Par Valmont le 21.11.2008 @ 3:27 pm

Bonne nouvelle, Mona Sammoun, l’auteure derrière l’essai Tendance SM : Essai sur la représentation sadomasochiste, paru à La Musardine en 2004, a ouvert son propre blogue, appelé Tendance SM.

Tendance SM : Essai sur la représentation sado-masochiste, par Mona SammounDès le premier billet, elle reprend cette belle profession de foi faite à un journaliste des Inrockuptibles à la parution de son livre : “Pour moi, le SM est plus qu’un plaisir : c’est un apprentissage de la liberté.”

J’ai déjà évoqué ici quelques aspects soulevés par Tendance SM, un bouquin utile à plus d’un titre. Notamment ce besoin de nouveaux mots dans nos pratiques, la mode fétichiste, et la part du bdsm dans le contexte de la garde des enfants après la séparation du couple.

Hum, si je n’avais pas égaré mes notes de lecture, j’en aurais pour encore 75 billets à pondre tant cet essai soulève des questions d’intérêt pour les amateurs de bdsm. M’enfin. Ça r’viendra.

Le geste de Sammoun est à ma connaissance le second auteur dans la mouvance bdsm francophone qui fait preuve d’une certaine “ouverture éditoriale” (le premier étant le blogue sur Dominique Aury, par sa biographe Angie David). “Ouverture éditoriale” au sens d’ouverture au dialogue entre l’auteur et le lecteur, et à la mise en commun de sources, ce que permettent des outils sociaux comme le format blogue et des plateformes réseaux telles Facebook et Fetlife, pour ne nommer que celles-ci.

Dans l’anglophonie, deux initiatives semblables ont attiré mon attention depuis quelques semaines dans Fetlife, celles de Laura Antoniou, l’auteure de la réputée série “Marketplace” (The Marketplace, The Slave, The Trainer, The Academy, The Reunion), et Jay Wiseman, un auteur américain de plusieurs livres de recettes et d’essais sur les enjeux et les pratiques des échanges de pouvoirs érotiques.

Enfin, il sera intéressant de voir comment le blogue de Mona Sammoun va évoluer. Je présume qu’elle ne s’en tiendra pas qu’aux représentations des codes et des signes à consonnance érotique et bdsm dans la culture populaire.

[Via Rue Bricabrac.]

Par Valmont le 04.11.2008 @ 10:30 am

Qu’est-ce qui distingue le fétichisme, dans son acceptation récente du terme, des jeux d’échanges de pouvoirs érotiques?

La top-modèle montréalaise Bianca Beauchamp l’explique dans ses mots à l’ineffable Denis Lévesque qui se comporte comme beaucoup de gens face à ces sujets : terriblement curieux, et tout aussi inquiet qu’excité dans son malaise.


Par Valmont le 12.09.2008 @ 3:19 pm

Au détour d’un lien brisé, le clic me mène ce matin vers la découverte d’un autre texte de Peter Masters, l’auteur du bouquin The Control Book. Il s’agit ici d’un essai dépoussiéré (il date de 1998) intitulé “Understanding Submission” (Comprendre la soumission).

L’auteur déclare d’entrée de jeu : “I like to understand things. I like to know what is really going on. I like to be as good as I can in what I do. To this end, being the analytical type that I am, I like to have a model, or theory, which helps me to understand what I am doing and what is going on around me. “

Traduction libre : “J’aime comprendre les choses, savoir ce qui se passe réellement. J’aime être bon dans ce que je fais. Étant un analytique, j’aime disposer d’un modèle ou d’une théorie, ce qui m’aide à comprendre ce que je fais et ce qui se passe autour de moi.”

Photo : jpfgallery.com via cercle O - l’album.

Par Valmont le 05.07.2008 @ 11:37 pm

Jouer un jeu, c’est accepter un ensemble de règles.

Il est ridicule de prétendre que le dominant échappe à toute règle (sous prétexte que jamais personne ne va lui dire quoi faire ou décider à sa place).

Par Valmont le 02.06.2008 @ 7:50 pm

Dans son inventaire des représentations du sadomasochisme, Mona Sammoun écrit :

« Le sadomasochisme est un mot qui désigne encore pour un grand nombre de personnes une perversion, une maladie psychologique impliquant la consultation d’un spécialiste pour tenter d’en guérir.

Difficile de faire admettre aux profanes une nouvelle définition de ce mot et les implications esthétiques, culturelles et personnelles qu’elles mettent en œuvre chez tous ceux qui pratiquent le sadomasochisme aujourd’hui comme un rapport subtil et intelligent. Faut-il leur en vouloir?

Rappelons que l’histoire de ce mot est lourde d’un passé commun à toutes les sexualités hors norme. Les différentes formes de sexualités ayant été répertoriées par le célèbre érotologue Krafft-Ebing au dix-neuvième siècle, elles sont désignées comme perversions en face de la fonction de la fonction sexuelle – reproductive -, la seule à être considérée comme normale.

