’amour que lui remettait sa maîtresse jour après jour.

Full chaînesUn extrait de la préface Le bonheur dans l’esclavage de Paulhan est cité dans ce texte que m’avait remis une soumise croisée au hasard des réseaux, il y a plus de deux ans.

Elle, c’était une prof de philo au niveau collégial. Son texte Mystiques et libertés sado-maso est de la plume d’un dénommé Lucas Degryse, dont les recherches “s’organisent en trois points : une ontologie inspirée par Philip K. Dick et les penseurs du virtuel, une politique influencée par la sociobiologie et Michel Houellebecq, et une esthétique qui trouve ses sources dans la pop-musique des années 60-70″.

Bon que je me disais, voilà un autre de ces déracinés asexués. Un autre de ces chantres de l’avènement du nouvel homme au propos délibérément obscur comme les aiment tous les descendants des seigneurs Humevesne et Baysecul qui s’écoutent parler et tarifent au mot comme Théophile Gautier et Dumas. À leur décharge, ces deux derniers furent des haschischins divertissants à lire.

Ce qui me fait tiquer dans la dialectique psychanalysante de Degryse, dans la lignée de Lacan et ses clowns clones, c’est de présenter le bdsm comme une destruction. Un prolongement dans la sphère intime de l’histoire avec un grand H, ce recueil de litanies sans fin des rapports Dominants-dominés entre les hommes et les femmes, entre les peuples… toute cette merde dialectique propre à justifier leur vide existentiel, que je me dis des fois.

Me faire dire que l’avenir de l’humanité passe par l’asexuation, le rejet identitaire et l’amitié entre les hommes et les femmes.

Il ne s’y trompe pas, Paulhan, qu’on cite pourtant à l’envers.

Il n’est pas sans grandeur, il ne va pas non plus sans joie, de s’abandonner à la volonté d’autrui (comme il arrive aux amoureux et aux mystiques) et se voir, enfin ! débarrassé de ses plaisirs, intérêts et complexes personnels.

Paulhan ne pouvait mieux qualifier l’abandon livresque de son amante, formidable détonateur après le coup de butoir du divin marquis un siècle et demi plus tôt.

L’échange de pouvoir érotique tient certainement à la fois du rapport amoureux et du rapport mystique : du rapport amoureux dans la capacité de donner sans espérer recevoir en retour; du rapport mystique dans la capacité (la folie?) de se donner à son Dieu, ce qui revient au même.

Hegel et la lutte des glaces

Or, de un, l’échange de pouvoir érotique, nettement préférable à l’expression SM qui n’explique rien et complique tout, n’est pas une oeuvre de destruction : ça le dit, c’est un échange. C’est un jeu avec ses codes. C’est un transfert de pouvoir progressif qui s’effectue à la base dans la sphère érotique, sur une base “contractuelle”, avec un début et une fin.

Laissons de côté les relations BDSM “à temps plein” pour le moment.

De deux, l’échange de pouvoir érotique a un but, une visée, ce qui va bien au delà du mantra “c’est pour t’aider à repousser tes limites, mon enfant”. Cette phrase répétée partout est vide de sens au sens où il est impérieux d’identifier et de connaître ses limites d’abord, avant de penser les dépasser.

Et se pourrait-il que repousser ses limites va bien au delà du nombre de taloches que les fesses et les seins de la personne soumise sont capables de prendre ?

Combien de soumises et de soumis se sentent comme un morceau de viande que l’on frappe à loisir et sans discernement pour leur intégrité physique et psychologique ?

De trois, l’échange de pouvoir érotique est bien davantage une déconstruction non destinée à détruire l’autre, mais à la débarrasser de ses intérêts et complexes personnels, à la purifier de toute cette gangue historique et la délivrer de ces archétypes sociaux et surtout sexuels.

Les femmes (et les hommes avec) sont toujours prisonnières de cette infâme “trichotomie” maman-vierge-putain.