Comment ne pas s’étonner que de cette époque révolue, les noms de Tardieu, Molle ou Havelock Ellis [livres] demeurent les références pour comprendre le sasomasochisme? Les cas décrits par ces médecins, même s’ils méritaient leurs soins et leur attention, représentent des cas extrêmes qui ne correspondent pas à notre observation de la pratique SM d’aujourd’hui. Quel décalage entre leurs analyses et notre vécu! »

Je suis d’accord avec cette appréciation de l’auteur quant aux décalages entre la perception du bdsm vu de l’extérieur et les pratiques vécues de l’intérieur. À deux nuances importantes près.

D’abord, les mots mis de l’avant par Sammoun pour décrire le phénomène : sadomasochisme, douleur, esclave. Déjà, utiliser ces mots nous engluent dans des considérations historiques, sociologiques et culturelles intenables pour obtenir une discussion dénuée de jugements de valeur venant de la part des gens qui ne pratiquent pas le bdsm, qui n’en connaissent rien, et qui ont même raison de douter… parce que nous sommes déjà passés par là, vous vous rappelez?

Dans le maelstrom d’images et de représentations à caractère sexuel justement brossé à grands traits par l’auteur, les gens aujourd’hui mettent tout dans le même sac. À tort ou à raison. Tel est par ailleurs selon moi une partie du génie de cet acronyme bdsm de « résumer » les échanges de pouvoirs érotiques entre adultes consentants, seule base valable pour distinguer une scène bdsm épanouissante d’un acte barbare aliénant.

De là, mettre sur le même pied SM et BDSM me semble un raccourci qui engendre une confusion regrettable. J’en ai parlé à plusieurs reprises de cette confusion dans ce blogue.

Quant à la seconde nuance, je ne suis pas si certain que la pratique du bdsm soit de facto un rapport subtil et intelligent. Je trouve agaçante cette condescendance des adeptes bdsm en regard des pratiques sexuelles conventionnelles. On dirait des adolescents en manque de reconnaissance.

On retrouve très souvent cette même manie de la part des pratiquants des jeux de douleur/plaisir vis-à-vis les amateurs de pratiques bdsm n’impliquant pas la douleur, tel le ligotage, par exemple. Comme si les jeux de douleur étaient plus « sérieux », extrêmes, pour les vrais de vrais. Pour les vrais hommes, pour les vraies soumises. Connerie ! Certains jeux de ligotage, pour rester avec le même exemple, peuvent se révéler tout aussi extrêmes que l’utilisation de la cravache parvenant à faire bleuir le cul d’un soumis pendant un mois.

On croise dans la nébuleuse bdsm des tas de gens aux manières ni subtiles ni intelligentes. C’est d’ailleurs très mal vu de souligner que beaucoup de personnes dominantes et soumises ont des comportements plus réactionnaires que la moyenne. Où l’intelligence des manières et du propos est inversement proportionnelle à la percutance des claques.

Sur ce plan, je rejoins Bob des Amis de Germanicus quand il affirme, en parlant de l’école anglo-saxonne sm dont s’inspirent un grand nombre de clowns, que « les Anglo-saxons, chez nous en Occident, ont, eux aussi, cette réputation justifiée de brutalité souvent gratuite. Quand un «Maître» anglo-saxon prétend faire progresser son (sa) soumis(e), bien souvent, il faut comprendre qu’il augmente progressivement la force des coups qu’il lui inflige. Il y a des gens de valeur parmi les Sm anglo-saxons, j’en connais plusieurs, mais il existe aussi, dans leurs rangs, de véritables malades mentaux. »

Bref, le bdsm a besoin de nouveaux mots.

Bien évidemment que que nous avons besoin de nouveaux mots : nous n’avons pas encore fait passer nos pratiques des corridors des ailes psychiatriques aux espaces de socialisation acceptés et reconnus.

Nous sommes encore aux prises avec des définitions datant d’Aristote, de Krafft-Ebing, de Freud.

Nous sommes encore aux prises avec la dialectique hégélienne qui veut que le monde ait besoin de patrons et d’employés, de maîtres et d’esclaves, alors que plusieurs d’entre nous sommes dans un rapport ludique, franc et direct avec notre libido. Où il n’y a réellement ni maître ni esclave, mais une personne qui guide, qui supervise, qui oriente, et une personne qui se laisse guider, qui se laisse superviser, qui se laisse orienter.

Sammoun la dit à quelques reprises dans son ouvrage, cette difficulté à cerner le sujet.

Voilà qui me semblerait une entreprise plus belle et plus porteuse que tous ce garrochage de roches entre amateurs de bdsm.

Image : Planète Typographie.

Par Valmont le 22.04.2008 @ 11:33 am

En parcourant les liens référents à cercle O, je tombe sur cette requête dans Google intitulée “amour redonner sa liberté a quelqu’un qu’on aime“.

Ça me semble une belle réponse au pourquoi des échanges de pouvoir érotiques.